Le Regard de Germain Séhoué: L’art d’être irréprochable

Le Regard de Germain Séhoué: L’art d’être irréprochable

En Afrique, l’honneur est si peu de chose ! Ailleurs, dans des pays avancés, un ministre aurait déjà démissionné parce que le chef de l’Etat veut lui faire porter le chapeau de son échec. Là-bas, chacun assume ses choix, ses responsabilités, ses aberrations. On ne fait pas la passe au voisin qui serait fait pour « encaisser » la colère et l’humiliation et l’autre, non.

Un ministre ne peut pas, aussi facilement, pour sauver le chef de l’Etat empêtré, lui vendre son honneur. Sa dignité. Là-bas, chaque visage et chaque nom doit connaitre la honte qu’il mérite. Difficile de prendre l’humiliation du chef en échange de quelque avantage que ce soit. Parce que chacun veut capitaliser son honneur et sa dignité pour l’avenir. C’est pourquoi les démissions sont fréquentes. Mais sous les tropiques, il y a une mentalité de président irréprochable et infaillible.
Face à la grogne sociale contre cherté de la vie, à la flambée du prix de l’électricité et de denrées de première nécessité et la reforme du permis de conduire, Alassane Ouattara vient de se décharger. Il a tranquillement transféré ses responsabilités et échecs à des collaborateurs, ministres. Des gens qui auraient agi en ions libres. Or, s’il est avéré que Ouattara n’a pas le contrôle de ses ministres, il serait bien gentil de remettre le pouvoir au peuple. S’il dit que sa décision a été mal appliquée ou exagérée, c’est que l’action gouvernementale manque de suivi. Le Premier ministre et le chef de l’Etat même ne suivent pas au quotidien ce que font leurs ministres. Dans quelle mesure les arrêtés et notes de services incendiaires signés ici et là, peuvent ruiner la santé du pays ? Quelle la réaction du peuple relativement à une augmentation que le gouvernement vient de décider ? Quel est le rapport des contrôleurs des prix sur les marchés ? Etc.
Si malgré ces points du tableau de bord pour gouverner, après six mois ou plus, le pouvoir joue les ignorants prostrés, c’est qu’il est dans la comédie. On comprend que le chef de l’Etat puisse dire à un ministre dont le Département est engagé : « Ecoute, ne t’en fais pas, je vais dire au peuple des choses pour le calmer. Je vais faire comme si c’est ta faute ; tu resteras tranquille, je te revaudrai ça. Joue les coupables convaincus, tu ne seras pas inquiété… Ok ?» Toute cette comédie pour conforter les gens dans l’illusion que Alassane Ouattara n’est pas capable de trébucher, de faire un faux pas en politique. Un chef d’Etat n’est ni plus ni moins qu’un humain. Or, tout humain est faillible. Il peut se tromper et revenir humblement devant le peuple pour présenter ses excuses. Mais à combien, en Afrique, un ministre peut vendre son honneur au chef de l’Etat qui veut jouer le beau rôle ? Ouattara accuse : « Oui, il y a eu une injustice dans l’augmentation qui a été faite et cela est inadmissible. (…) J’invite donc la Cie à réparer cette injustice ». Qu’a-fait la Cie ? Peut-elle de son chef, augmenter les tarifs de l’électricité ? Peut-elle prélever au consommateur des charges comme celle sur les ordures, sans l’ordre du gouvernement ? Si oui, où va alors cet argent ?
La politique, ce n’est pas forcément l’art d’être irréprochable.
 
Germain Séhoué

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