LE SOURIRE DU WEEKEND : MOI, LE NOIR, IDIOT PAR MA PROPRE FAUTE ? NON !

LE SOURIRE DU WEEKEND : MOI, LE NOIR, IDIOT PAR MA PROPRE FAUTE ? NON !

Dans ma tête de noir, il est clair que quand le nom du blanc est là, je refuse d’être appelé par mon nom de noir. Je suis même envieux, quand je vois un noir, 100% africain, porter le nom de son père et seulement comme prénom(s) un ou trois noms de blanc. Que l’on ne m’en veuille pas, je suis un maudit qui s’attache à tout ce qui vient de mon maître. Croyez-moi, je me l’explique difficilement, donc je ne peux l’expliquer à autrui. Ma seule consolation est de savoir combien je suis conscient d’être juste un vaurien. Oui, un vaurien. Je n’en pleure pas pourtant, même si ça me fait mal. Que rient ceux qui se sentent l’envie de rire. Moi, je m’en fous…

Mais ces derniers jours – pardon, je ne parle pas de la fin du monde prophétique – j’ai fini par me poser des questions sérieuses à propos de mes nom et prénom(s) de noir. Mon père Saméné Digbeu Zagolé alias Apoh Zagui, m’a donné le nom Palétché. Même si mon père ne m’a pas fait asseoir pour m’en donner le sens et la raison, j’ai compris que ce nom lui tient à cœur. Parce que, après tout, c’est un nom de sa race, de son peuple, de son village, de sa famille. D’ailleurs, mon père n’a jamais cessé de me parler sur ce ton : « Chaque race se bat pour garder ses noms. Ainsi les mêmes noms reviennent au cours des générations. Aucune race ne devrait avoir la paresse de prononcer les noms des autres races, puis trouver des astuces pour les faire disparaître, en faisant miroiter la bénédiction et l’entrée au paradis. Il n’y a que le noir, pour croire toutes ces idioties. Que Dieu accepte mes excuses, s’il attend que je porte des noms dont je ne suis traditionnellement ni culturellement proche, avant de m’accepter comme son fils. Je dois aimer les noms de chez moi seulement, comme les arabes et les juifs aiment les noms de chez eux seulement. Ca fait match nul entre eux et moi ».

Je n’en veux pas à mon père d’être aussi franc et direct. Ne lui en voulez pas non plus. Il ne changera jamais.

Devenu adolescent, puis adulte, j’ai commencé à trouver l’explication plausible à ce nom. Palétché : lave-toi les mains. Mais comment ? Lave tes mains afin qu’elles restent toujours propres. Cela veut dire qu’il faut rester à l’écart de tout ce qui peut te salir les mains. Les mains représentent ici la réputation. Quand une situation ne semble pas à ta hauteur, il faut t’en laver les mains. C’est-à-dire, abandonne-la. Ou bien : montre tes deux mains pour dire que tu ne veux pas les salir et passe. Ou encore : Quand tu veux serrer la main aux personnes importantes, lave-toi les mains afin de ne pas salir les leurs. Je comprends chaque fois que l’humilité doit toujours me guider. Quel bon conseil et quelle belle rhétorique !

Puis, j’ai entendu des chanteurs de mon ethnie le prononcer dans leurs chansons. Par exemple le regretté Gnaoré Azo disait : Palétché Bouguhé Zogbo. Il s’agit ici de Zogbo, ayant pour père Bouguhé qui lui, a pour père Palétché. Donc je dirais que je suis l’homonyme du grand-père de Zogbo. Mon nom Palétché me plaît, mais il ne vient pas des blancs. Car pour nous les noirs, les noms des blancs sont meilleurs aux nôtres. Dans mes recherches d’un nom de blanc, je rencontre Parker. Et me voilà prononcer sans arrêt : Pélétché-Parker, Palétché-Parker, Palétché-Parker. A la fin c’est devenu un refrain. Ce qui m’attire le plus vers le nom Parker, il me permettra de bien ressentir ma condition d’esclave du blanc. Mais pas n’importe quel blanc. Un blanc d’Amérique, l’Eldorado rêvé de tous les noirs d’Afrique. Et aussi, ce nom est devenu célèbre à cause d’un descendant d’esclave bien connu dans le sport.

Par mesure de prudence – car mon père Apoh Digbeu Zagui peut ne plus me compter comme son fils – je me suis assis et me suis posé des questions de bon sens, dont les réponses me permettraient de continuer mon projet ou d’y renoncer.

  1. Suis-je un blanc pour avoir un nom de blanc ?… NON. (Pas bon pour moi).
  2. Le nom du blanc par lequel l’on va m’appeler plus que par mon vrai nom de noir, fera-t-il disparaître mon joli nom de noir ?… OUI. (Pas bon pour moi)
  3. Est-ce honnête d’affirmer aux gens que j’ai mon vrai nom de noir, que je le connais, sans pour autant être appelé par ce nom-là ?… NON (Pas bon pour moi)
  4. Suis-je sincèrement fier d’avoir mon prénom de noir ?…NON (Pas bon pour moi)
  5. Suis-je conscient que le blanc aime aussi son nom, en est fier et cherche à le maintenir sur terre pour le siècle des siècles? OUI (Bon pour moi dans le sens de m’ouvrir le cerveau)
  6. Ce blanc-là sera-t-il disposé à adopter mon nom, l’aimer comme j’aime le sien et le rendre populaire ? NON, JAMAIS ! (Pas bon pour mon nom et moi)
  7. Si moi, j’abandonne mon nom au profit du nom des autres, qui va adopter mon nom ? Qui va le rendre populaire et célèbre ? PERSONNE ! (Pas bon pour mon nom et moi)
  8. Etant donné qu’il y a plusieurs races et peuples sur la terre, pourquoi y a-t-il seulement des noms juifs, arabes et latins dans les livres saints destinés au monde entier ? QUESTION FRAR A DIEU ET COMPAGNIE. (J’attends impatiemment la réponse)
  9. Mon nom de noir est-il inférieur aux autres noms de la terre ? JAMAIS ! (Bon pour moi)
  10. N’est-ce pas moi-même qui, par manque d’intelligence, n’accorde pas d’importance à mon nom ? SI (QUEL DESHONNEUR POUR MOI !)
  11. Porter le nom du blanc amène-t-il celui-ci à me considérer, me respecter ? NON ! (Quoi de plus honteux et négatif pour moi !)
  12. Est-ce que je connais vraiment le sens du nom des blancs, son histoire, sa valeur ? NON ! TOUT CE QUE JE SAIS EST QUE JE SUIS UN VAURIEN, JE NE PENSE PAS.
  13. Est-ce que je mérite la bénédiction de Dieu en rejetant le nom de mon peuple au profit de celui du blanc ? NON, JAMAIS ! (Pas bon pour moi)
  14. Me convertir à une religion doit-il m’obliger, m’inciter ou me donner le plaisir de renoncer à la richesse de ma culture, mon identité de noir ? NON, JAMAIS ! (Bon pour moi si je peux bien comprendre ma réponse et l’appliquer à fond, sans abdiquer)
  15. Porter mon nom entier de noir tout en étant un adepte religieux prouve-t-il moins ma fidélité à Dieu ? NON, JAMAIS ET DIEU ME BENIRA. (Bon pour moi)
  16. Le noir qui porte le prénom du blanc a-t-il plus d’importance, de valeur humaine que moi ? AU CONTRAIRE ! Je suis un noir pur et lui non. Ha ! Ha ! Ha ! (Bon pour moi)
  17. Adopter le nom du blanc et rejeter mon vrai nom ne fait-il pas de moi un idiot ?… SI, SI, TROIS ? CINQ ? DIX FOIS SI… (Mille fois pas bon pour moi)

Ô Dieu ! Cette question m’empêche de continuer à me poser les autres. Sa réponse me convainc de mes bêtises, de mon idiotie. Moi, idiot parce que je refuse mon propre nom pour aimer et être fier d’un nom qui n’appartient pas à ma culture et qui ne me lie à lui qu’à travers ma condition d’esclavage ? Oui, trois fois oui. Oui, trois, quatre, cinq, dix fois oui. Je suis un idiot. Un vaurien. Mais que fais-je au juste ? Dois-je rester dans le négatif ?  Non. Alors, je reste Palétché. Cette habitude de prendre les noms des blancs, je m’en lave les mains. Mon nom n’est-il pas proche d’une expression existant aussi chez les blancs ?

Bon, je vous apprends que mon cousin Guikou Bilet Zafla prend un congé de plusieurs mois. Non seulement un mal dans son bras droit le tenaille depuis des mois, mais encore il a besoin de temps pour travailler sur son projet : « Je suis noir, donc un vaurien ». Il remercie tous ses lecteurs, surtout ceux qui ont abandonné à jamais les noms des blancs et repris leurs jolis noms de noirs.

 

Guikou Bilet Zafla, Le Fils d’Afrique.

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