Le Zimbabwe, un exemple pour l’Afrique subsaharienne francophone?

Le Zimbabwe, un exemple pour l’Afrique subsaharienne francophone?

Le Zimbabwe confirme une fois de plus sa maturité politique de nation au bagage révolutionnaire et résistant et qui va de l’avant. Il vient en effet de réussir une transition de pouvoir sans effusion de sang et sans ingérence extérieure. Une maturité dont pourrait s’inspirer un certain nombre de pays du continent africain.

Après quelques jours de suspens, c’est confirmé: le charismatique et légendaire Président zimbabwéen Robert Mugabe, héros national, a choisi de démissionner de son poste présidentiel. Bien qu’il soit honni par l’establishment occidental, les titres des médias mainstream sont loin d’être enthousiastes sur l’avenir de ce pays d’Afrique australe. Pourquoi? Parce que le départ de Mugabe ne change rien à la souveraineté du Zimbabwe ni à ses relations stratégiques avec le voisin sud-africain, ainsi qu’avec la Chine et la Russie.

En ce sens, ce pays confirme avoir la carrure de ses voisins, l’Afrique du Sud, l’Angola ou encore la Namibie, dont les élites entretiennent d’ailleurs des relations étroites avec Moscou et Pékin, pour certains depuis leurs années de formation.

Si beaucoup ont parlé de «putsch» à l’occasion des récents événements, la réalité montre que c’est loin d’être le cas, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’armée nationale n’a pas écarté Robert Mugabe de manière autoritaire, mais a mené de longues discussions durant plusieurs jours avec le Présdient, qui avait toute latitude pour s’entretenir avec qui il souhaitait, notamment le Président sud-africain Zuma, ou encore faire des déclarations télévisées. D’autre part, le respect des militaires zimbabwéens envers Mugabe était évident, le climat qui a régné durant les pourparlers sur l’avenir du pays le confirme. D’ailleurs et au vu des déclarations faites par le commandement de l’armée, ce n’était pas tant le Président de 93 ans qui était visé, mais bien certains représentants de son entourage.

Maintenant, parlons perspectives. Mugabe quitte la présidence en restant un héros national aux yeux de la majorité des citoyens du pays, dans la dignité et avec les honneurs. D’ailleurs compte-t-il prendre un repos bien mérité ou continuer à participer à la vie politique du pays? Personne ne peut encore répondre à cette question. Concernant l’avenir, il faut rappeler que l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front Patriotique (ZANU-PF), le parti au pouvoir, continuera très certainement à rester le parti politique le plus populaire du pays, à l’instar de l’ANC sud-africain, du MPLA angolais ou de la SWAPO namibienne, autant d’alliés de l’URSS en leur temps. Le ZANU-PF, à l’instar de ses homologues des pays voisins est un parti patriote, panafricaniste, anti-impérialiste.

Et pour reprendre l’exemple du voisin sud-africain, qui comme le Zimbabwe n’est pas sous mandat étranger, on peut préférer Mandela, Mbeki ou Zuma, qui ont chacun leurs particularités et leurs caractères, mais une chose les unit: l’amour de leur pays et l’opposition au néocolonialisme. La ligne politique de Harare, notamment internationale, restera donc très certainement inchangée.

Pour en venir au successeur probable de Mugabe, à savoir son camarade de longue date Emerson Mnangagwa, les vives critiques des médias occidentaux le visant confirment le fait que les forces néocoloniales ne devraient pas mettre la main sur le Zimbabwe. En effet et selon eux, Mnangagwa est tout aussi «radical et anti-occidental» que Mugabe, ce qui en dit long. Il a d’ailleurs été inscrit sur la liste des sanctions américaines visant le Zimbabwe, et il y figure encore.

Mais en quoi le cas du Zimbabwe pourrait-il et devrait-il inspirer d’autres nations africaines, notamment d’Afrique subsaharienne francophone? Harare établit qu’il faut être maître de son destin, assumer sa souveraineté, la défendre, choisir les bons partenaires, même lors d’une passation de pouvoir. De plus, le Zimbabwe démontre qu’il convient de respecter les leaders nationaux qui ont joué un rôle crucial dans la libération de leur pays, même si le moment pour eux de quitter le pouvoir est arrivé: un contre-exemple à la manière honteuse dont ont été assassinés Lumumba, Sankara ou Kadhafi, sur ordre de forces néocoloniales.

Le Zimbabwe a en effet prouvé qu’un changement de pouvoir en Afrique pouvait se faire sans coups de feu, dans la dignité, sans interférence extérieure, sans intervention armée néocoloniale et dans le strict respect des valeurs qui caractérisent une nation. Avec toujours le ferme objectif de défendre sa souveraineté et de contrôler ses ressources naturelles. Chapeau à lui! Quant à la Russie et la Chine, elles continueront à respecter la souveraineté de ce pays et à collaborer à tous les niveaux où elles partagent des intérêts avec le Zimbabwe. Aucun doute là-dessus.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Source: sputniknews.com

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