Le président Idriss Déby va-t-il tomber dans le piège mortel qu’on lui tend?

Le président Idriss Déby va-t-il tomber dans le piège mortel qu’on lui tend?

Dans une scène du film le Parrain I, Sonny, le fils ainé de Don Corleone, le parrain se fait assassiner avec la complicité de son beau-frère, mari de sa sœur. Michael, le frère cadet de Sonny qui prend les reines de cette famille de la mafia new yorkaise découvre le rôle de son beau-frère qui se confond en excuses, notamment parce qu’il a peur pour sa vie. Michael après l’avoir blâmé le rassure de son pardon. « Comment ferais-je mourir le mari de ma sœur, le père de mes neveux et nièces ? » lui laisse-t-il entendre. Pourtant, quelques temps plus tard, Michael fait froidement assassiner son beau-frère au moment où celui-ci commençait à croire avoir été pardonné et réintégré dans la famille.

Ce comportement de Michael Corleone n’est que l’illustration de certaines règles que les politiciens Occidentaux respectent à la lettre: Ne jamais accorder le pardon aux ennemis, les garder encore plus proches que les amis, et les frapper au moment où ils s’attendent le moins. Avec les récentes actions du Président Idriss Deby Itno en faveur de l’émancipation de l’Afrique, l’Occident l’a définitivement inscrit en lettre de sang sur la liste noire de leurs ennemis. Toutes leurs actions à son égard n’ont désormais qu’un seul but : l’eliminer.

En Septembre 2017, le président américain Donald Trump ajoutait le Tchad, pays qui a le plus farouchement combattu le terrorisme en Afrique, dans la liste noire des pays soutenant le terrorisme et interdisait l’accès des Etats-Unis aux ressortissants de ce pays. Quelques semaines plus tard, en Octobre de la même année, le président Deby était accusé par la justice américaine d’avoir touché des pots-de-vin de 2 millions de dollars de la part d’une entreprise chinoise par l’entremise de Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise sous Abdoulaye Wade. En échange de ces pots-de-vin, le chef de l’Etat tchadien aurait attribué des marchés pétroliers à une entreprise hongkongaise, outrepassant ainsi les lois internationales. Cette pression sur le gouvernement tchadien ne s’expliquerait qu’à la lumière du contentieux financier qui opposait le Tchad à Exxon Mobil, une société pétrolière américaine opérant dans ce pays d’Afrique Centrale.

Dans un revirement spectaculaire, sous le prétexte d’une tournée africaine, rien de moins que Rex Tillerson, alors Secrétaire d’Etat et à ce titre troisième personnalité du gouvernement américain, se rend au Tchad et rencontre le président Deby auquel il promet le soutien de l’administration américaine dans sa lutte contre le…. Terrorisme. Il ajoute au passage que le Tchad aurait (en seulement quelques semaines) pris des mesures justifiant une prochaine levée de l’interdiction d’accès des tchadiens dans son pays.

De façon tout aussi suspecte étant donné le froid qui caractérise les relations entre le Tchad et la France, en Février 2018, accompagné de six sénateurs, le président du Senat français, Gérard Larcher, un franc-maçon notoire, se rendait au Tchad pour une visite. Au cours de cette visite, il rencontre naturellement le président Deby. Pourtant celui-ci n’est pas connu ces dernières années pour poser des actes pro-français. Il est le chef d’Etat africain francophone qui dénonce le plus le franc CFA et qui a exprimé le désir d’en sortir. Il a depuis des années critiqué la présence militaire française au Tchad et aurait, selon Afrique Media, la chaine de télévision panafricaine, demandé la fermeture des bases militaires françaises à la fin de ce bail, dans un peu moins de 6 mois.

En Février 2018, le président Deby se rendait à Bruxelles pour une conférence internationale ONU-Union africaine-Union européenne sur le Sahel. Au cours de cette conférence, comme lors des rencontres précédemment citées, il ya eu beaucoup de promesses, un langage mielleux et amical. Voila que celui qu’on a voulu, il y a quelques mois, transformer en paria de la « communauté internationale » jouit de façon subite à nouveau de la compagnie et de l’amabilité des « grands » de ce monde.

Et du coup, le président tchadien se retrouve dans un terrible dilemme : Faut-il continuer sur la voie du panafricanisme et se faire des ennemis des «puissants » de ce monde ou alors accepter leur offre de partenariat ? Est-ce que le report du sommet sur le Panafricanisme qui devait se tenir à N’djamena du 13 au 15 Mars 2018 aurait quelque chose à voir avec des conseillers qui lui susurrent de faire le deuxième choix ? « Apres tout, disent-ils, le Tchad ne peut se sacrifier pour toute l’Afrique ». « Excellence, vous avez déjà fait pour ce continent plus que tous les autres pays. Le sang de nos enfants a coulé sur plusieurs fronts à travers l’Afrique dans le cadre de la lutte pour la sauvegarde des intérêts du continent africain. Qu’avez-vous gagné en retour ? Il est temps de penser à nous. Vous ne pouvez pas refuser l’offre que vous font ces pays »

Peut-être que dans l’entourage du président Deby, voit-on ces changements subits d’attitude des leaders Occidentaux vis-à-vis du Tchad comme de simples postures politiques dictées, comme cela se fait en politique par les intérêts économiques financiers ou géostratégiques du moment, ignorant que lorsque les vautours tournent autour d’un animal, c’est qu’il est prêt de mourir. Le crime du président Deby aux yeux des prédateurs aura été d’avoir vraiment mis en danger leur domination sur l’Afrique par son leadership dans le combat panafricaniste, condamnant un pays comme la France à la détérioration économique. Ainsi, ils essayent de l’entrainer subtilement dans la valse de la mort.

Dans un premier temps, par des sanctions et d’autres actions hostiles, les prédateurs mettent la pression et font sentir les difficultés qu’on encoure en tant que leur adversaire. Apres vous avoir fragilisé émotionnellement, ils viennent les mains chargées de « cadeaux ». Par des actes bienveillants apparemment isolés mais en réalité parfaitement coordonnés, on va montrer au président Deby de l’attention, flatter son ego et lui offrir des financements. On va lui faire miroiter la fin de la crise financière et l’opportunité pour le Tchad de vraiment décoller. Pourquoi ne pas commencer à jouer le rôle de « véritable »  leader de la région en partenariat avec les grands dans la lutte contre le terrorisme et le règlement des autres problèmes de la zone, pourrait-on lui suggéré. Ces actions auront pour but d’éloigner de lui tous les panafricanistes dont certains, dans des moments de colère et de frustration pourraient même appeler à son élimination pour trahison.

Ces moments « d’amitié » vont être utilisés pour infiltrer le système tchadien en préparation de sa chute. Une fois qu’il se sera émotionnellement éloigné des panafricanistes et d’une partie de son équipe qui croyait vraiment au panafricanisme, et qu’il sera isolé, impopulaire et vulnérable, ses nouveaux  « amis » frapperont de préférence en utilisant un de ses lieutenants. La version officielle avancée par les medias étrangers, utilisant alors comme paravent les menaces proférées par les panafricanistes déçus, sera qu’il aura été éliminé par des panafricanistes tchadiens déçus par ses choix, cachant ainsi l’implication des vrais commanditaires. C’est ce qui est arrivé à Malcolm X dont l’assassinat par la CIA a été couvert par un bouc-émissaire naturel : The Nation of Islam d’Elijah Mohamed. C’est cette redoutable méthode que l’on a utilisée avec succès contre le Colonel Kadhafi qui avait pourtant plus de 40 années d’expérience.

L’une des faiblesses des leaders africains est leur tendance à lire leurs interlocuteurs sous le prisme de la culture africaine, une culture qui bien qu’elle ait ses imperfections a néanmoins pour repères, le partage, la miséricorde, le respect de la parole donnée, de l’honneur et de la vie en communauté. Par contre, l’état d’esprit de la majorité de leurs interlocuteurs est forgé dans le mensonge, la duperie, la tromperie, la domination et une cruauté cristallisés par leur appartenance à des sectes sataniques. Et nos systèmes éducatifs, en l’absence d’instituts de géostratégie, entretiennent cette naïveté chez les leaders africains de demain.

Le combat n’est pas pour autant perdu pour le président Deby. D’autres personnes à l’instar de Fidel Castro ou de Robert Mugabe ont survécu. Le dénominateur commun de ceux qui se sont fait éliminer est qu’à un moment de leur lutte, ils ont prêté le flanc. C’est le cas du Colonel Kadhafi qui a pourtant tenu jusqu’à ce qu’il s’ouvre aux pays Occidentaux qui l’avaient mis sous embargo ou de Hugo Chavez qui s’était rapproché de Barack Obama.

En conclusion, nous suggérons respectueusement au président Idriss Deby de continuer dans la lancée panafricaniste que suivent discrètement le Cameroun, la Guinée Equatoriale et les autres pays de la Cemac. C’est l’option la plus sécurisée pour lui. Dans cet esprit, il ne devrait pas renoncer à recevoir le sommet sur le panafricanisme comme il s’était promis de le faire et garder sa réputation intacte. Ce n’est que soutenu par les masses africaines et son peuple qu’il est protégé. Comme nous l‘avons déjà dit par le passé, il est difficile et même dangereux d’éliminer un leader aimé et soutenu par le peuple. Mais quelle que soit la voie que le président Idriss Deby choisira de suivre, nous appelons les panafricanistes à ne le critiquer sous aucune circonstance. Il a déjà beaucoup fait pour l’Afrique et parfois au prix de grands sacrifices personnels. Nous lui rendons ici hommage et appelons tous les autres à le faire.

Gabriel Makang pour le Sphinx Hebdo

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