LE SOURIRE DU WEEKEND : OZOUA SOYINKA, NOUS, LES NOIRS, ON NE SAIT PAS LIRE MAIS ON SAIT PRENDRE NOMS DES BLANCS.

LE SOURIRE DU WEEKEND : OZOUA SOYINKA, NOUS, LES NOIRS, ON NE SAIT PAS LIRE MAIS ON SAIT PRENDRE NOMS DES BLANCS.

Bonjour à nous tous. Comment allons-nous ? Septembre est déjà arrivé. Mais, que les jours passent vite ! Cela fait aussi déjà une semaine qu’Ozoua Soyinka m’a écrit la lettre que je nous ai soumise hier. D’ailleurs je m’excuse auprès de nous pour le retard. Je l’ai encore en main, afin que nous la relisions ensemble et en discutions sérieusement. Je crois que…

Mais une voix m’interrompt sèchement.

« Ecoute, Guikou, cesse de nous distraire. Tu parles de tout ça pour éviter de répondre à ma question posée depuis maintenant trois semaines. Je dis que tu as les fou…s »

Je reconnais vite la voix de mon frère noir, à travers qui je dois nous expliquer mon silence de plusieurs mois. Je sens alors venir un bavardage musclé et me retourne malgré moi.

« Hé Yoro Digblo, mon cher frère », je crie, la main tendue vers lui. Mais il m’évite avec rudesse.

_ Ne me serre pas la main tant que tu n’as pas parlé. Et puis, je te dis de ne pas m’appeler par un nom du village. Mon nom c’est Edson Bob Habib.

J’ignore vite ce nom ridicule et réponds à sa première parole.

_ Mais Yoro, ne m’entends-tu pas parler ?

Il accompagne sa réponse en pointant son index sur le côté droit de son front.

_ Guikou, dis-moi si tu es un vaurien. Tu parles, mais tu dis quoi ? Ce n’est pas parler, ça !

_ Que fais-je donc ? Pardon, explique-moi.

Il s’assoit en face de moi.

_ Guikou, c’est toi qui dois t’expliquer, donc cesse de tourner autour du pot. Dis-nous pourquoi tu n’as plus écrit pendant plusieurs mois.

Je lui souris, baisse la tête et remue la feuille dans ma main droite.

_ Yoro, pardon, Edson Bob Habib, respecte un peu les autres membres du groupe. Je parlais à nous tous quand tu m’as interrompu alors que tu es venu en retard. Tu portes le nom des blancs, mais tu viens toujours en retard comme un noir.

Nous en rions tous, sauf Yoro Digblo. Mais son silence m’aide à revenir à nous.

_ Je disais que notre sœur martiniquaise qui a rejeté les nom et prénom des blancs, pour adopter Ozoua et Soyinka, des noms Bété et Yoruba, nous a copieusement insultés dans sa lettre. Mais je nous dis déjà qu’elle a raison. Oui, pleinement raison. D’ailleurs, relisons ensemble son poème à la fin de sa lettre. Ah oui ! Cette sœur est une vraie poétesse.

                   A MEDITER :   QU’EST-CE QUE JE SUIS RIDICULE ?

Qu’est-ce je suis ridicule avec leur nom ? Des noms qui m’abêtissent Des noms qui me dominent Des noms qui me méprisent Qu’est-ce je suis ridicule avec leur nom ? Des noms absurdes Des noms de choses Des noms de défauts Des noms insultants. Qu’est-ce je suis ridicule avec leur nom ? Des noms qui me coupent de mes racines premières, Terre-mère de mes ancêtres Des noms qui m’éloignent de moi-même Et m’empêchent d’être Moi, Etre Fondamental, Nègre Fondamental. Mais, qu’est-ce je suis ridicule avec leur nom ? Alors, Alors, Alors… Je vous ordonne de me rendre mes noms ! Je vous ordonne de me rendre mes noms ! Je vous ordonne de me rendre mes noms ! Et je suis enfin MOI,  Un Etre Fondamental, un Nègre Fondamental.

« Maintenant je nous invite à analyser son poème ».

Mais mon frère Yoro Digblo se fâche et m’arrache la feuille. Nous le regardons tous, surpris.

« Guikou, je le sais, Ozoua et toi, vous n’aimez pas que les noirs africains portent des noms des blancs. Parlez-nous de cela seulement même si vous savez que nous ne vous écouterons jamais. Car de tous les biens que Dieu ne nous a pas refusés, nos noms de blancs viennent en tête. Nous les trouvons meilleurs aux noms villageois dont vous êtes amoureux. Va dire ceci à Ozoua. Qu’elle ne nous invite pas à lire des livres ou des textes. Nous n’avons pas le temps de lire. Je sais que toi, tu as lu les livres dont elle a parlé. Mais ça suffit comme ça. Ne nous poussez pas à nous rebeller contre nos maîtres blancs, donc contre nous-mêmes. Nous aimons leurs noms et c’est tout. D’ailleurs, attendez et vous verrez que nous allons tous changer notre peau. Les femmes ont commencé depuis des années. Tous les hommes vont bientôt les suivre. Nous n’avons plus le temps d’être des noirs. Donc dis à Ozoua Soyinka : nous les noirs, nous n’aimons pas lire, mais aimons prendre les noms des blancs ».

Yoro Digblo, oh pardon ! Edson Bob Habib nous quitte et disparaît derrière la première maison. Je suis encore sidéré, mais j’ai le courage de nous dire adieu. Non, pardon, au revoir et à la semaine prochaine. Mais non, au weekend prochain. Pardonnons-moi, je suis encore sonné.

 

Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla

likaneyb2@hotmail.com

 

 

 

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