Le racisme arabe: Le grand tabou

Le racisme arabe: Le grand tabou

Avec la libération de la Libye arrivent des informations moins joyeuses, apportées par Amnesty et Médecins pour les Droits Humains, sur les rebelles qui égorgent en quantité des noirs Africains, sous prétexte qu’ils seraient des mercenaires pro- Kadhafi. Quoique le dictateur ait enrôlé des combattants de l’Afrique Sub-saharienne, la grande majorité des noirs africains en Libye sont tout à fait des innocents immigrés et un million d’entre eux ne sont que des travailleurs invités.

Selon le groupe d’experts basé au Caire, beaucoup de Soudanais qui sont visés par les Libyens sont des refugiés qui ont fui le nettoyage ethnique des noirs africains au Darfour et dans la région du Sud Kordofan du Soudan. Ils ont échappé une forme de racisme arabe pour en trouver une autre.

Rien de cela n’est arrivé au hasard. Déjà en 2000 il y avait eu des émeutes sanglantes contre les immigrés en Libye. Ni non plus y a t-il une chose inhabituelle dans l’attitude libyenne. Le racisme arabe envers les noirs africains est monnaie courante même s’il demeure un sujet tabou. Pour le lauréat du prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, le manque de volonté de confronter le racisme arabe trouve ses racines dans le rôle que les Arabes ont joué dans les commerces des esclaves. Il écrit: « Les Arabes et l’Islam sont coupables d’une brutalité culturelle et spirituelle envers le continent ».

L’Intellectuel éthiopien Mekuria Bulcha estime que les esclavagistes aient vendu 17 millions d’Africains au Moyen Orient et en Asie entre le 6è et le 20è siècle. Et pourtant il y a une résistance presque totale de la part des intellectuels à examiner le rôle central des arabes dans l’esclavage passé et présent.

Selon Naiwu Osahon, du mouvement Pan africain, « les africains sont traités comme la crasse de l’humanité » dans le monde arabe. Selon lui, la politique arabe depuis le 7è siècle n’a été que « élimination, déplacement, séparation, marginalisation et suppression » des noirs africains. On pourrait dire qu’elle se poursuit encore à ce jour. Les noirs africains qui travaillent en Egypte, en Algérie et en Libye racontent comment ils sont ridiculisés publiquement et physiquement agressés par les arabes.

L’écrivain egyptien Mona Eltahawy raconte d’avoir vu une fille soudanaise violentée et tourmentée sur le métro du Caire et conclut : « Nous sommes des racistes en Egypte et pourtant nous nous obstinons à le nier ». Elle emplie son observation pour affirmer que le monde arabe ignore la souffrance du Darfour parce que les victimes sont des noirs. « Nous payons attention seulement quand c’est l’Amérique et Israël à se mal comporter ».

La Ligue Arabe et l’Organisation de la Conférence Islamique ont à maintes reprises refusé de censurer le régime totalitaire du Soudan pour tuer ses propres citoyens noirs africains, même quand les victimes sont des musulmans. Leurs conférences se place du côté plus sûr en condamnant d’une manière routinière Israël pour sa manière de traiter les palestiniens.

On peut bien dire que les leaders arabes et musulmans refusent de critiquer les leurs parce qu’ils perçoivent -en utilisant un mot mal inspiré de Bush- une croisade orchestrée par les Etats Unis d’Amérique contre eux. On reconnait moins le syndrome par lequel ils s’enfoncent dans leur propre victimisation et plaintes persistantes en ignorant les atrocités et les violations des droits humains envers les minorités dans leurs propres pays.

Mais il y a une autre raison pour l’indifférence arabe à la souffrance au Darfour et Somalie. Ces victimes sont « le faux type de musulman », c’est-à-dire, ce sont des noirs africains et non des arabes.

Au début des années 1900, Winston Churchill était écoeuré de voir comme les militaires arabes soudanais utilisaient les noirs nubiens pour leurs exercices de tir. Rien n’a changé, sauf que maintenant on tire sur eux dès les hélicoptères qui planent au dessus des Monts Nouba où se sont refugiés des civils noirs africains.

Dans le Soudan moderne c’est une pratique courante pour les soudanais qui se définissent à eux mêmes arabes, d’appeler ouvertement les soudanais noirs « abid », esclaves; ignorant même le fait qu’il y a eu mariages mixtes depuis plusieurs années. L’intellectuel Canadien Salim Mansur affirme: « Les noirs sont vus par les arabes come racialement inférieurs et la violence arabe contre les noirs a une longue et turbulente histoire ».

Toute tentative de faire face au racisme arabe persistant est dominée par les appels à la solidarité arabo-africaine contre les néo-colonialistes de l’Occident. Selon les mots de l’intellectuel nigérian Moses Ebe Ochonu, qui vit aux U.S. A., « les leaders noirs africains se donnent de la peine pour plaire et pour protéger les intérêts des arabes nord africains ».

Mais, pourquoi les leaders noirs africains restent muets face aux mauvais traitements que subissent les noirs africains dans le Nord de l’Afrique, dans le Moyen Orient et au Soudan, pendant qu’ils condamnent docilement la situation pourtant désespérée des palestiniens? Pour la même raison que l’Union Africaine réunie à la fin du mois d’août a refusé de critiquer le Colonel Kadhafi, même après qu’il avait été évincé: c’est que depuis belle lurette il payait leurs factures personnelles aussi bien qu’il finançait l’Union Africaine. Depuis des années, l’Union Africaine, avec son budget de 250 million de dollars américains est financée par la Libye, l’Algérie, l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud. Selon Peter Pham du Conseil Atlantic, « habituellement la Libye paie les arriérées des pays membres en retard».

En plus, Kadhafi a « joyeusement fourragé un bon nombre » de leaders Noir Africains, selon le chroniqueur Kofi Aksoh – Sarpong. Selon un officier camerounais qui demande l’anonymat, « un hôpital ici, un bataillon de chars de combat là bas, sans compter les Séries 500 Mercedes pour leurs collections personnelles, c’est comme cela que les arabes ont manipulé les leaders africains ». « Les hôpitaux King Faisal apparaissent dans les endroits moins attendus », ajoute-t-elle.

Curieusement, les mêmes gens qui dans l’Occident se considèrent progressistes et libéraux se font souvent complices en refusant toujours de mentionner le racisme arabe, comme si en le faisant serait se poser en sioniste anti-Palestinien. Ce serait se faire des illusionnes que de nier que le racisme occidental persiste et qu’il contribue à l’échec collectif qui devrait arrêter les décennies des crimes de guerre contre les noirs africains au Soudan. Et seulement un naïf pourrait penser que l’élection de Barack Obama ait signifié que l’Amérique a dépassé le racisme. Mais lentement les sociétés occidentales affrontent leur passé désagréable et leur racisme hors-la-loi, au moins dans la législation si ce n’est pas dans les coeurs. Espérons que le Printemps arabe apporte aussi avec soi une nouvelle ouverture et la suffisante confiance de soi pour abandonner le suffocant camouflage d’impuissante auto-victimisation arabes.

Rebecca Tinsley – Journaliste et activiste des droits humains.
Huffington Post, le 9 Septembre, 2011.
http://www.huffingtonpost.com/rebecca-tinsley/arab-racism_b_951422.html

Traduction de Kabeya Janvier pour jpic-jp.org

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