Le moratoire sur la dette des pays en développement est un cadeau empoisonné très médiatisé

Le moratoire sur la dette des pays en développement est un cadeau empoisonné très médiatisé

La crise du coronavirus secoue et éprouve les systèmes de santé des pays du monde entier mais également les économies. Les pays riches subissent des chocs économiques sans précèdent. Concernant les pays en pays en développement (PED), les conséquences sont violentes et brutales. Ces pays enregistrent une forte pression sur leurs différents budgets et certains ont un besoin urgent, en matière d’aide financière, pour parer au plus pressé. C’est dans ce cadre que le G20 s’est engagé sur un moratoire sur la dette des pays pauvres. Dans la présente réflexion, nous revenons sur ce fameux moratoire que les médias occidentaux ont présenté comme l’action de plus généreuse de l’Histoire humaine. Dans les faits, il n’en est rien car ce moratoire n’apporte rien de façon subséquente aux économies des PED. Nous présentons dans un premier temps, la notion de moratoire et les montants potentiels à la disposition des PED. Dans un second temps, nous présentons le moratoire sur la dette comme un pur cadeau empoisonné.

I. Le moratoire sur la dette des PED : signification et situation actuelle

Dans un souci de clarté de l’exposé, il semble important de définir la notion de moratoire avant d’exposer concrètement ses bénéficies pour les pays bénéficiaires.

1) La notion de moratoire en économie

La notion de moratoire vient du latin moratorius, qui signifie qui retarde. Un moratoire est un terme juridique qui désigne une décision d’accorder un délai ou une suspension volontaire d’une action. Dans le domaine financier, c’est une suspension provisoire d’une obligation de paiement. Rappelons que, dans le passé, il y a eu des cas similaires. Le 22 août 1982, toutes les grandes places financières du monde et près de mille créanciers reçoivent un télex leur annonçant que le Mexique est en état de cessation de paiement. La dette elle-même atteint 86 milliards de dollars et les intérêts 21 milliards. La crise de la dette des pays en voie de développement a été donc déclenchée en 1982, par l’incapacité de plusieurs de ces pays à rembourser leurs emprunts, en particulier les pays pétroliers qui s’étaient endettés les années précédentes pour investir à la suite de la hausse des cours du pétrole. En théorie, il doit aider à court terme, à renflouer des caisses vides.

2) Les bénéfices attendus pour les pays en développement

Le G7 et G20 se sont engagés sur un moratoire sur la dette des pays pauvres. Le moratoire concerne 77 pays très pauvres du monde parmi lesquels on dénombre 40 pays africains. Notons que le montant global de la dette des pays éligibles à l’initiative du G20 est estimé à un peu plus de 750 milliards $, mais le moratoire accordé ne représente que 3,6% de ce montant. Pour les pays africains, la dette de l’ensemble du continent est annoncée à 365 milliards de dollars. Sur ce stock, le coût annuel s’élève à 44 milliards de dollars. En tout cas, pour les pays bénéficiaires, les ministres des Finances et les banquiers centraux du G20 ont donné leur aval à une suspension immédiate et pour une durée d’un an de la dette des pays les plus pauvres, particulièrement fragilisés par la crise du coronavirus. Ce moratoire devrait libérer 20 milliards de dollars de liquidités. Avec ces fonds, les pays bénéficiaires pourront les utiliser pour combattre la pandémie. Cette crise exige d’énormes dépenses prévues dans le cadre de la lutte contre la pandémie du coronavirus, et le moratoire permet à ces États de mobiliser les ressources logiquement affectables au remboursement la dette publique. Après cette publicité autour de ce fameux moratoire, une profonde analyse permet de comprendre qu’il s’agit, en réalité d’un cadeau empoisonné.

II. Le moratoire sur la dette : un pur cadeau empoisonné très médiatisé

Le moratoire sur la dette, comme son nom l’indique est une suspension de paiement des intérêts de la dette et non une annulation. C’est donc une mesure avec une faible portée, du coup, sa médiatisation nous semble disproportionnée.

1) Des mesures urgentes mais de faible portée

Il est vrai qu’à court terme, ce moratoire peut aider les pays à faire face, dans une certaine mesure, à la crise du coronavirus, mais il est de faible portée. Les pays du G7 et G20 n’ont pas abordé la question de l’annulation des dettes. C’est juste pour les pays riches, un moment de répit qui est offert aux pays pauvres, le temps de souffler dans un moment difficile. Il s’agit là de donner une bouffée d’air frais aux pays bénéficiaires. Pour un pays comme la Côte d’Ivoire, même s’il n’est pas bénéficiaire, le moratoire représente 184 millions d’euros alors que le soutien “économique, social et humanitaire” annoncé le 31 mars par le Premier ministre ivoirien, est estimé à 1 700 milliards de francs CFA (2,6 milliards d’euros), soit 5% du PIB du pays. Finalement, le fameux moratoire n’est pas révolutionnaire. Notons également que des pays africains comme l’Egypte, le Ghana, le Sénégal, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud et l’Algérie ne bénéficieront pas de l’initiative de suspension temporaire du service de la dette décidée par le G20. Ce moratoire va produire des effets dévastateurs pour les PED, après cette crise du Covid-19.

2) Des mesures aux effets de moyen terme dévastateurs

Une annulation de dette peut aider durablement les pays endettés mais pas un moratoire. En effet, chaque année, un tiers de ce que l’Afrique exporte sur le plan commercial, sert à servir sa dette. Ce sont des sommes colossales qui sortent de nos caisses pour irriguer celles des pays créanciers, donc des occidentaux. Pour nous, c’est une façon pour des pays profiteurs, de jouer aux philanthropes alors qu’ils ne le sont nullement pas. Une grande partie de la dette des pays en développement est une dette odieuse et mérite un traitement autre que ce que nous constatons. Les effets de ce moratoire sur la dette seront dévastateurs et ce, pour au moins trois raisons. La première est que le bénéfice de la suspension n’est pas automatique. En effet, les pays qui souhaitent en bénéficier devront faire une demande et s’engager à dépenser la ressource disponible à des objectifs précis, comme l’amélioration du système de santé. Il faudrait aussi que le pays demandeur soit à jour de ses cotisations avec le FMI et la Banque mondiale ; ce qui exclut d’emblée des pays comme le Mozambique qui a un procès international sur sa dette. La seconde est que le service de la dette va augmenter après la suspension La suspension des paiements du service de la dette va engendrer des frais de pénalités que les pays bénéficiaires devront payer une fois la suspension levée. Il en découle que la charge de la dette va mécaniquement augmenter après ce moratoire, ce qui va alourdir le poids du remboursement de la dette publique, pour des pays qui auront du mal à sortir de l’ornière de la crise du coronavirus. La troisième qui découle de la seconde, est que le ratio de la dette risque d’augmenter. En effet, ce ratio (stock de la dette /PIB) augmente lorsque le stock de la dette s’accroit et que la croissance économique recule. A titre d’exemple, le Mali a reçu de la Banque mondiale une enveloppe de 25,8 millions de dollars pour lutter contre le coronavirus. Or, la moitié de cette somme est composée de crédits. On voit bien que pour un tel pays, le stock de la dette va considérablement augmenter. C’est d’ailleurs le cas de pratiquement tous les pays en développement. La récession va également favoriser la hausse du ratio d’endettement. En effet, le choc de la crise dans plusieurs secteurs de l’économie, tels que le tourisme et l’ensemble du secteur des matières premières, aura des conséquences pour des pays africains. Au final, cette crise risque de coûter aux pays africains entre 5 et 10 points de PIB. Soit entre 130 et 150 milliards de dollars de revenus en moins en 2020 pour l’ensemble du continent. Tous ces éléments concourent à une augmentation du ratio de la dette.

Que pouvons-nous retenir donc de cette présente réflexion. Les pays riches disent que, pour l’heure, l’annulation de la dette des pays africains n’est pas à l’ordre du jour, mais un moratoire pendant une durée de 12 mois sur le service de la dette. En théorie, ce dernier correspondant à la somme que le pays emprunteur doit rembourser chaque année pour honorer sa dette  (intérêts du remboursement et capital emprunté), le pays bénéficiaire pourra consacrer ces ressources à répondre aux dépenses liées à la lutte contre le covid-19. Nous avons montré que ce moratoire n’apporte rien, de façon substantielle aux pays en développement, mais risque de créer dans le futur, plus de problèmes que les bénéfices escomptés. Mon sentiment est que les pays en développement ont manqué une fois de plus, l’occasion de montrer qu’ils peuvent résoudre leurs problèmes sans l’aide des occidentaux.

Pr. Prao Yao Séraphin

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