Le rêve du président Gbagbo pour une nouvelle Afrique: «L’Afrique que je vois arriver, elle est différente de celle des années 60» | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Le rêve du président Gbagbo pour une nouvelle Afrique: «L'Afrique que je vois arriver, elle est différente de celle des années 60»
Le rêve du président Gbagbo pour une nouvelle Afrique: «L’Afrique que je vois arriver, elle est différente de celle des années 60»

Le rêve du président Gbagbo pour une nouvelle Afrique: «L’Afrique que je vois arriver, elle est différente de celle des années 60»

Madame la 1ère Vice- Présidente de l’Assemblée Nationale ;

Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;

Madame la Représentante du Médiateur de la République ;

Mesdames et Messieurs les Ministres ;

Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique ;

Monsieur l’Ambassadeur Pierre Kipré, Président de la Commission Nationale de l’Organisation du Cinquantenaire de la République de Côte d’Ivoire ;

Monsieur le Préfet de la Région des ‘’Lacs’’, Préfet de Yamoussoukro ;

Monsieur le Maire de Yamoussoukro ;

Mesdames et Messieurs les Membres des délégations des pays frères ;

Mesdames et Messieurs les Universitaires et Experts ;

Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux ; Directeurs Centraux et Chefs de Service ;

Monsieur le Général de Division, Chef d’Etat–Major ders Armées ;

Messieurs les Officiers Généraux ;

Mesdames et Messieurs les Officiers ;

Honorables Chefs Traditionnelles ;

Distingués Chefs Religieux ;

Honorables invités ;

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie tous. Je ne vais pas faire un discours ce soir. J’aurai à faire une intervention le 5 août. J’aurai à faire une communication orale, non écrite. Mais, elle est tellement présente dans ma tête que je vais la livrer le 5 août.

Mais, avant d’ouvrir le Colloque, je voudrais dire que, 50 ans, c’est beaucoup et c’est peu. Quand nous avons décidé d’organiser la réflexion sur nos 50 ans d’Indépendance, nous avions entendu tout et le contraire de tout. Vous savez, dans le monde entier, on fête tous les 50 ans, la Liberté recouvrée dans les pays. Moi- même, j’ai assisté au temps de François Mitterrand, au bi-centenaire de la Révolution française. Cela fait 4 fois que la France fêtait son Cinquantenaire sur 200 ans.

Je suis allé au Sénégal, au Cameroun – je n’ai pas eu le temps d’aller à Kinshasa – je viens du Bénin aujourd’hui même. Un Jubilé se fête toujours. Mais, le problème est de savoir comment on le fête. Ce que j’ai souhaité pour la Côte d’Ivoire, c’est que cette fête soit d’abord une réflexion. Une réflexion pour nous, les Ivoiriens, et une réflexion pour les Africains.

Je prends le cas de l’Afrique de l’Ouest. Nous sommes réunis dans la CEDEAO. Le Nigéria a connu une guerre civile et 8 coups d’Etat. Le Benin, je ne sais plus combien de coups d’Etat, ce pays a connus. Le Colonel Soglo en a fait 2. Le Lieutenant-Colonel Raeley en a fait 1.

Le Togo, la vie politique a été rythmée par les coups d’Etat dès la 3ème année des Indépendances africaines. Au Ghana, il y a eu au moins 8 militaires qui ont gouverné ce pays, avant d’en arriver à Rawlings qui a fait entrer le Ghana dans un régime constitutionnel.

En Côte d’Ivoire, ici, on croyait que jamais cela n’arriverait ! C’est arrivé. Il y a eu un coup d’Etat et une guerre civile. Nous sommes en train d’en sortir. Au Libéria, on a eu 17 ans de guerre civile. En Sierra Leone, on est en train de juger encore, par un Tribunal Spécial, les personnes pour les atrocités commises. En Guinée, c’est la première fois qu’il y a des élections depuis 1958. J’avais oublié de souligner que j’avais assisté au Cinquantenaire du Ghana, en 2007 et à celui de la Guinée, en 2010. Justement parlant de la Guinée, c’est la première fois qu’il y a des élections.

Au Burkina-Faso, il y a eu des coups d’Etat. Au Niger, nous y sommes encore. Au
Mali, nous avons connu au moins 2 coups d’Etat. Au Sénégal, la question de la Casamance est toujours là. Elle est tellement là, qu’on l’oublie même. Ils ont réussi à vivre avec.

Chers amis, chers frères, quand dans un sous-continent, on a tous pays les pays qui ont connu les mêmes types problèmes, il faut s’arrêter et réfléchir et dire, «pourquoi, c’est à nous que cela arrive ?». Si on n’arrive pas à faire ce type de réflexion, c’est qu’il n’y a pas de différences entre les autres animaux et nous. Parce que nous sommes des animaux, au sens étymologique du terme. L’homme est un animal mais, la différence entre l’animal ordinaire, et l’homme, c’est qu’en plus de tous les sens qu’ont les animaux ordinaires, l’Homme a la capacité de réflexion, la capacité d’analyse et la capacité de décider autre chose que ce que l’instinct lui dit.

Je demande seulement qu’en Côte d’Ivoire, nous démontrions que nous sommes des Hommes, c’est–à-dire que nous réfléchissons. Nous ne sommes pas là pour pleurer sur ce qui est passé. Parce que si nous voulons pleurer sur ce qui est passé, il y a des pays qui vont se noyer dans leurs propres larmes. Ce que nous connaissons, n’est rien par rapport à ce que les USA ont vécu : la guerre de sécession. Pour ceux qui n’ont pas le courage de lire des livres ou des rapports trop volumineux, regardez seulement le film «Autant en emporte le vent». Cela vous prendra 4 heures. Mais vous verrez les atrocités ; la guerre entre les Confédérés du Sud et les Fédérés du Nord. Mais, aujourd’hui, malgré ce fait, ce sont les USA qui dictent la loi au monde entier.

La France, fête le 14 juillet, comme sa fête nationale. Mais, il s’agit du 14 juillet 1789 ! Entre le début de la Révolution française et la l’installation définitive de la République en 1868, il y a presqu’un siècle ! Durant ce siècle, ce sont des combats, des guerres civiles, des morts, la terreur qui ont jalonné l’histoire de cette Nation. Pendant la période de la Terreur, on ramassait, chaque matin, les cadavres dans les brouettes pour aller les jeter dans les fosses communes. Dieu nous garde ! Nous n’avons pas connu cela. Et on ne connaitra pas ! Parce que nous profitons, au moins, indirectement, des expériences passées. Donc, nous ne connaitrons pas cela. L’Allemagne également, n’a pas été en reste. Elle a connu sous Bismarck, des luttes, des guerres, des morts.

Quand, quelquefois, des Chefs d’Etat de ces pays où leurs représentants viennent me voir et qu’ils ont l’air de me donner des leçons, je leur rappelle que mon métier, c’est l’histoire. Donc, je sais ce qui s’est passé dans tous les autres pays. 50 ans après la proclamation de leur Indépendance, ils n’étaient même pas au point où nous en sommes aujourd’hui. Après le 14 juillet 1789, 50 ans après, calculez un peu, vous allez voir où était la France. Assiégée de toutes parts. Où était la Chine, 50 ans après la Révolution des Soviets ? Où était la Russie ? Où étaient les USA, 50 ans avant la guerre de sécession et 50 ans après la proclamation des Indépendances ?

Je ne voudrais pas que ce Colloque soit une séance de pleurs collectifs. Qu’on vienne ici pour pleurer et disant ; «on était bien avant, on n’est pas bien maintenant». C’est passé ! On est là pour dire que chaque pays a eu sa part de malheurs. Nous avons notre part, quelle est la spécificité de notre malheur et comment nous en sortons de façon spécifique ! Parce que quand on parle de crise, il y a des acteurs globaux d’une crise ; mais il y a aussi des aspects spécifiques aussi de la crise. Et nous, ce sont les aspects spécifiques de notre crise que nous devons aller chercher ; ce qui est ivoirien, dans la situation ivoirienne. C’est cela que nous devons aller chercher. Et c’est nous seuls ; personne ne peut venir le chercher à notre place. Nous invitons tous nos amis pour que dans la réflexion collective, nous prenons appui sur leurs expériences pour nous sortir de notre mauvaise passe.

Je pense que le Ciel nous a bénis ; Dieu nous a bénis qu’on ait eu cette crise-là, avant le Colloque. Parce qu’on n’aurait pu fêter nos 50 ans et dire «nous sommes des enfants bénis de Dieu, qu’on n’a jamais rien connu comme crise, comme coup d’Etat» ; Et puis après, tomber dans un coup d’Etat et dans une guerre civile. Dieu nous a aidés qu’on a connu cette crise avant la célébration du cinquantenaire. Intégrons cela dans notre réflexion et puis sortons-y une fois pour toute.

Monsieur le Président de la Commission, mes chers amis, je suis optimiste. Je suis optimiste, parce que je dirige la Côte d’Ivoire et je vois où on va. La situation actuelle de la Côte d’Ivoire me rappelle la situation de l’Afrique du Sud en 1994. Quelques trois mois avant les élections historiques qui ont emmené l’ANC au pouvoir, j’étais en Afrique du Sud avec l’Internationale Socialiste, pour appuyer nos amis de l’ANC. J’étais dans un hôtel à Johannesburg. J’ai été invité par le Représentant du Secrétaire Général de l’ONU à une discussion. On causait un peu. J‘ai remarqué que sur tous les paliers, il y avait des hommes affaires de tous les pays. Chaque homme d’affaire était prêt à invertir mais, ils attendaient seulement le jour des élections.

Et bien, je vous dis aujourd’hui qu’en Côte d’Ivoire, nous sommes dans la même situation. Ils sont prêts à courir, à investir, mais attendent seulement que les élections se fassent.

Je suis optimiste ; pour la Côte d’Ivoire, je suis optimiste. Quand je parcours le pays, je vois le malheur et les difficultés aussi – j’en parlerai dans mon discours à la Nation le 6 août -, mais je vois aussi que les Ivoiriens – comme on le dit à Abidjan – «ils grouillent». Partout, que ce soit dans les quartiers riches ou précaires, les gens construisent. Même dans les quartiers précaires, on n’est obligé d’aller casser leurs maisons. Pour dire que «si vous construisez à cet endroit, l’eau va emporter vos maisons ; allez-y donc ailleurs».

Les Ivoiriens grouillent, ils ont envie de vivre, ils cherchent l’argent ; ils se débattent et cela faire plaisir à voir. Nous, les politiques, ce que nous avons à faire c’est d’aider le peuple à renaitre. C’est–à-dire, à faire nos élections pour que le peuple renaisse. Et le Président de la République, fera tout ce qui est en son pouvoir pour que cela soit le plus vite possible.

Je parcours l’Afrique ; je discute avec tous les Chefs d’Etat, qu’ils soient anglophones, francophones, lusophones, hispaniques, arabophones, partout, on parle. Une autre Afrique est en train de naître. L’Afrique que je vois arriver, elle différente de celle des années 60. Une Afrique, où l’Indépendance devient de plus en une réalité dans la tête des dirigeants. Ce n’est pas Gbagbo qui va leur dire «faites ceci ou faites cela». Non ! Quand vous discutez avec eux, vous sentez que l’Indépendance arrive. Les Africains – en tout cas ce que je vois – ont compris aujourd’hui que personne ne viendra construire l’Afrique à notre place. L’Afrique, c’est notre continent, la Côte d’Ivoire, c’est notre pays. Si nous ne construisons pas la Côte d’Ivoire, elle restera en l’état. Si nous la construisons, nos enfants vont avoir une rampe de lancement pour aller de l’avant.

Je puis vous dire que nos enfants ne vont pas nous maudire. Parce que, dès qu’on fera les élections – et c’est pour bientôt -, les événements vont aller tellement rapidement, qu’au bout de quelques années, on aura comme oublié ce qu’on a veçu. On va en rire. Et comme les Ivoiriens ont beaucoup d’humour, on va rire de ce qui nous a fait pleurer, hier. C’est ce que je cherche pour la Côte d’Ivoire.

Donc, chers amis, chers frères, ce à quoi nous vous invitons, c’est la réflexion. C’est de montrer que nous sommes des Hommes. Nous, les Croyants nous disons que «l’Homme a été crée à l’image de Dieu ». La petite parcelle de Dieu qui est en nous, c’est cela qu’on appelle l’Intelligence ; c’est ce qui nous rend différents des bêtes, parce qu’elle nous rend différent des animaux.

Mobilisons nos intelligences. Et que les quelques jours que nous allons passer ici, soient des jours formidables. Des jours de RE- CREATION, pas de récréation. Mais des jours de RE- CREATION. Des jours où on crée de nouveau.

Pour le Centenaire, j’ai envie moi aussi d’être là ; mais en me projetant dans l’avenir, et on faisant tous les calculs, je pense que je ne serai pas là.

Mais, nous devons laisser, dans les 2 ou 3 années qui viennent, les matériaux de construction pour que ceux qui vont venir demain, puissent travailler à l’aise. En ayant à l’esprit les conséquences de la crise que nous venons de vivre et en faisant en sorte qu’ils ne puissent pas vivre cela.

C’est pourquoi, chers amis, j’ai souhaité que nous réfléchissions.

Je tenais à remercier le Comité d’Organisation, les Scientifiques, les Experts qui planchent sur les différents sujets. Je voudrais remercier tous nos amis qui sont venus de l’extérieur. Je vois notre ami du Gabon, économiste. Il y a d’autres dans la salle ; il y a d’autres qui arrivent ce soir à Abidjan, et qui seront ici demain matin. Je voudrais vraiment remercier tous ceux qui viennent nous aider à réfléchir. Je voudrais remercier les Diplomates qui sont là et qu’ils n’hésitent pas dans les débats, à prendre la parole. Elle est libérée ; elle est libre. La réflexion est totale. Un de vos mots peut nous aider à enrichir notre pensée, notre réflexion pour aller de l’avant. Je vous demande de nous aider dans notre réflexion.

Il y a côte-à-côte, les deux patrons : le Doyen du Corps Diplomatique, et le Nonce Apostolique. Il y a également le Chef du Corps Diplomatique africain. Ils sont côte-à-côte. Je vous demande à ne pas être avares de vos paroles. Il y a derrière le Nonce Apostolique, l’Ambassadeur d’Iran, vieille civilisation des Perses. Je vous demande à prendre la parole pour nous aider à réfléchir.

Chers amis, chers frères, ce sont ces quelques commentaires que je voulais faire, en attendant ma communication dans quelques jours.

Je souhaite plein succès à nos travaux et je déclare ouvert le Colloque International Pluridisciplinaire sur le thème : «les Indépendances et ses perspectives en Afrique subsaharienne».

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire ;

Qu’il bénisse l’Afrique ;

Je vous remercie.

DISCOURS D’OUVERTURE DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO A L’OCCASION DU COLLOQUE INTERNATIONAL SUR «L’INDEPENDANCE ET SES PERSPECTIVES EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE»
1er AOUT 2010

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