Le procès de Laurent Gbagbo semble posséder tous les ingrédients de « procès de rupture »

Le procès de Laurent Gbagbo semble posséder tous les ingrédients de « procès de rupture »

Plus de quatre ans après son arrestation et son transfert à La Haye à la suite des violences post-électorales de 2010-2011, le procès de Laurent Gbagbo (joint à l’affaire Charles Blé Goudé) semble posséder tous les ingrédients pour répondre à ce que l’avocat français Jacques Verges qualifiait en 1957 de « procès de rupture ».

Le procès de rupture comme dans l’affaire Djamila Bouhired, la poseuse de bombe algérienne, suppose toujours deux visions diamétralement opposées. D’une part, celle des juges s’appuyant sur le droit positif et la morale et d’autre part celle de l’accusé contestant les fondements même de sa poursuite et/ou de l’action des juges.

Pour les juges de la CPI, l’accusé est un justiciable du droit international pénal et partant de ce fait « Laurent Gbagbo aurait engagé sa responsabilité pénale individuelle pour quatre chefs de crimes contre l’humanité, perpétrés à Abidjan : meurtre, viol, actes inhumains ou – à titre subsidiaire – la tentative de meurtre et persécution » durant la crise post-électorale.

Pour Laurent Gbagbo, les enjeux sont vraisemblablement différents. Plus qu’une audience, c’est une tribune politique à saisir. Aussi, aux accusations, Laurent Gbagbo répond en déclarant : « …on ne peut pas débattre de la crise postélectorale et ne pas savoir comment les élections se sont passées. Qui a gagné les élections ? Parce que c’est celui qui ne les a pas gagnées qui a semé des troubles… [Ceci pour ainsi dire que] nous [africains] avons besoin de la démocratie. Mais la démocratie ce n’est pas seulement le vote, c’est qui dit le vote. Qui dit le résultat du vote. C’est ça aussi la démocratie.».

Un combat pour la démocratie devant les juges

Ainsi pour l’accusé, le respect des institutions est primordial, passant sous silence les chefs d’accusations pour lesquels il est incriminé par la CPI. L’opposant historique à Houphouët Boigny voit en ce long processus judiciaire, la continuité de son combat pour la démocratie et la reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples africains, il s’agit de dire « non » à une autre forme de colonisation, soufflant à sa prise de parole : « C’est la France qui a fait le travail ».

À l’observation, il faut reconnaitre qu’il s’agit là de deux discours, de deux visions qui ne se rencontreront jamais. La procureure de la CPI s’installe dans une démarche judiciaire, alors que la stratégie de défense Gbagbo s’incruste dans la politique. Il est clair qu’il existe une parfaite contradiction entre les valeurs dont se réclame l’accusé et les valeurs défendues par les juges et le bureau de la procureure. Dans un tel cas de figure, la condamnation de l’accusé s’avèrerait inévitable, parce qu’elle dépend tout simplement des juges. Toutefois, si dans tout procès de rupture les faits ayant choqué la conscience collective sont toujours réprimés, il faut reconnaitre que ce genre de procès entraine tôt ou tard le bouleversement de l’ordre social remis en cause publiquement par l’accusé.
Le début de la fin ?

Par conséquent, si le procès Laurent Gbagbo s’avère être un procès de rupture, alors aucune partie ne serait perdante ni gagnante. La CPI et les victimes se trouveraient satisfaites de la condamnation de l’accusé et de la lutte contre l’impunité. Tandis que pour Laurent Gbagbo, une libération pourrait être une occasion de faire s’écrouler le système décrié comme l’a fait Nelson Mandela après 27 années de prison.

Quoi qu’il en soit, espérons que l’année 2016 qui débute verra l’épilogue de cette longue épopée judiciaire qui n’a que trop duré.

Ruben Boni

Source: Ivoire Justice

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2 comments

  1. Procès?Un procès suppose ici deux antagonistes.Surtout quand on parle de crise électorale.En clair,après les élections il y a un parti déclaré vainqueur. Un second parti refuse sa défaite.Donc il y a au moins deux parties/partis qui revendiquent la victoire.Ce qui donne lieu à une opposition entre les deux.S’il y a eu des crimes,des violences,des troubles: 1)les deux parties/partis sont responsables 2)donc pour juger,il faut les deux parties/partis 3)après le jugement,on dit,qui est responsable 4)dans le cas ici,la Cour constitutionnelle avait dit qui est vainqueur. Qui peut contester les décisions de la Cour constitutionnelle?S’il faut le faire,il y a des procédures à suivre. C’est cela la vraie démocratie = le respect des lois et textes d’une communauté par des gens civilisés et ayant une raison.Les animaux n’ont pas ces deux qualités (civilité et raison;c’est pourquoi entre eux c’est la violence et bestialité!)Dans le cas de la Côte d’Ivoire,aucune organisation,fut-elle les Nations-unies,ne pouvait pas se mettre au-dessus de l’autonomie du pays,de son auto-détermination!Mais que non!La france qui est métropole des pays africains peut tout se permettre,tordre la démocratie. Aujourd’hui,une seule partie/un seul parti est à la Haye par la volonté d’une Mafia éhontée qui ne respecte que ses intérêts:sa vie humaine de populations est ignorée et peut servir de prétexte aux invasions.Pourquoi donc Dramane et ses rebelles sont saints?intouchables?Ils servent le maître blanc ravisseur et oppresseur!Il n’y a donc pas de procès mais une encapsulation de la conscience africaine:il faut retenir SEM Gbagbo et aussi Ble Goude pour permettre aux valets de servir servilement et piteusement la Mafia des intérêts. C’est quand ils seront rassasiés (la france sera dans ses fonds déboursés pour l’entretien de la rébellion)qu’un simulacre de jugement donnera une peine à SEM Gbagbo.Procès de honte,de bestialité des rapaces affamés réunis!

  2. Erratum: lire “la vie humaine”

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