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Le sondage qui dérange la CPI

Le sondage qui dérange la CPI

Une étude d’opinion faite par la prestigieuse université de Harvard, aux Etats-Unis, montre que les habitants de l’agglomération d’Abidjan, assez représentatifs de la Côte d’Ivoire dans sa diversité, ont peu ou pas confiance en l’institution internationale à caractère judiciaire basée à La Haye. Et se méfient profondément, dans leur majorité, de leurs gouvernants.

Près de trois ans après la violente déportation du président Laurent Gbagbo à La Haye, aux Pays-Bas, où il doit être jugé pour « crimes contre l’humanité », la Cour pénale internationale (CPI) s’est taillée une très mauvaise réputation au sein de l’opinion publique ivoirienne. C’est en tout cas ce que démontre une étude d’opinion menée cette année sur « la perception et les attitudes au sujet de la sécurité et de la justice à Abidjan en Côte d’Ivoire » par la prestigieuse université américaine de Harvard.

Cette dernière, dans le cadre du « Harvard Humanitarian Initiative », a publié un rapport dénommé « Paix fragile, justice insaisissable ». Ce rapport rend compte d’entretiens réalisés avec 1090 personnes dans Abidjan et son agglomération, et admet une marge d’erreur de plus ou moins 3%.

Un jugement sévère sur la CPI

Les résultats de l’étude d’opinion qui en résulte sont en tout cas un cinglant désaveu pour la CPI. 67% des sondés ont « peu ou pas du tout » confiance à cette institution censée incarner la « justice internationale ». Ce qui est plus grave est que 65% d’entre eux ont « peu ou pas du tout » confiance à la justice nationale ivoirienne. Pour les Ivoiriens, CPI et Justice nationale, c’est même pipe même tabac. La pilule aura du mal à passer tant la CPI se vante de « standards » plus élevés, donc mieux à même de susciter la confiance de l’opinion publique.

Un jugement sévère sur la CPI Le sondage qui dérange la CPIA priori, on peut expliquer cette « mise dans le même sac » par là l’attitude ultra partisane et à la soumission à la justice des vainqueurs qui caractérise les deux systèmes judiciaires quand il s’agit de statuer sur les violences consécutives à la guerre post-électorale de 2010-2011.

Ceux des interviewés qui ont été interrogés en profondeur ont été 47% à considérer que la CPI « faisait son travail », et 7% d’entre eux ont estimé qu’elle pouvait « apporter la paix ». Mais 46% d’entre eux ont articulé un jugement sévère. 24% des sondés estiment que la CPI ne poursuit qu’un seul groupe de personnes, 13% qu’elle n’aide pas, 9% qu’elle est « biaisée » en faveur du gouvernement, 7% qu’elle n’arrête pas les criminels…

Seulement 35% des Ivoiriens estiment que la CPI a un impact positif sur la paix. 34% indiquent qu’elle a un impact «négatif », et 31% se réfugient derrière une prudente « neutralité ». 32% des Ivoiriens estiment qu’elle a un impact positif sur « la paix ». 32% estiment qu’elle a un impact plutôt « négatif ». Et 31% sont « neutres ». 35% des sondés seulement estiment par ailleurs que la CPI aura un impact positif sur la justice à l’avenir. En gros, deux Abidjanais sur trois regardent cette institution avec un oeil soit hostile, soit dubitatif. Le tiers restant ne représente-t-il pas la stricte base électorale d’Alassane Ouattara au premier tour de la présidentielle de 2010 ? Les Ivoiriens, qu’ils soient sympathisants FPI, PDCI ou autres, ont-ils intégré que la CPI était d’abord « l’amie » du RDR ? Il faudrait des études plus poussées pour l’affirmer, mais l’hypothèse est probable.

Les Ivoiriens ne croient pas aux promesses de justice du gouvernement

Les différences initiatives du régime Ouattara (Commission d’enquête nationale, cellule spéciale d’investigation, Commission Dialogue Vérité et Réconciliation) semblent ne pas convaincre les Ivoiriens. 69% d’entre eux estiment que le gouvernement n’a pas du tout ou peu de volonté de faire la Justice en ce qui concerne les violences postélectorales. 14% estiment cette volonté « moyenne », et seulement 17% créditent le pouvoir d’une « grande volonté » politique sur ce terrain.

Les Ivoiriens préfèrent une justice nationale réhabilitée à la CPI

Les Ivoiriens préfèrent une justice nationale Le sondage qui dérange la CPITout aussi durs avec leur système judiciaire qu’avec la CPI, les sondés estiment tout de même à 56% que c’est à la justice nationale qu’il revient de juger les auteurs supposés des violences postélectorales de 2010-2011. 17% plébiscitent une justice internationale localisée à l’étranger, et 9% une justice internationale localisée en Côte d’Ivoire.

Procès ou pardon ?

42% des sondés espèrent que les responsables des exactions soient jugés devant des tribunaux. 18% estiment qu’ils doivent seulement être « punis », 11% pensent qu’ils doivent être « mis en prison », 26% pensent qu’ils doivent être « pardonnés », 22% attendent d’eux qu’ils demandent pardon, et 14% qu’ils confessent leurs crimes et exactions pour être pardonnés.

Un peuple qui n’a pas confiance dans ses institutions

L’étude de « Harvard Humanitarian Initiative » donne à voir un pays en pleine crise de confiance, ce qui est très préoccupant pour l’avenir. 79% des sondés ont peu ou pas confiance en leurs autorités locales ou municipales, 78% ont peu ou pas confiance en leurs autorités départementales, et 73% peu ou pas confiance dans leurs autorités nationales. 70% des interviewés pensent que le gouvernement ne se soucie pas de leurs problèmes, et 49% estiment que de toute façon le gouvernement ne se soucie que des problèmes d’une « catégorie » de la population. Seulement 14% des sondés estiment que les élus défendent leurs intérêts, et 63% pensent qu’il y a une grande différence entre les promesses électorales et la réalité. Deux Ivoiriens sur trois ne se sentent pas en mesure de participer à des processus politiques qui concerne la nation ou le district d’Abidjan. Quand il s’agit des enjeux communaux ou locaux, le pourcentage de ceux qui se sentent à même de s’impliquer monte à 39% et 46%. Par ailleurs, les Ivoiriens n’ont pas confiance en leurs voisins, et la confiance qu’ils se vouent diminue quand ils ne sont pas de la même ethnie, et surtout du même groupe religieux.

Un peuple qui na pas confiance dans ses institutions Le sondage qui dérange la CPIComment sortir de cette grave crise de confiance, qui est de mauvais augure pour l’avenir ? L’intelligentsia ivoirienne doit absolument répondre de manière pertinente à cette question.

Par Théophile Kouamouo

Source: Le Nouveau Courrier N°1104

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