Le mensonge sur la corruption en Afrique

Le mensonge sur la corruption en Afrique

L’hypocrisie consiste à justifier ses égarements par le fait que d’autres en ont commis aussi. C’est pour ça que les soldats français coupables de pédophilie en République Centrafricaine n’avaient pas trouvé de meilleure échappatoire que de débiter des absurdités comme quoi les soldats Guinéens  et Tchadiens auraient aussi été de la partie. C’est le côté pile de l’histoire.

Mais l’hypocrisie consiste également dans le fait de ne même pas voir ses propres crimes et de toujours n’accuser que les autres. La Bible ne conseille t-elle pas d’enlever la paille qui est dans notre œil avant de penser à la poutre dans l’œil du frère? Quoiqu’il en soit, dans ce registre nous retrouvons une fois encore les grandes puissances de l’Ouest (France, États-Unis, Allemagne etc…) face à l’Afrique et le reste du monde. C’est le côté face.

Le cas de la corruption constitue l’un des principaux terrains de jeu où se manifeste ce côté face. Comme l’Afrique est le continent le plus méchant de la planète, et que les pays dits “du Nord” en revanche sont des anges échoués par erreur sur terre, le monde a pris la fâcheuse habitude de verser sur le continent noir, ses excréments. C’est ainsi que les rapports statistiques dles pays industrialisés le placent en tête des régions du monde les plus corrompues. Sur la carte ci-dessus, on a une représentation quasi parfaite de la perception qu’a le “monde civilisé” envers et l’Afrique, et les pays d’Orient et d’Amérique du Sud.

Plus la couleur est rouge sombre, plus le pays est considéré comme corrompu. En revanche, l’orange et le jaune clair désignent les États à degré de corruption moindre. Et comme on peut le voir, il n’y a aucune surprise. Les plus corrompus du monde, c’est nous.

Ah bon vraiment?

Une observation objective des faits socio-politiques et économiques à l’international semble pourtant démontrer le contraire. Mais avant d’approfondir, voyons d’abord ce que signifie ce concept:
La corruption est le fait de pousser une personne morale a un acte illégal, contre l’acquisition d’un bien (le plus souvent une somme d’argent), ou d’un privilège. C’est-à-dire que si je n’ai pas été reçu à un concours, je vais utiliser ma puissance financière pour “acheter” le directeur de l’institution afin qu’il me fasse passer au détriment de ceux qui ont mérité. Partant de là, la corruption est une sorte de delta à bras multiples qui se décline sous plusieurs formes (népotisme, favoritisme, prévarication…). Et selon les pays de l’Ouest, personne ou presque n’excelle dans ce domaine autant que l’Africain.

Bien sûr, ne nous ridiculisons pas. On ne saurait faire comme si la corruption n’existait pas en Afrique. Elle y est même élevée au rang de devise. Et on sombrera pas non plus dans une sorte d’alcoolisme cérébral comme la France et justifier la corruption chez nous par le fait que d’autres également seraient corrompus. Ceci dit, le but ici est de faire comprendre que ceux qui passent leur temps à tirer sur nous à la moindre occasion feraient plutôt mieux de se remettre eux-mêmes en question de temps à autre. Car il est probable que le pire des coupables ne soit pas celui qu’on croit.

Il faut en effet remarquer une chose: s’il est vrai que dans un pays comme le Cameroun, la corruption se retrouve dans absolument toutes les couches sociales, il est aussi vrai que dans la plupart des cas, ce sont des actes d’une envergure relativement faible. Mais surtout, les corrompus comme les corrupteurs l’emploient comme une sorte de moyen de survie, en raison de la faible infrastructure sociale et de leurs revenus dérisoires. Le gendarme de Yaoundé qui me fait payer 1000 Francs CFA malgré mes papiers en règle n’y voit rien d’autre qu’un moyen d’augmenter de peu sa maigre richesse, et qui plus est, pour une période très éphémère. Ce qui évidemment ne rend pas l’acte moins condamnable. Mais dans l’univers, tout est relatif.

Car en Occident, les cas de corruption atteignent des proportions galactiques. Il suffit de jeter un œil sur quelques cas et nous verrons que l’écart qui sépare la corruption occidentale de la corruption africaine est presque comparable à l’écart de leur niveau d’industrialisation:

Premier exemple: l’affaire ELF

L’entreprise pétrolière française Elf-Aquitaine créée en 1963 par le Général de Gaulle parallèlement au groupe TOTAL, est impliquée dans ce qu’on considère comme le plus gros scandale de corruption du 20ème siècle dans cette partie du monde. On remarquera déjà que l’épicentre de ce scandale n’est pas l’Afrique, mais inutile de parler inutilement. Voici un petit aperçu de cette histoire:

C’est en 1994 que Eva Joly, députée franco-norvégienne d’EuropeEcologie-LesVerts, met au grand jour la sombre mafia qui entoure le groupe ELF depuis les années 1970. Tout commence avec une histoire insolite d’avions renifleurs: deux ingénieurs, Aldo Bonassoli un Italien, et Albert de Villegas, un Belge, prétendent pouvoir développer un appareil capable de “détecter n’importe quel gisement de pétrole n’importe où sur Terre”. Entre 1975 et 1978, ils reçoivent un total de financement de plus d’1 milliard de Francs qui sont soit reversés dans des groupes privés au Panama, soit transférés à des particuliers pour acheter soutien et silence. Un essai est même mené en avril 1979 en présence du President Français Valéry Giscard-d’Estaing pour lui faire croire en la fiabilité du projet, qui se révèlera pourtant être une arnaque sans précédent. L’escroquerie est révélée par le journal satirique français LeCanardEnchaîné le 21 décembre 1983, après que le physicien Jules Horowitz ait décelé le procédé par lequel nos deux menteurs faisaient croire en la fonctionnalité de leur prétendue invention révolutionnaire.

Puis, à partir des années 80, on ira de scandale en scandale. L’un d’entre eux est la fameuse affaire des frégates de Taïwan. (Les frégates sont un type de navire de guerre). En 1989, le gouvernement de Taïwan, dans un délire de course aux armements, passe une commande de 16 frégates à la France. Après avoir tout d’abord refusé sur les conseils de ses services secrets, François Mitterand finit par agréer la commande, mais sous deux conditions: Aucune personne intermédiaire, et aucune commission d’argent en dehors du prix de vente ne doivent entrer dans la transaction. Pourtant, dans les deux années qui vont suivre, 500 millions de Francs circulent pour les deux camps afin de faire pencher la décision de la France et d’adoucir la Chine, adversaire politique déclaré de Taïwan. Et comme l’a découvert Eva Joly, toutes les personnes au courant de l’affaire et possédant des dossiers compromettant se retrouvent en danger de mort.

C’est ainsi qu’en décembre 1993, un officier taïwanais est assassiné et jeté dans la mer après avoir rédigé un rapport accablant. Le 10 avril 2000, c’est au tour de Thierry Imbot, membre du département de renseignements (DGSE), de mourir à Paris dans des conditions floues (On raconte qu’il serait tombé de la fenêtre de son appartement comme par hasard, en manipulant ses volets)

Un autre épisode de l’affaire Elf concerne le rachat de deux raffineries allemande de pétrole, Leuma et Minol par Elf. L’entreprise verse un montant de 256 millions de Francs qui serviront entre autres à financer les campagnes de Helmut Kohl (chancelier entre 1982 et 1998). Une astuce imparable a alors été trouvée pour enfumer les enquêteurs.: l’argent transite entre plusieurs comptes dans de très nombreux pays ( Lichtenstein, Belgique, France, Allemagne…) afin de semer la confusion quand a l’identité du destinataire final. Cependant, même si l’on n’a pas pu prouver officiellement que Kohl était impliqué dans cette mafia, un fait tangible le trahit : l’enquête menée par le gouvernement de son successeur Gerard Schröder. On découvre en effet que 6 registres de dossiers ont disparu des archives comme par évaporation, et on en déduit logiquement que l’ancien chancelier est derrière cet insolite tour de magie. L’épisode est entré dans l’histoire du pays sous le nom très sarcastique de “Bundeslöschtage” (journées nationales de la suppression). L’acteur principal de tous ces mouvements, Alfred Sirven, est quand à lui arrêté et écope de 5 ans d’emprisonnement.

L’affaire ELF est en fait une série de 7 scandales trop flous et trop complexes pour être expliqués ici en entier et un par un. Mais ces morceaux choisis nous permettent déjà de se faire une petite idée sur l’étendue de la fraude.

Autres exemples:

Wulf

Le 17 avril 2012, le President fédéral allemand Christian Wulf présente sa démission pour sa culpabilité dans une affaire de blanchiment d’argent et d’emprunt illicite d’une valeur de 500 000 euros auprès de ses amis, la famille Geerkens, pour financer sa villa près de Hannovre. Il avait en effet déclaré sans honte devant les parlementaires, qu’il s’agissait d’un emprunt conventionnel et non d’un prêt privé, et s’était défendu des allégations selon lesquelles les Geerkens en contrepartie bénéficieraient de quelconques avantages de l’Etat.

Madoff

Aux Etats-Unis, (le pays modèle), nous tenons avec Son Excellence Bernard Madoff, l’escroc le plus efficace de toute l’Histoire de l’humanité. Arrêté le 12 décembre 2008 à New York, Madoff a réussi l’exploit de réaliser la plus grosse perte financière hourdie par un seul individu. Par sa faute, 50 milliards de dollars ont été perdus et nombre d’investisseurs qui lui avaient confié leurs avoirs se sont retrouvés sur le pavé. La ruse de Madoff consistait à rembourser les investissements avec des taux d’intérêt très élevés, ce qui attirait encore plus de gens. Or il ne faisait que leur reverser de nouveaux emprunts, dans un système cavalier, où tout s’écroule lorsque les derniers investisseurs souhaitent retirer leur argent pour de bon. Ce qui se passa effectivement au cours de la crise de 2008, entraînant des vagues de suicide. Madoff a été condamné à 150 ans de prison, la peine la plus élevée possible quand elle n’est pas la condamnation à mort.

FIFA

Plus récemment, un tremblement de terre secoue la planète football. Il concerne la mise à nu de l’énormissime réseau de corruption au sein de la Fédération Internationale de Football Association. Le 27 mai 2015, neuf membres de la FIFA sont arrêtés coup sur coup après qu’ait éclaté au grand jour la magouille dont ils sont les dépositaires depuis des années. Après avoir voulu jouer les gros bras comme tout escroc qui n’a honte de rien, le President Suisse Sepp Blatter cède à la pression et donne sa démission, à peine un jour après sa réélection à la tête du gang… pardon, de la fédération.

Dans cette affaire, l’Allemagne (encore elle) est accusée d’avoir acheté certains des 11 votes sur 12 dans l’attribution de la Coupe du Monde 2006. En contrepartie, l’Arabie Saoudite recevait une importante livraison d’armes (la mort contre un ballon de foot). La Thaïlande bénéficiait d’intéressants investissements, et la Corée du Sud récoltait des subventions à hauteur de 10 millions d’euros par le groupe automobile allemand Daimler pour le constructeur sud-coréen Hyundai. Le site français LePoint.fr reprenant le journal allemand DieZeit du 8 juin 2015, fait remarquer que le fils du DG de Hyundai a par ailleurs officié comme membre du conseil exécutif de la FIFA. (Coïncidence?) Le SundayTiles rapporte egalement que le Mondial 2010 aurait du être attribué au Maroc, et n’a eu lieu en Afrique du Sud qu’en raison de l’obscure machinerie entre les dirigeants sud-africains, et les responsables de la FIFA.

Tout compte fait, il faut bien dire que ce scandale survient au bon moment. Au moment même où la France essayait de faire passer un film de propagande de vertus:  “United Passions”, sur la sacro-sainte FIFA, avec des acteurs de renom tels que Gerard Depardieu. Le film a été lynché par la critique et n’a récolté que… 607 dollars la première semaine. N’eût été la mise à nue du vol organisé au sein de la FIFA, on aurait bien entendu eu droit à toute une publicité infâme sur l’incomparable talent de Blatter et de sa troupe dans la gestion o combien glorieuse du foot mondial. Mais comme le dit Abraham Lincoln, “on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps”.

On le voit, il n’y a pas de “pays le plus corrompu au monde”. Nous somme tous des mauvais élèves et c’est ensemble qu’il faut résoudre le problème. Sauf que l’envie de vomir se fait ressentir lorsque l’un des coupables décide de s’ s’autoproclamer innocent. Or si la corruption en Afrique a des répercussions nationales ou continentales, la corruption occidentale quant à elle, est presque toujours d’ampleur universelle. Sa portée traverse l’immensité des continents. Selon toute logique donc, c’est l’Europe et les USA qui devraient venir prendre des leçons chez nous et non toujours essayer de nous en donner. Car on peut supposer que la mafia serait moins présente chez nous si tout le monde avait accès aux besoins élémentaires de survie comme c’est le cas en Europe.

D’autant plus que l’un des responsables de notre sous-industrialisation, ce sont ces Occidentaux eux-mêmes. Qui oubliera cette funeste phrase de Helmut Kohl cité plus haut: “Il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise”? Car s’il y a autant de corrompus en Afrique, c’est parce qu’il y’a un corrupteur. Et ce n’est pas la corruption inter-africaine qui est le plus gros frein à notre développement, mais plutôt la corruption intercontinentale Europe/USA vs Afrique.

Par exemple, assassiner ou déporter un chef d’Etat comme en Libye et en Côte d’ivoire pour placer une poupée d’argile qui favorisera des contrats douteux contre son propre pays, c’est faire de la corruption. Et dans cet exercice, la France mériterait la Palme d’Or.,  Félix Moumié, Um Nyobé du Cameroun, Lumumba du Congo, Sylvanus Olympio du Togo ou Germain Mba du Gabon, Gbagbo en Côte d’Ivoire… tous sacrifiés sur l’auteur de l’Histoire pour qu’on ait à la place, des statues électriques très corruptibles  qui devaient favoriser l’arnaque de nos biens par les grandes puissances. Rappelons à ce sujet par exemple que Omar Bongo du Gabon était imbibé jusqu’au cou dans l’affaire Elf et se partageait le compte en Suisse avec un certain André Tarallo qui affirma lors de son procès, être son conseiller financier.

LeSphinxHebdo du 15 mai 2014 résume l’attitude de la corruption made in Occident comme suit:

“Le scénario est le même en côte d’ivoire, Mali et Centrafrique: Mettre les musulmans contre les chrétiens pour diviser le pays en deux, Une fois le pays divisé, il impose des négociations qui amènent le changement de régime à leur profit qui est le but visé”

C’est-à-dire que puisque les impérialistes sont très rusés, ils bâtissent leur corruption sur une couverture légale afin de paraître propres, d’éviter les soupçons et les poursuites judiciaires. Il faut monter et armer un groupe de terroristes naïfs, puis choquer par des images d’enfants égorgés et de femmes éventrées, dans le but de provoquer l’émotion et de mettre ainsi l’opinion publique de son côté. Du coup, voter une résolution de l’ONU devient très facile et on peut tranquillement aller larguer son arsenal militaire et mettre hors d’état de nuire, tout dirigeant rebelle qui aurait eu la mauvaise idée d’aimer son pays et refusé de se laisser corrompre par une petite villa à Paris, New York ou Londres, contre le bois, l’uranium et le pétrole de sa patrie.

C’est ici l’allégorie du pompier pyromane. Celui qui éteint l’incendie qu’il a lui-même organisé. En tant qu’Africains, il n’est plus question de davantage se laisser distraire par ces pseudos analyses que la télévision et les ONG propagent sans laisser aux populations le choix de réfléchir par elles-mêmes. L’astuce est très simple: les petits crimes sont faciles à découvrir et c’est uniquement pour cette raison que l’Afrique et l’Asie semblent détenir la pôle position. Les gros délits par contre sont le coeur d’un réseau immense et d’un lobby très puissant d’avocats, de politiques et même de religieux, qui s’arrangent à brouiller toutes les pistes. C’est pour cela que quand on découvre ces affaires, elles sont déjà vieilles de plusieurs décennies. Mais les faits sont là, et le fait est têtu en histoire.

Pour finir, l’Afrique commet une erreur en se préoccupant de ce que l’Autre pense d’elle, et en le considérant comme un baromètre. L’essentiel c’est de savoir que les menteurs se mentent en premier à lieu eux-mêmes, et d’en ricaner en douceur. Pendant ce temps, travaillons à éradiquer la “petite corruption” de nos ministres et autres élites, afin que les énormes fonds qu’ils détournent soient investis à bon escient pour augmenter le niveau de vie des citoyens, et diminuer ainsi les nombreuses autres mafias quotidiennes de moindre ampleur à travers nos pays.

C’est une tâche ardue, très ardue, Mais nous les Africains pouvons toujours dire que nous au moins n’avons pas encore touché le fond, et surtout, nous ne cherchons pas à entrainer toute la planète dans notre hypocrisie, notre soif d’argent et de pouvoir.

Ekanga Ekanga Claude Wilfried

Source: camersenat.info

About Tjefin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.