Leçon du passé: Faire la sourde oreille…

Leçon du passé: Faire la sourde oreille…

Quand, en ces années difficiles pour le peuple ivoirien, l’on voit ce qui se passe dans le microcosme politique, l’on est pris de frayeur et l’on se demande si les leçons du passé servent à quelque chose.

Le dialogue entre les dirigeants et l’opposition véritable, patriotique et pacifique est toujours au point mort. Et cela rappelle la situation antérieure.

Alors, faisons un retour en arrière, et parlons une fois encore de l’expérience passée !

…En cette fin d’année 1993, regardons, d’un œil sincèrement triste, les cérémonies funéraires de celui qui, malgré tous ses défauts, n’en demeura pas moins un grand homme.

Oui, portons le deuil qui doit frapper tout Ivoirien digne de ce nom et tout étranger à qui, sous Houphouët, la Côte-d’Ivoire a gracieusement ouvert les bras.

Oui, pleurons d’abord Félix Houphouët-Boigny qui a, somme toute, permis à notre pays d’être une nation qui compte en Afrique et dans le monde.

Oui, pleurons Houphouët d’un œil sincère que nous nous garderons cependant de fermer !

C’est qu’il faut rester vigilant et regarder toute cette agitation autour du trône qu’il laisse.

C’est que, comme des chiffonniers, tous les prétendants à son héritage ont décidé de se battre, alors même que de partout, compatissant à notre douleur, arrivent tous les grands hommes de ce monde.

C’est à peine si dans ce tohu-bohu, est entendu l’appel au respect de la dépouille mortelle, lancé par Laurent Gbagbo le leader de l’opposition démocratique d’alors!

C’est qu’ils sont, tous ces prétendants au trône, si longtemps restés dans l’antichambre du pouvoir qu’ils ont hâte de sortir au grand jour!

Et puis, qu’ont-ils à faire, eux, des conseils d’un opposant qui a osé désacraliser Houphouët -leur fétiche à eux- en refusant de le laisser être candidat unique à ce qui allait s’avérer être son ultime mandat ?

Non, ils n’avaient pas de leçon à recevoir de cet homme qui, après l’avoir combattu si farouchement, demandait à la classe politique ivoirienne d’organiser d’abord des funérailles dignes de cet honorable père de la nation décédé, avant de reprendre la lutte pour le pouvoir!

Un homme qui n’avait même pas daigné répondre à l’appel du pied d’un Houphouët confiant qui disait que «l’oiseau ne se fâche pas avec l’arbre!» ; parlant ainsi, pour se le rallier, de celui qui a fini par entrer dans l’histoire politique de la nation comme le seul concurrent à l’élection présidentielle du « Bélier de Yamoussoukro.»

C’est pour cela que, délaissant ses conseils avisés et la préservation de l’intérêt de la nation qu’il préconisait pourtant, les dirigeants –comme par représailles- ne voulurent point agir pour tenter de trouver des solutions au principal problème des partis alors dans l’opposition : l’organisation d’élections dans des conditions démocratiques ; c’est-à-dire, transparentes, consensuelles, inclusives, avec des conditions de participation justes pour tous.

Alors, ils se mirent à trainer des pieds, à louvoyer face à l’incessant appel au dialogue de l’opposition qui, ainsi, faisait valoir son sempiternel refrain : « asseyons-nous et discutons ! »

Les dirigeants du parti au pouvoir ont ceci de désespérant qu’ils sont d’une courtoise attention lors des discussions avec toute opposition ; c’est-à-dire avec tout « corps étranger à leur milieu ».

Suivons-les dans leurs hautes œuvres !

Il faut les voir embrassant les négociateurs de l’opposition, leur donnant l’accolade, des tapes amicales sur les épaules, les tenant par la main et –tout sourire- les conduisant dans la salle des négociations!

Oui, il faut les voir, après des journées harassantes d’âpres discussions, qui s’asseyent, le sourire aux lèvres, aux côtés des opposants et qui lisent avec empressement les résolutions finales de leurs rencontres!

Mais, regardez-les donc, la main sur le cœur, qui s’engagent à respecter les accords signés!

Regardez-les, riant franchement devant les caméras de télévisions et les flashes des photographes chasseurs d’images pour la postérité, s’évertuant à laisser au monde, l’image de personnes conscientes de leurs responsabilités dans le devenir de leur patrie tan aimée!

Ne les voyez-vous pas engagés résolument dans l’instauration d’une paix durable en Côte-d’Ivoire, leur si beau pays, notre bien commun?

Ne vous ont-ils pas convaincus, vous aussi, que vous pouviez leur faire confiance, que vous pouviez leur donner le bon Dieu sans confession?

Mais, dit un adage bien de chez nous: c’est l’éleveur qui ne connait pas l’hyène qui lui confie ses poulets!

Et quand ces mêmes hommes et femmes, en apparence pleins de bon sens, de patriotisme et de bonne volonté, se retrouvent dans leur bois sacré, entre eux, loin de toute pression médiatique, ils ne se souviennent plus de rien: ni de leurs engagements, ni de leur participation à une quelconque négociation.                Ils deviennent «autre chose», selon le bon mot des Ivoiriens qui ont toujours le chic pour se rire des situations même les plus difficiles qui leur sont faites.

Et, les déclarations de bonne intention qu’ils avaient eux-mêmes faites, les promesses de penser, avant tout et surtout, à la Côte-d’Ivoire, ne sont même pas un lointain souvenir!

Elles n’existent tout simplement plus!

D’ailleurs, elles n’ont jamais existé!

Prestidigitation?

Non! Sorcellerie politique, plutôt!

Or, que demandait précisément l’opposition ?

* Faire en sorte que tout citoyen en âge de voter légalement le fasse (vote à partir de 18 ans).

* Les élections ne doivent plus être organisées par une structure mise en place par les dirigeants mais plutôt par une Commission Electorale Indépendante (CEI).

Une CEI vraiment indépendante des différentes chapelles politiques, ou, à tout le moins, composée avec un nombre équitable de représentants de chaque parti politique et de valeur et attribution équivalentes.

* Les instruments de vote ne doivent pas être suspects. L’opposition, pour cela, voulait obtenir des urnes transparentes, afin de s’assurer qu’elles sont effectivement vides avant le vote.

Elle veut également l’utilisation des bulletins uniques pour que chaque électeur, seul dans l’isoloir, loin de toute corruption, en son âme et conscience, choisisse le candidat emportant son adhésion et n’ait plus la possibilité de prouver son vote ni de monnayer le bulletin de l’adversaire.

Toutes ces précautions de l’opposition, les dirigeants les écoutèrent d’une oreille distraite puis, ils leur opposèrent une fin de non-recevoir.

Les efforts faits par les seuls opposants, les sacrifices consentis par eux seuls, pour changer pacifiquement la nature du régime, sont restés vains.

C’est rageant de constater que tant d’écrits prémonitoires, tant d’interpellations n’ont pas été pris en compte!

Désespérant de réaliser que toute tentative de faire bénéficier la population d’un climat de paix et de démocratie a été rejetée avec mépris et avec autant de désinvolture!

Quelqu’un a dit que c’est l’être humain lui-même qui, en rendant son cœur insensible à tout bon sens, en le rendant imperméable à tout conseil avisé, provoque sa propre chute.

A juste titre d’ailleurs quand on sait que le FPI, pourtant opposé à la politique du PDCI, n’avait eu de cesse d’attirer l’attention de tous sur les conséquences des actes posés par le parti au pouvoir.

Non, le PDCI ne peut pas dire, de façon décente et crédible, que ce premier avertissement du FPI ne lui était pas adressé: «en 1990, notre défaite aux élections était compréhensible. En 1995, elle était pardonnable; mais, en l’an 2000, personne ne nous écoutera si nous parlons encore et toujours de défaite électorale due à la fraude du PDCI.»

Non, le PDCI ne peut dire que ce second avertissement, toujours du FPI, ne lui était pas destiné: «si le PDCI et son gouvernement ne veulent pas discuter avec nous qui prônons la transition pacifique à la démocratie, nous qui continuons de leur dire «asseyons-nous et discutons», ils trouveront, un jour, sur leur chemin, des hommes en armes.»

Et, lorsque, à la place qui porte son nom à Port-Bouët, Laurent GBAGBO, le leader d’alors du FPI, devenu par la suite président de la république puis pensionnaire et otage de la CPI, fait remarquer que «les conservateurs restent toujours au bord du chemin qui mène à plus de démocratie», le PDCI, qui ne se sent nullement concerné, s’arc-boute de plus belle sur ce qu’il croit être son héritage personnel –la gestion de la Côte-d’Ivoire- et ferme tous les accès du peuple à la liberté.

C’est pour cela que le FPI, après le coup d’état de 1999, fera ce constat amer : «Ces gens-là n’ont pas compris qu’instaurer un régime dictatorial les exposait à un coup d’état ou à une guerre civile!»

 

[POUR QUE NUL N’EN IGNORE !]

TAGRO Tapé Innocent. Enseignant.

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