Leçon du passé

Leçon du passé

(1): UNE CERTAINE JUSTICE SOUS L’EX-PARTI UNIQUE

…Ayant perdu toute légitimité historique, l’ex-parti unique usa d’abord d’artifices juridiques pour se donner un vernis de légalité; c’est ensuite que telle une sangsue, il s’attela à vider toutes les Institutions de la République de leur essence; c’est enfin que, pour lui, tel un bon élève de Machiavel, tous les moyens étaient bons pour se maintenir au pouvoir.

Nous prendrons seulement et pour aujourd’hui, ce premier cas.

*LA JUSTICE : elle était aux ordres et, sous la dictée du parti au pouvoir, elle avait réussi le tour de force de transformer ses sessions de Tribunal en cérémonies officielles de parjure public.
La majorité de nos magistrats ne voulut point s’inspirer des exemples de courage de trois de ses collègues.

***Camille OGUIÉ est, chronologiquement, le premier d’entre eux.
Il présida, en 1992, la Commission d’enquêtes que l’Opposition politique exigea et obtint du Président Félix Houphouët-Boigny.
Son rôle était d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur la descente nocturne et musclée des militaires -pourtant chargés de la protection des Ivoiriens- dans la cité universitaire de Yopougon, une commune d’Abidjan, en 1991.

Les Ivoiriens venaient de s’éveiller au multipartisme. Mais ils espéraient

– avec quelques appréhensions du reste normales pour un peuple ayant vécu longtemps sous le règne du parti unique et en connaissant les pratiques liberticides- ils espéraient donc, nos compatriotes, que les responsabilités soient clairement situées sur les vrais auteurs

– c’est-à-dire les commanditaires et les exécutants- du crime commis sur nos enfants étudiants et sur les raisons qui les y avaient poussés.

Rappelons l’ambiance de l’époque.

L’acquisition du multipartisme n’avait pas été –malgré ce qu’en disait le porte-parole de l’époque du PDCI- un don de Houphouët au peuple.

Il avait fallu batailler dur et le chemin vers le multipartisme avait été parsemé d’embûches.

De plus, bien que sérieusement ébranlé par un parti d’opposition qui n’avait pas voulu le laisser se présenter seul à la présidentielle de 1990, Houphouët était encore vénéré, craint et surtout, tous savaient qu’il ne supportait pas d’être contrarié.

D’ailleurs, s’il avait accepté l’exigence de l’opposition en ce qui concerne la Commission d’Enquête, c’était bien parce qu’il se disait que cela n’irait pas bien loin.

Il était convaincu que personne n’oserait incriminer les exécutants de sa politique de répression, à plus forte raison, pointer sur lui -le grand Houphouët- un doigt accusateur !

Les ivoiriens ne lui étaient-ils pas redevables?

Houphouët était donc on ne peut plus serein.

Les résultats de la Commission d’enquêtes furent cependant un camouflet pour notre président et la culpabilité de ses bras armés fut établie sans équivoque.

Alors, dans cette Eburnie qui naissait au multipartisme, l’on se prit à rêver.

Il y avait donc dans ce pays, des hommes et des femmes pour lesquels rien n’était plus digne de vénération que la recherche de la vérité et surtout sa proclamation !

Ces hommes-là, Camille Oguié et son groupe d’investigateurs, venaient de montrer aux Eburnéens qu’il était possible de travailler sans compromission, même sous ce régime où le président de la république était aussi puissant, aussi omnipotent et aussi omniprésent!

***Nous devons le second exemple à la réponse de Houphouët face aux résultats de la Commission d’enquêtes.

Le président de notre république refusa tout net de sanctionner les militaires coupables.

Son raisonnement était simple: certes, les corps habillés avaient fait du zèle mais, ce sont eux qui protégeaient son régime.

De plus, c’est lui qui les avait envoyés en mission dans cette cité universitaire, siège de la FESCI, une fédération d’étudiants aux prises de positions dangereuses pour son pouvoir.

Punir les militaires serait courir le risque de les effaroucher; mais surtout cela pourraient les pousser à se désolidariser de lui, leur chef suprême, à leur tour.

Alors, ils réfléchiraient désormais plus sérieusement avant d’entreprendre toute action similaire pour la consolidation du pouvoir PDCI.

Houphouët avait compris que ce que la Commission d’Enquêtes exigeait de lui était suicidaire pour lui.

Et, notre homme était trop attaché au fauteuil présidentiel pour vouloir rendre justice.

Il disait d’ailleurs, comme pour prendre à témoin tout homme sensé qui se trouverait dans sa situation: « même s’il m’a blessé, je ne peux tout de même pas retourner contre moi-même mon propre couteau de chasseur! »

Cette attitude du chef de l’Etat déchaîna le courroux et l’indignation des opposants. Et, le 18 février 1992, un mardi, une marche fut organisée par eux pour protester contre cette autre dérive du parti au pouvoir.

C’est pour mâter cette protestation que plusieurs leaders politiques et syndicaux furent emprisonnés.

Il y avait parmi eux, le responsable du Front Populaire Ivoirien (FPI), un certain Laurent GBAGBO qui, Houphouët n’avait pas la mémoire oublieuse, avait refusé de le laisser se présenter seul à l’élection présidentielle de 1990 !

Tous ces hommes et femmes qui revendiquaient un état de droit furent donc jetés aux cachots et, pour les défendre, un collectif d’avocats se constitua.

Parmi ces défenseurs de la liberté, un avocat ivoirien nommé ADAM ou (ADAN) Camille.

Cet homme n’hésita pas à voler au secours des démocrates qui s’opposaient au pouvoir liberticide de Houphouët.

Précisons que ADAM Camille se définissait lui-même comme militant du PDCI, le parti créé par Houphouët; mais son amour pour la justice le poussa à épouser la cause des marcheurs du 18 février 1992 contre son propre parti.

C’est que pour lui, l’intérêt de la nation et le sens de la justice primaient sur son fanatisme ou sur toute considération partisane !

***Les procès des marcheurs du 18 février 1992 donnèrent l’occasion au juge YANON YAPO de confirmer qu’il existait dans la Côte- d’Ivoire de ce temps-là, des patriotes soucieux de lutter pour un état de droit.

Des hommes qui refusaient cette injustice d’un parti au pouvoir
tout-puissant qui n’hésitait néanmoins pas à montrer son peu de respect pour la séparation des pouvoirs.

Mais, voyant le danger que représentait ce juge iconoclaste pour le régime au pouvoir; se rendant compte de l’anathème que cet homme, qui voulait démontrer que le dossier d’accusation des démocrates était vide, allait jeter sur le président et son régime, les relais de l’Exécutif dans le Judiciaire le dessaisirent de l’affaire.
On vint expliquer à l’auditoire médusé qui était accouru que c’était pour «suspicion légitime»!*

Ces trois magistrats-là, des hommes de chair et d’os comme tous les autres, par leur prise de position, tentaient de libérer le pouvoir judiciaire de l’emprise de l’Exécutif.

Ils auraient dû être soutenus par leurs collègues mais, il est si tranquillisant d’être dans les bonnes grâces du pouvoir, et surtout moins risqué de devoir sa promotion de carrière à sa servilité!
Voilà donc une Institution qui a délibérément manqué les rendez-vous avec sa liberté que lui offraient les procès du 18 février 1992 et ceux des prisonniers politiques du boycott-actif de l’élection présidentielle d’octobre 1995 organisée dans la fraude par Bédié…

(AFIN QUE NUL N’EN IGNORE !)

Ce vendredi, 16-02-2018

TAGRO Tapé Innocent. Enseignant

One comment

  1. Gros merci prof Tagro T. Innocent pour ce rappel vibrant tant notre mémoire est petite et trop oublieuse que la génération actuelle des moins de trente ans ne savent l’Histoire de ce pays,la Côte d’Ivoire!De toute cette période de lutte,aucune trace de Mossi Dramane dans la lutte démocratique et de libération du peuple pris en otage par un pouvoir mythique Baoule égoïste et méchant!Venez nous chanter “Houphouet”!Il fut mauvais au bilan final!Le PDCI comme loge des mentalités vieillottes incapables de se renouveler et croque-mort du peuple ivoirien:on le voit avec le petit fils de Bacchus,sir A.H.K.B. Incapable de renouvellement d’esprit,statique attendant la vénération de petit roi du clan PDCI Baoule.Quel gâchis?

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