Le mystère de la villa-tombe au cimétière de Williamsville (Par Lazare Koffi Koffi) | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Le mystère de la villa-tombe au cimétière de Williamsville
Le mystère de la villa-tombe au cimétière de Williamsville (Par Lazare Koffi Koffi)

Le mystère de la villa-tombe au cimétière de Williamsville (Par Lazare Koffi Koffi)

…- Le 226, c’est le numéro d’une tombe, ou du moins, on pense que c’est une tombe. Gardée par des gardiens burkinabè, elle est en réalité, une sorte de temple souterrain, un lieu où se retrouvent secrètement certaines nuits de hautes personnalités du pays : des ministres, des élus, des directeurs généraux d’entreprises, des banquiers, des stars de musique et de football, des riches Européens aussi, bref des personnes que vous ne pouvez suspecter, parce qu’elles sont toujours assises aux premiers bancs dans les églises et les temples ou qui portent les plus beaux habits lors des grandes cérémonies musulmanes. Elles se retrouvent en ce lieu pour des messes nocturnes.

– Comment çà ? Je ne comprends pas, fit Mouné embrouillé et de plus en plus contrarié par le récit de Coulibaly.

Celui-ci expliqua :

– Chaque fois que ces personnes voient leur pouvoir chanceler, ou leurs affaires péricliter, elles font faire la battue en ville par des sbires pour enlever des jeunes et belles filles pour des sacrifices rituels. Je savais qu’Adé enlevée, elle partait mourir. Je n’ai pas eu le temps de réagir. Mes blessures m’ont poussé dans les pommes. Je me suis réveillé à l’hôpital, après trois jours de coma, envoyé par chance, par un chauffeur de taxi d’après ce que m’ont dit les médecins. Je suis venu vous voir pour vous en parler. Mais je suis décidé à aller me battre pour détruire ce temple.

Il y eut un silence soudain. Mouné aussi bien que Beugré n’en croyaient pas leurs oreilles. Ils avaient entendu parler en ville d’organisations sataniques et criminelles, mais ils avaient toujours pensé à des histoires du Moyen-âge. Et voilà qu’un homme était devant eux, leur expliquant des faits sordides qui se déroulaient dans leur pays au cimetière de Williamsville. Ils n’avaient pas envie de croire en lui, mais ils furent troublés par la coïncidence des faits contenus dans son récit avec ceux rapportés par Roxane ainsi que la proximité du lieu avec le cimetière où avait été découvert le corps en putréfaction d’Adélaïde. Ce récit parut les convaincre. Mais, prudent, Mouné demanda :

– Qu’est-ce qui prouve que tout ce récit est vrai ? N’est-ce pas un piège que tu nous tends pour nous conduire dans une sale affaire ?

– Pas du tout. Je suis venu vous voir pour Adélaïde. Vous ne me connaissiez pas, répondit calmement Coulibaly.

– Moi, je te crois. Le jour où tu seras prêt à y aller, je serai avec toi, dit Mobio.

– Merci mon commissaire, j’ai prévu aller là-bas demain. Je vous attendrai à la montée du cimetière.

– Je me joindrai à vous, dit Mouné.

– Moi également, ajouta Beugré.

– Non, pas de civil. Ça pourrait être dangereux. Restez à la maison. Si jusqu’au lendemain de l’opération, vous ne nous voyez-pas revenir, alertez la police, recommanda Adama Coulibaly.
Le lendemain nuit, les trois hommes se retrouvèrent au cimetière. Se faufilant avec précaution entre les tombes pour ne pas se faire repérer, ils arrivèrent au 226. Adama Coulibaly connaissait les lieux pour y être venu plusieurs fois. Le 226 était une tombe à la forme d’une villa bien clôturée de hautes grilles comme il y en avait plusieurs au cimetière de Williamsville. Vue de loin, dans la journée, elle ressemblait à une chapelle. Deux gardiens rôdaient séparément tout autour. Adama Coulibaly et ses compagnons n’eurent aucune peine à les assommer et à les ligoter. Ils les prirent sur leurs épaules et pénétrèrent dans la villa-tombe dont la porte fut ouverte, défoncée avec une barre de fer.

– Attention, aux marches, avertit Coulibaly. Nous allons au sous-sol. Il y a trois étages en dessous. Vous n’avez pas peur ?

– Non ! Pas moi ! Je suis un soldat ! Et un soldat, c’est fait pour affronter les dangers. C’est fait pour combattre, pour remporter des victoires ou pour mourir. Allons-y ! dit Mouné.

Lorsque les agents furent à l’intérieur de la villa-tombe, Coulibaly actionna un interrupteur. Et ils furent illuminés de lumière. C’était de l’électricité. Au premier étage, aux murs peints à la chaux et au plancher cimenté, ils virent des sortes de casiers. Des anciens et des neufs. Sans doute, c’étaient des caisses pour recevoir des corps inertes. Dans deux de ces casiers, ils glissèrent les gardiens à qui ils prirent soin de mettre un bâillon. Ils poursuivirent leur descente.

Au second étage, après l’ouverture d’une lourde porte métallique par Coulibaly, Mouné et Mobio découvrirent avec étonnement une grande salle au sol revêtu de carreaux blancs dont la moitié était équipée de chaises Louis XIV et Louis XV avec des tables centrales en verre soutenues par des pieds joliment sculptés et ornées de pierres blanches. Il y avait des rideaux de plusieurs couleurs partout qui cachaient fixés sur le mur des portraits de personnalités connues, des femmes et des hommes, et d’autres portraits d’inconnus mais portant des habits de prélats. C’étaient des chefs de sectes chrétiennes. Tous ces portraits étaient espacés à distances égales de grands panneaux électriques de représentations de Satan et de Lucifer assis sur leur trône avec en face d’eux leurs adeptes dans des scènes de louange ou d’adoration. Mouné frémit et fut rempli de sentiments confus de mépris, de colère et de dégoût.

– Tous des enfoirés ! Ce sont tous des criminels. Un jour, il faudra bien les attraper pour les juger, ces malades, dit-il.
Personne ne réagit. Tous continuèrent de descendre. Adama Coulibaly prévint :

– Tenez-vous bien. On descend dans la loge. Derrière cette autre porte métallique qui tourne sur elle-même, c’est l’Enfer.

En ce dernier étage, situé sans doute à près de vingt-cinq mètres en dessous de la terre, il y régnait en effet, une chaleur torride d’enfer. C’était une salle entièrement couverte de plaques en or et en cuivre. Il y avait aussi de nombreux grands miroirs qui reflétaient les images en les reproduisant à l’infini. Cette salle dégageait une odeur de myrrhe et de soufre. Elle était compartimentée en trois espaces : au centre il y avait une sorte d’oratoire munie d’un autel brodé d’or qui servait aux dires de Coulibaly, pour les messes noires. Sur une face de cet autel était sculpté en airain un anaconda avalant une femme nue.

A la façade-ouest de cette salle, il y avait une porte blindée et pivotante sur laquelle étaient inscrits en lettres d’or ces mots : Vive la vie. Cette porte s’ouvrait sur un long corridor avec escalier montant par lequel pénétrait un courant d’air. C’était un passage secret qui débouchait très loin sur l’extérieur par lequel venaient et repartaient les membres de la confrérie. Enfin un autre espace était situé à l’Est. On y accédait par une autre porte également blindée sur laquelle était affiché l’écriteau suivant : les clefs du succès. Il y avait à l’intérieur de cet espace, plusieurs bouteilles rouges, des coffrets et des coupes à boire.

– Il y a du vin dans certaines de ces bouteilles, du sang humain, surtout de jeunes filles et d’enfants dans d’autres. On trouve dans les coffrets des hosties. C’est semble-t-il le secret du pouvoir et de la richesse, informa Coulibaly. Si cela est découvert et détruit, les adeptes de ce lieu, vont commencer à perdre leur pouvoir et leurs biens. Ils chuteront et mourront de la manière la plus honteuse.

A la vue de tous ces décors, Mobio et Mouné restèrent un moment dans un état de stupéfaction déconcertante. Puis Mobio laissa échapper :

– On dirait un décor de film d’horreur. Si je ne voyais pas cela de mes yeux, je ne croirais jamais à l’existence de ces maisons pour activités maléfiques.

– Il n’y a pas qu’ici. On trouve ce genre d’espaces dans plusieurs endroits de la Capitale. Sauf à Cocody. Des endroits pour des messes noires, d’autres pour tirer le sang, d’autres pour des séances d’homosexualité. Au cimetière d’Andokoi, il y a même une boîte de nuit souterraine qui attire de nombreuses jeunes filles qu’on retrouve souvent assassinées le lendemain. Tous ces actes diaboliques, ces vices et ces folies ne visent qu’un seul but : avoir le pouvoir et des richesses. Il semble que ça existait depuis le temps du premier président mais ces temples se sont multipliés depuis que Lampodra et la dame au visage en plastique sont aux commandes. Il faut détruire tout cela. Moi, j’ai décidé de détruire cette maison-tombe pour venger Adélaïde mais aussi pour libérer le peuple qui souffre trop de la domination de ces salauds.

– Je partage ton projet mon garçon, dit Mouné revenu de sa torpeur, en tapotant sur les épaules de Coulibaly. On doit mettre fin à ces pratiques maléfiques. Je crois que c‘est Dieu qui nous a envoyés ici. Et l’esprit d’Adélaïde sera avec nous.

– Je sais ce qu’il y a à faire. Rentrons à présent, dit Mobio…

Lazare Koffi Koffi

(Extrait de LES ANIMAUX SAUVAGES SE MANGENT ENTRE EUX, à paraître)

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