Le “ras le bol” de la vie chère à Abidjan

Le “ras le bol” de la vie chère à Abidjan

Dur, dur de se nourrir à Abidjan tant la hausse des prix sur le marché touche toutes les denrées alimentaires. À qui la faute ? Les commerçants accusent les grossistes, qui eux-mêmes accusent l’État, qui a son tour a promis des allègements fiscaux. Mais les prix continuent d’augmenter. 

Il est à peine 8 heures du matin et le marché de Belleville à Treichville, une commune d’Abidjan, grouille déjà de monde. Les ménagères qui passent d’un étal et d’une boutique à l’autre ont l’air inquiètes et semblent être à la recherche d’un objet introuvable. Esther Kouassi, un billet de 5 000 francs CFA en main, ne cache pas son inquiétude : “Le marché est trop cher ! Regarde les bananes, les vendeuses les proposent à partir de 3 pour 500 francs, le bout de manioc qui hier s’achetait à 50 francs est aujourd’hui vendu à 100 francs ! Et je dois faire la cuisine pour 6 personnes”, nous explique la jeune fille.

L’anarchie des prix

Esther n’est pas la seule à se plaindre de la cherté du marché. La vie chère, c’est bien le syndrome qui a contaminé tout Abidjan et qui ne laisse personne indifférent ! Marie-Laure N’guetta, qui quitte le marché avec quelques maigres légumes dans un sachet, fulmine : “Ouattara [le président de la Côte d’Ivoire, NDLR] nous a promis qu’il ferait en sorte que les familles mangent à leur faim, que la vie chère allait disparaitre, qu’il avait des solutions pour les Ivoiriens… Où sont les solutions quand nous ne sommes pas capables de nourrir nos enfants ?”.

Quelques pas plus loin, devant l’étalage d’un boucher, Hortense n’a visiblement plus le cœur à la viande ! Faut-il acheter ou pas ce kilogramme de viande qui va alourdir la facture des achats du jour ? Cette mère de famille n’arrive pas à expliquer la hausse des prix des produits de grande consommation : “Le riz, le poisson, la viande, le kilogramme d’oignons, de tomates… il vous sera difficile de trouver un seul produit qui échappe à l’anarchie des prix. Lundi vous avez un prix, mercredi un autre ! Manger, simplement manger devient un luxe même pour les fonctionnaires”, s’indigne-t-elle.

À qui la faute ?

Mais qui porte la responsabilité de la cherté du marché ? Les consommateurs accusent les commerçants, voyant passer les prix du simple au double. C’est le cas par exemple des maquereaux, des capitaines et des dorades qui bronzent sur l’étalage d’Assata Bamba. “Ce n’est pas la faute aux petits commerçants. Allez-vous plaindre aux grossistes”, lance la vendeuse agacée. Assata explique que les grossistes du port ont majoré de 5 000 francs CFA chaque carton de poisson.

Dans la zone portuaire, les grossistes semblent trop occupés pour répondre aux questions. Un grossiste libanais travaillant dans le secteur du riz donne néanmoins son point de vue :  “Le riz est cher, le poisson est cher, l’huile est chère… au fond, tout est cher ! Je suis d’accord, mais lorsque vous êtes dans un pays où le gouvernement fixe des taxes sans penser à sa propre population, que voulez-vous que fassent les grossistes ?”, s’interroge-t-il avant d’indiquer que “si les taxes et les impôts baissent, les prix sur le marché vont aussi baisser.”

L’autre problème qui contribue de façon pernicieuse à faire grimper les prix à Abidjan, c’est le racket sur les routes. Ousmane, propriétaire d’un camion dédié au transport des vivriers depuis les zones de production de l’ouest vers les marchés d’Abidjan, explique son problème :  “Quand les agents des forces de l’ordre aperçoivent un camion de vivriers, c’est comme s’ils avaient vu de la drogue ! Ils vous exigent de fortes sommes d’argent avant de laisser le camion avancer. Vous devez payer à chaque corridor”, ajoute-t-il.

Un serpent qui se mord sans cesse la queue

La hausse généralisée des prix sur les marchés ivoiriens est un cercle vicieux, à l’image d’un serpent qui se mord sans cesse la queue. En amont, les exportateurs se plaignent des taxes et droits fiscaux imposés par l’État, et les grossistes se voient dans l’obligation de majorer les prix. En aval, les détaillants se disent être obligés de frauder à l’étiquette pour faire un petit bénéfice.

La lutte contre la cherté de la vie est certes l’affaire de tous, mais le gouvernement ivoirien qui fixe les taxes, les impôts et décide de l’assiette des prix semble avoir le leadership. Maintenant, les clients espèrent qu’avec les allègements fiscaux consentis par l’État, les commerçants ne continueront pas à afficher des prix exorbitants à leur tête. Sinon, ils seront bien tentés de passer à la phase répressive.

Par Kahofi Suy, Abidjan

Source: rnw.nl

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