Le parti de Ouattara en Côte-d’Ivoire s’isole de plus en plus de ses alliés

A trois ans de la fin du deuxième et dernier mandat du chef de l’Etat ivsoirien Alassane Ouattara, son parti, le Rassemblement des républicains (RDR), s’isole de plus en plus de presque tous ses alliés avec lesquels ils ont porté le président au pouvoir en 2010.

La cohésion qu’affichait le Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et qui lui avait permis en 2010, cinq après sa création à Paris, de venir à bout de l’ex-chef de l’Etat Laurent Gbagbo, semble relevé du passé.

La crise larvée qui couvait au sein de la coalition entre le RDR et ses principaux alliés se fait jour désormais dans une ambiance de divorce consommé.

A l’exercice du pouvoir et au fil des années, le RDR s’est brouillé avec presque tous ses alliés : d’abord Anaky Kobenan, président du Mouvement des forces d’Avenir (MFA), mis sur la touche en 2014.

Ensuite Mabri Toikeusse, président de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI), et Gnamien Konan, patron de l’Union pour la paix en Côte d’Ivoire (UPCI), éjectés en novembre 2016 du gouvernement dans lequel ils occupaient respectivement les maroquins des Affaires Etrangères et de l’Habitat.

Enfin les ex-Forces nouvelles (FN) – l’ancienne rébellion dont la branche politique s’est arrimée au parti présidentiel– de Guillaume Soro et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié.

Depuis quelques mois, les tensions entre le RDR et ses alliés des ex-FN sont au plus haut : échanges d’amabilités par presse interposée, boycott des réunions du RDR par les cadres FN, éviction de plusieurs cadres FN qui occupaient de hauts postes dans l’administration.

Le PDCI, le principal allié du RDR au sein du RHDP, n’échappe pas non plus à l’apparent désir d’affranchissement du parti présidentiel. Coup sur coup, plusieurs de ses cadres sont limogés.

Autre fait symptomatique de la crise de confiance, le 04 juillet, des journalistes du Nouveau Réveil, le journal officiel du PDCI, présents au siège du RDR pour la couverture médiatique d’une réunion de sa direction, avaient été sommés de quitter les lieux.

En ouvrant ainsi plusieurs fronts, le RDR se fragilise et s’isole sur un échiquier politique ivoirien constamment animé par des alliances qui se nouent et se dénouent.

Du coup, Guillaume Soro s’est rapproché d’Henri Konan Bédié. En moins de quatorze jours, les deux hommes, en séjour en France, se sont entretenus et cherchent visiblement à accorder leurs intérêts politiques à moyen et long terme.

“En continuant à brimer les uns et à protéger les autres, qu’est-ce qui risque d’arriver ? Eh bien, ceux qu’on protège seront de plus en plus détestés et ceux qu’on brime vont de plus en plus se coaliser’’, analyse le journaliste indépendant André Silver Konan.

Malgré ces quelques signaux du divorce consommé, le secrétaire général par intérim du RDR, se veut rassurant. Le parti n’est “pas isolé’’, assure-t-il, en expliquant être “en étroite relation avec les autres secrétaires généraux des partis membres du RHDP’’.

Mais la profession de foi du numéro du RDR, tranche d’avec la réalité des faits. La dernière sortie du ministre Hamed Bakayoko, en meeting politique à Abobo (nord d’Abidjan), indique le clan Ouattara n’en a pas encore fini de tordre les bras de ses alliés et de s’isoler davantage d’eux.

“Lorsque le président Ouattara va dérouler le rouleau compresseur, c’est là qu’on verra qui est qui. Ça ne sert à rien de s’agiter. La violence n’a jamais été un programme politique. 2020 est tellement loin qu’il faut d’abord prier Dieu pour y arriver’’, a-t-il tonné.

Serge Alain Koffi

Source : Alerte info

 

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