Le jour où Houphouët-Boigny avoua son admiration pour Gbagbo: «Helas, tu me ressemble», lui a-t-il lancé

Le jour où Houphouët-Boigny avoua son admiration pour Gbagbo: «Helas, tu me ressemble», lui a-t-il lancé

Nous sommes en 1990, avant les élections présidentielles, le président Félix Houphouet, malgré l’avènement du multipartisme, ne veut pas avoir d’adversaire à l’élection présidentielle. Le “père de la nation” veut garder l’image de quelqu’un d’incontesté jusqu’à mourrir avec elle. Mais il est gené par un jeune opposant, courageux, incorruptible et intraitable, qui a pu créer son parti politique en dépit de tous les pièges et les privations pour l’en empêcher.

Ce jeune opposant, a même poussé l’outrecuidance jusqu’à conduire la contestation généralisée qui a permis l’avènement du multipartisme dans cette atmosphère de “mort du communisme” symbolisée par la chute du mur de Berlin. Et pour ça, le vieux a gardé une dent jaune contre lui, mais n’ayant pas pu avoir son opposant par les brimades et l’intimidation, il décide d’employer la ruse pour arriver à ses fins. N’oublions pas que Houphouët-Boigny est un politicien hors pair, grand tacticien et très rusé.

Il invite donc ce jeune opposant, Laurent GBAGBO, car c’est de lui qu’il s’agit à une rencontre au sommet. Au cours de la rencontre, Houphouët-Boigny demande à Laurent GBAGBO de ne pas se présenter contre lui aux élections présidentielles et, qu’en retour, il donnera 50 députés au FPI lors des élections législatives qui suivront, ce qui permettra au parti de GBAGBO d’avoir une grande avance sur les autres partis de l’opposition et même sur ses (Houphouët) propres héritiers du PDCI lors de la prochaine présidentielle de 1995 à laquelle Houphouët-Boigny dit qu’il ne sera pas candidat, car l’élection de 1990 serait sa dernière. Proposition indécente, mais le président Laurent GBAGBO ne s’offusque pas, il garde son calme, en bon stratège, il ne refuse pas directement cette proposition insolite. Mieux, il donne donc son accord de principe à Félix Houphouët-Boigny. Le vieux sourit, il est visiblement satisfait, “je viens enfin de l’avoir” doit-il se dire. Mais, Laurent GBAGBO na pas fini de parler, il a encore la parole et dit au vieux qu’il y a quand-même une petite condition. Le vieux n’y voit aucun inconvénient, pensant à une exigence pécuniaire. Mais dans sa lancée, Laurent GBAGBO dit à Houphouët-Boigny qu’il accepte volontier cette proposition à condition que les élections législatives se tiennent avant la présidentielle. Coup de tonnerre, Houphouët tombe des nues, il vient de se faire prendre à son propre piège, lui qui pensait convaincre Laurent GBAGBO et le “doubler” après la présidentielle, le voici contraint de faire échouer ses propres négociations et d’en porter la responsabilité devant le peuple qui fondait un grand espoir dans ce dialogue. Naturellement Houphouët-Boigny refuse cette condition de Laurent GBAGBO, la rencontre accouche donc d’une souris et la contestation contre lui se poursuit et grandit.

Bien que sonné par cet épisode, Houphouet ne s’avoue pas vaincu et, la veille de la date limite du dépôt de candidature, le vieux renard fait adopter une loi par une assemblée nationale totalement acquise à sa cause pour exiger des candidats à l’élection présidentielle le versement d’une caution de 20 millions de francs CFA lors du dépôt des dossiers de candidatures. Sachant que GBAGBO et le FPI sont démunis, Houphouët-Boigny utilise l’arme de l’argent et de la surprise. C’est la consternation au FPI, le peuple est médusé. Qu’à cela ne tienne, ce sal coup du vieux est pris comme un autre défi à surmonter vaille que vaille. Un message est donc rapidement passé dans tout le pays pour mettre les militantes et militants à contribution. Le même jour les cotisations commencent. Tel fonctionnaire, tel planteur, telle commerçante, tel étudiant, etc, chacun donne ce qu’il peut, car il faut reunir les 20 millions avant la mi-journée du lendemain. Mais, pendant que cet exceptionnel élan de solidarité militante est en cours et que les intestins sont noués par la forte pression, Laurent GBAGBO reçoit, le même soir, un coup de fil d’un gourou du PDCI qui lui demande d’envoyer discrètement quelqu’un dans un lieu indiqué pour un important message. Ce que Laurent GBAGBO fit. Arrivée au lieu du rendez-vous, le proche collaborateur de Laurent GBAGBO voit se garer une luxueuse voiture de laquelle descend une jeune fille. Celle-ci après l’avoir repéré car ses indications lui avaient déjà été données, s’approche et lui remet une mallette bien fermée, avec la recommandation de ne pas chercher à savoir son identité à elle (la fille) et la provenance de la mallette. De retour chez Laurent GBAGBO, son collaborateur lui remet la malette, dès que celle-ci est ouverte, ohhh miracle : 20 millions de francs CFA bien disposés (après le décompte). C’est donc très sereins que le candidat et ses proches passent cette nuit, et vont le lendemain déposer le dossier complet de candidature avec les 20 millions fumant. Les cotisations des militants serviront de fonds de campagne pour la présidentielle et les législatives futurs.

Informé, Houphouët-Boigny n’en revient pas, il est dépassé par les évènements, mais il finira par comprendre qu’il avait trop minimisé Laurent GBAGBO, et qu’il n’avait pas affaire qu’à un jeune courageux et incorruptible, mais aussi à un homme politique hors pair, avec du coffre et qui était encore plus malin, tacticien et rusé que lui.

Même si après l’inévitable tripatouillage, le vieux donna à Laurent GBAGBO et au FPI 18,32 % de voix à l’élection présidentielle et 9 députés aux législatives qui sen suivirent, mais Houphouët-Boigny venait une fois de plus d’échouer face à Laurent GBAGBO dans son obsession de ne pas avoir d’adversaire à une élection présidentielle durant son règne. Quant à Laurent GBAGBO, il venait ainsi de rentrer dans le coeur des ivoiriens qui étaient fatigués du long règne d’Houphouet et cherchaient un nouveau souffle.

Bien plus tard, après toutes ces péripéties et voyant la témérité et les grandes capacités de son opposant historique, Houphouët-Boigny se prit d’admiration pour Laurent GBAGBO. Il alla jusqu’à voir en lui son digne successeur, mais fut désolé que celui-ci ne soit pas de son parti politique (PDCI), d’où la phrase hommage qu’il tenu devant GBAGBO : “Helas, tu me ressemble”.

Camarades voici la fabuleuse histoire de la période électorale de 1990 où Houphouët-Boigny vit toutes ces manigances échouer et dû faire face, contre son gré, à l’homme politique téméraire et pétri de talents, de capacités tactiques et de ruse qu’est Laurent GBAGBO. Comme quoi, lorsque tu es dans la vérité et que tu restes digne, engagé et lucide, même ton plus grand bourreau fini par te prendre en admiration. Et, autant Houphouët-Boigny à fini par prendre Laurent GBAGBO en admiration, autant les bourreaux actuels de Laurent GBAGBO finiront par le prendre en admiration après leur énième échec qui se dessine à l’horizon, car c’est le même Laurent GBAGBO qui est encore là, mieux, comme le bon vin, il s’est bonifié avec l’âge qui loin d’être un handicap, est un facteur d’expérience et de maturité politique supplémentaire.

Kakry Khaza

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