Le Nord ivoirien: De l’instrumentalisation à la désillusion

Le Nord ivoirien: De l’instrumentalisation à la désillusion

Dans la guerre faite à la Côte d’Ivoire, de nombreux observateurs avaient intégré dans leurs analyses le schéma manichéen et caricatural de «nord musulman et sud chrétien» emprunté au vocabulaire des “experts” internationaux dans leurs prévisions apocalyptiques sur la Côte d’Ivoire. Or cette partition artificielle ne s’appuie sur aucun fondement réel, ni politique, ni économique ni même géographique.

Selon le Recensement général de la population et de l’habitat de 1998, en termes d’occupation spatiale, 77% des musulmans résident dans le sud et seulement 23% dans le nord. Il y a donc trois fois plus de musulmans dans le sud que dans le nord. On entend régulièrement: “Je suis dioula de Gagnoa, d’Agboville, d’Anyama, etc”. De plus, au plan politique, les nordistes ont, dans les gouvernances successives, d’Houphouët-Boigny à Laurent Gbagbo, occupé des responsabilités de premier plan qui leur ont permis de construire, aux côtés de leurs frères des autres régions, la Côte d’Ivoire moderne, ce véritable melting-pot où se fondent harmonieusement les populations de toutes origines, de toutes confessions et de toutes catégories sociales.

Mais l’ethnicisation à outrance du débat politique à partir de 1995 à travers le concept mal énoncé et donc mal compris de l’«ivoirité» théorisé par M. Henri Konan Bédié va, durablement, diviser les ivoiriens. Le cri de victimisation poussé, en écho, par M. Ouattara: « c’est parce que je suis musulman et du nord qu’on refuse que je me présente aux élections présidentielles» va malheureusement installer le pays dans une zone de turbulences dont les pics sont la guerre du 19 septembre 2002 et le coup d’état du 11 avril 2011.

Qu’a finalement gagné le Nord dans cette guerre qui a été conçue, planifiée et faite en son nom? Hors le concept à relents vindicatifs du “rattrapage ethnique” qui récompense certains proches du pouvoir, qu’a gagné la grande majorité des populations de la région septentrionale de notre pays? Au plus fort de la partition du pays, la rébellion avait construit une économie parallèle qui a enrichi les com’zones et autres seigneurs de la guerre de même que leurs parrains.

Tandis qu’ils roulaient carrosses et se bâtissaient des palais à l’étranger, mettant femmes et enfants à l’abri du besoin, le peuple du Nord pour lequel ils ont prétendu avoir pris les armes croupissait dans la misère la plus sordide et ne voyait émerger, dans son quotidien, aucun projet de développement, ni dans le domaine économique, ni dans le domaine social.

Aujourd’hui, alors qu’Abidjan annonce depuis cinq ans une croissance à deux chiffres et la ruée des investisseurs, les jeunes, disons des adolescents à peine sortis de l’enfance, fuient paradoxalement, le pays, à la recherche d’un mieux-être. Au péril de leur vie. Parmi eux, à quelques nuances près, une très forte proportion d’enfants originaires du Nord de la Côte d’Ivoire.

Malheureux!

Ohouochi Clotilde Yapi

One comment

  1. Ils sont venus par effraction ,ont vendu du rêve et non la réalité aux gens du nord .Ils ont oublié toutes les promesse de campagne et cherchent encore à se maintenir au pouvoir vaille que vaille pour leurs amis ,eux memes et leurs familles…….

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