LE SOURIRE DU WEEKEND : L’ENTREE AU PARADIS DES PRENOMS AFRICAINS.

LE SOURIRE DU WEEKEND : L’ENTREE AU PARADIS DES PRENOMS AFRICAINS.

« Elle se déclencha soudain. La fin du monde tant annoncée par les pro-fêtes était enfin là (ce n’est pas grave, je suis conscient de l’avoir écrit ainsi). Ils étaient tous joyeux, les menteurs noirs des religions, laveurs de cerveau des adeptes noirs crédules, vis-à-vis de nos beaux prénoms africains. Honnêtement, j’ignore si les adeptes de Mahomet avaient aussi chanté cette éventualité du dernier jour à leurs étiquetés noirs. Mais ils étaient en parfaite communion avec leurs frères ennemis de plusieurs siècles. Non, non, je ne dis pas qu’ils buvaient le sang du Christ ou prenaient son corps avec eux. Ils étaient tous ensemble je veux dire. En plus, pardonnons-moi d’avoir employé « prenaient » au lieu de « mangeaient ». Je ne voulais pas systématiquement faire d’eux des cannibales comme le diraient nos maîtres, ou des « godogouwan » selon l’expression des Bété. Je veux simplement dire que les adeptes de Mahomet s’étaient joints à leurs frères ennemis, étiquetés du Christ. Ils voulaient, en arrivant devant le Père, montrer enfin leur entente.

Mais leur parvenaient des pleurs, pendant qu’ils encourageaient tous leurs étiquetés du monde à être aussi joyeux qu’eux. Qui pleurait ? Les noirs amoureux fous des prénoms de nos maîtres blancs. Au lieu d’être heureux, ces derniers pleuraient de quitter le monde. Ils étaient mécontents de s’en aller sans avoir été avertis quelques cinq petites années auparavant. Ils en voulaient même aux pro-fêtes de n’avoir pas vu l’approche du dernier jour. C’est dire qu’ils ne maîtrisaient pas la notion du dernier jour qu’ils récitaient pourtant souvent.

« Nous aurions au moins fêté notre dernier jour sur terre avec nos prénoms reçus d’ailleurs », regrettaient-ils, les larmes abondantes. Plus encore, ils ne voulaient pas laisser derrière eux leurs prénoms reçus de nos maîtres.

« Oubliez-vous que ces prénoms qui ne vous appartiennent pas, vous ont été donnés afin que vous entriez sans problème au paradis ? » le leur rappelèrent leurs laveurs de tête noirs, les pasteurs et les imams. « Ce n’est donc pas vous qui devez pleurer, mais ces noirs têtus qui n’ont jamais voulu prendre les prénoms des blancs. Ils vont payer maintenant leur affront à nos maîtres. Alors, vous, chantez, dansez, en exhibant vos prénoms arabes, juifs, allemands, chinois, etc. Remarquez surtout comment nous, les noirs, laveurs de cerveau des deux grandes religions, sommes enfin ensemble, tous contents de montrer à Dieu que nous nous aimons. Nous savons que c’est notre dernière hypocrisie les uns envers les autres. Mais nous sommes au moins fiers d’avoir réussi, par nos mensonges, à vous laver le cerveau. Mission accomplie, crierions-nous ensemble. Cessez donc de pleurer et exhibez vos prénoms religieux. Ecrivez-les même en blanc sur vos figures, pour convaincre les gardiens du paradis. »

Les amoureux des prénoms des blancs essuyèrent leurs larmes et se précipitèrent à la porte de l’Eden. Mais quelle ne fut leur grande surprise ! Les gardiens laissaient passer les races de la terre qui avaient tenu jalousement à conserver leurs propres prénoms malgré leur conversion à l’islam et au christianisme. Après ceux-là, ils firent appel aux noirs qui ont fièrement gardé leurs prénoms de noirs. Je vis passer la porte, les Konan Akissi, Tabo Mbéki, Toualy Logbo, Wolle Soyinka, Uhuru Kenyatta, Dinsé Doumbia, toute la suite des africains noirs sans aucun nom ni prénom d’ailleurs. Ils ne semblaient pas nombreux, mais le pourcentage était bon pour une race dont les fils et les filles n’ont jamais hésité pas à se prostituer pour se donner une autre identité.

Je souriais largement, quand arriva le tour des noirs, qui comme moi, avaient reçu un prénom de nos maîtres, mais n’en avaient plus voulu, une fois la supercherie découverte. Puis j’aperçus soudain, arrêtés en première ligne de la foule inquiète, des frères et des sœurs Bété, tenant des pancartes en main. Sur leurs figures je lus : Justin Stanislas, Luckson Padaud, Rose Yao. Mais sur les pancartes étaient marqués : Koré Bidi Djéhoua, Lago Tapé Séhia et Zougoua Ozoua. C’est-à-dire leur deuxième et vraie identité sur Facebook. Je me posai la question de savoir pourquoi cette image donnant l’impression d’une double identité. Et je les approchai pour en savoir plus.

« Mon cher, laisse-nous tranquilles, me dirent-ils en chœur. Nous avions, par souci de prévoyance, apprêté nos vrais noms dans le cas d’une situation telle que la présente. Mais nous ignorons pourquoi nous avons inscrit à l’encre indélébile nos prénoms de blancs ou nos surnoms ridicules sur nos faces. Nous en sommes vraiment confus, mais surtout convaincus qu’aucun gardien ne nous laissera passer. Dans tout cela, nous nous sommes laissé tromper par nos maîtres blancs. Plus encore, nous les soi-disant artistes, nous avons failli à notre devoir de leaders de la conscience de nos peuples. Nous aurions gardé nos vrais noms, et surtout transporté dans nos chansons, le message de conservation de notre identité de noirs à travers nos noms et prénoms. C’est une honte pour nous et une juste récompense de ne pouvoir nous laisser entrer au paradis… »

Je leur apportai mes mots de réconfort moral et marchai vers la porte où des noirs s’entêtaient à revendiquer le passage, en donnant comme raison leurs noms de blancs écrits en gros sur leurs visages. C’était ignorer l’intransigeance des gardiens. Ils étaient prêts à faire payer tous les laveurs de cerveau et tous ceux qui s’étaient laissé laver le cerveau dans cette histoire de prénoms dits divins ».

La sonnerie de mon portable me réveilla. « Oh ! Dieu, cette douleur au bras m’avait fait oublier de le mettre sous silence », me dis-je en prenant l’appareil.

« Allo ? » répondis-je, avant d’écouter à l’autre bout… non, ce n’est plus du fil, vu que la technique a évolué. Bon, passons. C’est Daman qui m’appelle. Il m’informe de sa décision finale de se débarrasser de son prénom Laurent.

« Je viens de faire un rêve terrible, » me dit-il.

« Ah bon ! » je lui réponds avant de l’écouter. A la fin, il m’annonce sa ferme résolution.

_ Je ne peux plus attendre de me faire appeler seulement par Daman Adjéhi.

_ Mon cher Daman, nous avons fait le même rêve. Je n’ai jamais cessé de nous faire comprendre que chaque race doit garder ses noms et prénoms même si ses enfants se convertissent à l’islam ou au christianisme. Je dis bien convertir. Si Dieu lui-même savait très bien qu’il se révèlerait uniquement aux juifs et aux arabes, pourquoi ne nous avoir pas au moins inspirés, nous les noirs, à porter déjà leurs prénoms avant de les rencontrer ? Mais il les a laissés nous laver le cerveau avec leurs noms dont nous n’avons aucun autre lien que celui d’esclaves et de vauriens, insensibles à leurs propres valeurs…

_ Mon cher, arrête tes vérités-insultes. Je cours maintenant prendre les papiers nécessaires au retour de ma vraie identité. Dis-nous au revoir.

Bon, je m’excuse de ne nous avoir pas salués au début. Mais je ne manquerai pas de nous dire au revoir. Au prochain weekend.

Guikou Bilet Zafla, Le Fils d’Afrique.

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