Leçons du passé : Malgré les citadelles de la survie…

Leçons du passé : Malgré les citadelles de la survie…

…Une autre coquille qu’ils ont vidée de son essence: l’ASSEMBLEE NATIONALE.

Depuis 1980, cette auguste enceinte ne bruissait que des acclamations dépourvues de jugement de députés plus prompts à se faire hara-kiri pour leur chef qu’à ouvrir les yeux sur les réalités de leur société en mutation et les aspirations de leurs mandants.
Tous préféraient la révérence à un chef de parti qu’ils savaient pourtant narcissique, égoïste et antipatriote.

Il serait illusoire de leur demander un peu de patriotisme, de lucidité, d’orgueil et de bon sens : leur survie politique, sociale et économique dépendait de leur chef.

Ces élus étaient les hommes de main du pouvoir ; des hommes qui avaient eux-aussi accepté d’abdiquer la lutte pour leur propre liberté!
Troisième atout du parti au pouvoir: LES DEFENSEURS ETHNIQUES.
Une partie de notre peuple avait accepté d’aliéner sa pensée et son existence, pour la survie de ces hommes momentanément au pouvoir.

En effet, dans leurs régions qu’ils avaient volontairement transformées en domaines réservés du parti au pouvoir, nonobstant l’évidence de la politique désastreuse des dirigeants, ils s’autoproclamaient leurs défenseurs.

Et le drame était que ces hommes se communiquaient le mot d’ordre nocif qu’il fallait voter aveuglément pour le parti au pouvoir ; uniquement parce que son chef est un frère ethnique.

Et, obnubilés par les liens du sang, ils préféraient se nourrir de la respectabilité de leur « frère » président de la république.
Obsédés par cette idée de « voter utile pour préserver la race », ils refusaient de voir qu’ils étaient manipulés et qu’ils n’en tiraient aucun profit réel.

Ils se contentaient de vivre par personnes interposées, essayant de se convaincre que les honneurs rendus à celui de leur ethnie qui dirigeait le pays rejaillissaient sur eux.

C’est aussi un complexe de tribu assiégé qui les poussait à ne point accepter sur leur territoire un quelconque représentant d’un parti d’opposition, fut-il un de leurs frères claniques.

Fusaient alors contre ce sacrilège, les malédictions, les interdictions de séjour, les reniements proférés par ces hommes et ces femmes qui refusaient de voir la réalité en face: la plus grande partie de ce qui fait le développement de leurs régions provient, non pas de la politique de leur prétendu frère au pouvoir, mais des richesses qu’ils puisent dans les zones où la gestion chaotique du parti au pouvoir les avait contraints à demander l’asile.

La majorité de ces concitoyens s’amusaient à jouer à cache-cache avec la démocratie qu’on proposait comme solution à leurs maux, préférant l’hypothèque sur leur vie et sur celle de leurs descendants pour les uns et, pour les autres, l’hypocrisie des rapports avec le pouvoir.

Et tous, en agissant ainsi, acceptaient de se suicider au nom d’un idéal douteux.

Ce parti-là, on le voit, s’était doté de citadelles pour la survie politique de son règne pérenne sur la Côte- d’Ivoire.
Bien sûr, il n’avait pas que des défenseurs ethniques.
Avec soin, il avait recruté, dans toutes les autres régions, des espèces de caciques locaux pour la défense de ses intérêts.
C’étaient des hommes que leur « esprit d’abnégation » poussait à préférer, à la résolution des problèmes de leurs propres régions, le service au parti au pouvoir.

Certains d’entre eux étaient pourtant des leaders adulés dans leurs fiefs.

Ils jouissaient -cela va sans dire- de la confiance de leurs populations.

Ils avaient, au début, des idées claires pour le développement de leurs régions, mais l’engrenage du parti au pouvoir avait eu raison d’eux.

Ils avaient fini par être méconnaissables.

On leur avait d’abord inculqué que ce qu’ils étaient et avaient, ils le devaient au parti au pouvoir et que le développement de leurs régions dépendrait de leur degré de gratitude vis-à-vis du président du parti au pouvoir.

Ensuite, les passe-droits et autres privilèges illégaux qu’on leur accordait à profusion avaient fait le reste.

Ils étaient devenus alors des métayers du parti au pouvoir.
Ils s’étaient faits les défenseurs d’une idéologie d’exclusion, nombriliste et sclérosante; les ardents protecteurs d’une idéologie qui fait vivre ses partisans comme une tribu primitive considérant tout changement démocratique, toute alternance politique, comme une atteinte à son intégrité et comme une mutilation.

Il faut préciser qu’au cours de toutes ces années-là, la préoccupation des premiers magistrats de notre pays avait été de s’exercer à ruser avec la démocratie.

Plutôt que d’ouvrir aux Ivoiriens davantage d’espaces de liberté, tous s’étaient attelés à danser un sinistre…TANGO SUR LES SENTIERS DE LA LIBERTE! ​

Conséquence de ce tango ?

Alors que le président Félix Houphouët-Boigny lui-même tenait à « sortir la tête haute de la scène politique », il s’était vu condamné au mutisme jusqu’à son décès.

C’est qu’il ne put se remettre du fait qu’il n’avait pas pu être candidat unique à l’élection présidentielle de 1990, comme cela avait toujours été le cas avant l’arrivée de cette opposition politique à son régime surgie à partir de l’année1990.

Au soir de sa vie, Houphouët avait l’amère sensation de ne pas avoir été suffisamment payé de retour par le peuple ivoirien.

Lui qui avait tant fait pour le pays: indépendance, essor économique, extraordinaire stabilité politique, etc…, il se retrouvait seul.

Il se retrouvait et se sentait vraiment seul, le malgré tout bien-aimé premier président de notre république !

Mais Houphouët ne devrait s’en prendre qu’à lui-même.

Refusant obstinément dès 1990 -alors que cela se faisait partout dans le monde- d’ouvrir volontairement son pays au multipartisme et ayant voulu à tout prix

-dès 1960-, instaurer un système de pensée unique, par, autour et à l’intérieur du PDCI, le héraut de notre indépendance, avait, d’abord, suscité le militantisme clandestin qui allait, plus tard devenir une fronde sociale ouverte contre lui.

C’est ainsi que, de Houphouët-Boigny qui avait défendu les agriculteurs en lançant sa fameuse diatribe : « on nous a trop volés!» ; de ce Houphouët, défenseur des braves paysans, le peuple ivoirien, en cette ère du multipartisme naissant, ne voulait plus se rappeler les bienfaits ; l’on ne voulut plus se rappeler –par exemple- qu’il avait revalorisé nos paysans en instituant la Coupe Nationale du Progrès Agricole.

A ce Houphouët-là, le peuple lançait, désabusé, dans toutes les rues: « Houphouët, voleur, Houphouët, voleur!»

Il avait beau parler, Houphouët, d’ingratitude, de cécité politique des Ivoiriens qu’il résumait dans une de ces formules lapidaires dont il avait seul le secret:

« Le vrai bonheur, on ne l’apprécie que lorsqu’on l’a perdu.»
Houphouët dont on disait que les Ivoiriens « le chercheraient en plein jour avec des torches »; oui, ce Houphouët-là, cet homme politique hors du commun, cet honorable et inoubliable personnage de l’Histoire de la Côte-d’Ivoire dont De Gaulle lui-même disait qu’il était « un cerveau politique de premier plan », ce guide toujours aimé de la majorité des Ivoiriens, au crépuscule de sa vie, ne devrait, vraiment, s’en prendre qu’à lui-même!

Non seulement il avait mal apprécié le contexte politique de son époque qui, du parti unique, est passée à l’ouverture au multipartisme, mais, il avait aussi préféré les discours louangeurs, les courtisans, tous ces séides, ces hypocrites et autres intéressés, affamés et assoiffés qui le fréquentaient.

Il avait oublié -lui qui avait une mémoire si phénoménale- l’une des toutes premières leçons de sa génitrice: « Préfère toujours ceux qui te diront de dures vérités à ceux qui te flatteront!»*

[POUR QUE NUL N’EN IGNORE !]

TAGRO Tapé Innocent, Enseignant.

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