Le respect des constitutions et l’ingérence étrangère en Afrique francophone

Le respect des constitutions et l’ingérence étrangère en Afrique francophone

Echaudée par la guerre d’indépendance de l’Algérie, la France a choisi de consolider la balkanisation de son empire colonial africain, en vue d’accorder aux différents territoires qu’il a dessinés, l’indépendance. Cette indépendance est octroyée dans un cadre négocié, avec l’élite des années 1960. Cette élite sera celle des « pères fondateurs ».Ainsi, les Etats ont été déclarés indépendants selon la formule sacramentale suivante :« En vertu du Droit inaliénable des peuples à s’administrer……. Je déclare solennellement l’indépendance de…. ». Une formule dictée aux bénéficiaires choisis de l’opération.

De cette déclaration, sont nés des Etats africains francophones, avec le statut de républiques. Ces États ont été dotés de lois fondamentales ou constitutions inspirées de la constitution française de 1958,pour leur donner une âme en tant qu’entités souveraines dans l’univers de la communauté internationale.

Les actes fondateurs desdits Etats, sur la base de la constitution, ont permis la mise en place du cadre juridique de leurs administrations souveraines. C’est ce cadre-là qui oblige l’Etat lui-même dans ses rapports avec les autres Etats et les citoyens qui s’en réclament dans l’exercice de leurs droits et obligations. De la constitution, découlent toutes les lois ou toutes les règles qui déterminent le cadre normatif de chaque Etat dont le respect s’impose à tous.

Mais, eu égard au contexte de la naissance des Etats africains francophones qui s’apparente à une concession d’indépendance, on peut se demander s’il est permis à l’observation d’affirmer de façon irréfragable que la constitution peut faire l’objet d’un respect scrupuleux ou d’une non-ingérence, pour une véritable souveraineté desdits Etats. La réponse à cette interrogation est,dans le principe,OUI ; puisque seul le cadre normatif confère aux institutions le pouvoir de légiférer, de juger, d’engager, de gérer et d’administrer tous les secteurs d’activités étatique de façon souveraine.

Toutefois, force est de constater que ce principe, dès le départ, a été tempéré par unfaisceau d’accordsdits de coopérations, allant de la coopération économique et financièreàlacoopération judiciaire et militaire.

Ainsi la constitution, appelée à soutenir la souveraineté de chaque Etat, apparaît comme une camisole portéede force aux gouvernants des Etats francophones africains par la France et destinée à faire respecter les engagements qu’on a fait prendre aux « pères fondateurs », dans l’intérêt généralement du seul colonisateur. En contrepartie, est garantie la pérennité au pouvoir des gouvernants et de l’élite qui les entoure. Cela a bien souvent été la raison des longs règnes de dictatures en Afrique francophone. En d’autres termes, la souveraineté est encasernée, si bien que ni les dirigeants, ni la population ne peuvent éprouver le désir d’afficher une volonté de souveraineté véritable, sans que la France n’exerce son pouvoir de rappelà l‘ordre, souvent de façon violente, avec ses armées, pendant que les États africains sont maintenus dans une faiblesse militaire permanente liée justement aux accords avec la puissance coloniale. Toutes les voies d’alternance sont obstruées dans l’administration desdits Etats, tant que les intérêts de la France sont garantis. Tous les changements qui se sont opérés jusqu’alors, ne sont en général que des options opérées, souvent par coup d’État diligentés par la France, à l’aune des intérêts colonialistes. Et pour couvrir ces actes anormaux, on parle de droit d’ingérence.

L’ingérence de la France, avec à sa remorque « la communauté internationale », procède toujours des intérêts de la France qui est restée le tuteur de ses ex colonies, dans la gouvernance mondiale. C’est elle qui agit au conseil de sécurité pour ‘’ le bien des Etats africains francophones’’. C’est aussi elle qui se porte garant des engagements internationaux des Etats de son pré-carré, en matière économique et financière. C’est enfin la France qui donne le ton de la rétrocession homéopathique de la marche démocratique. La volonté des peuples ne comptant pour rien dans cette dynamique.

Finalement, il est à remarquer qu’après plusieurs changements brutaux intervenus dans la quasi-totalité des Etats francophones, la France, en panne d’ingéniosité a, à La Baule, arrimé le maintien de la coopération à l’idée de l’alternance démocratique. Elle a dicté aux Etats, l’ajustement de la mise en œuvre des constitutions avec les réalités sociopolitiques. Elle a pris le contre-pied de la surveillance des pouvoirs de ses hommes liges, incarnés par la classe vieillissante des pères fondateurs, en énonçant la limitation des mandats et en permettant l’émergence d’une opposition avec en arrière-pensée, le contrôle de celle-ci.

La France, par ce biais, a trouvé un moyen élégant d’arriver à faire opérer les changements en ne se salissant plus les mains. En réaction, les hommes politiques qui avaient toujours bénéficié du soutien de la France, dans leur résistance face à la nouvelle donne,se sont attaqués aux constitutions, en les modifiant dans le sens leurs intérêts, pour mettre hors-jeu l’alternance. Cette résistance des hommes politiques au pouvoir a généré un interventionnisme grotesque et encore plus sanglant, comme en Lybie, en Côte d’Ivoire et en cours de réalisation au Gabon. Il se fait aussi des ratés, comme ce qui s’est produit au Burkina Faso, et des réussites momentanées dans certains pays comme le Congo Brazzaville, le Togo, pour ne citer que ceux-là.

L’ingérence dans le respect des constitutions fait des valses en fonction des intérêts stratégiques de la France. Elle demeure le reflet de la survivance du refus de cette puissance coloniale de libérer l’Afrique des liens coloniaux. La souveraineté que la France colonialiste a accordée de façon factice aux Etats africains ne l’empêche guère de continuer à pratiquer sa politique des comptoirs, au profit de la métropole, nonobstant les désagréments que cela pose à son image. Peu importe le regard complice et hypocrite des autres Etats, de l’ONU, des organisations régionales, et des organisations de défenses des Droits de l’homme, la France n’en a cure : elle avance dans la prédation, car la préoccupation de soigner son image ne nourrit pas un pays.

SÉRI GOUAGNON

24 è Vice-président du FPI

Chargé de la justice, des libertés publiques

Et des Droits de l’Homme.

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*