L’émergence économique se décrète selon Venance Konan

L’émergence économique se décrète selon Venance Konan

« Côte d’Ivoire : l’émergence économique ne se décrète pas » Tel est le titre d’un article qui circule sur le Net. Il est signé d’un certain Hicham El Moussaoui, maître de conférences en économie à l’université Sultan Moulay Slimane du Maroc. Il dit des choses très intéressantes et très justes sur notre pays.

En voici quelques extraits : « La fragilité de la croissance ivoirienne est imputable à sa dépendance au cours des matières premières et aux aléas climatiques. Cela réduit ses chances de prétendre à l’émergence car il suffit d’un retournement de conjoncture pour que la croissance se transforme en récession ou dépression. à titre d’exemple, le taux de croissance moyen était de plus de 8% pendant les quinze premières années de l’indépendance du pays 1960-1975 (miracle ivoirien), mais la chute des cours des produits agricoles de base survenue à la fin des années 1970 a ainsi provoqué une dépression qui, combinée à une politique monétaire et fiscale expansionniste encouragée auparavant par le boum café-cacao, a fait tomber le pays dans le piège de l’endettement et l’a mis sous tutelle des institutions de Bretton Woods. La fragilité de l’économie ivoirienne sus-visée traduit une lacune structurelle : le manque de diversification. Comme la majorité des économies africaines, la Côte d’Ivoire présente une structure productive limitée dans le sens où l’essentiel des revenus à l’exportation est réalisé grâce à quelques produits (l’agriculture représente 22% du Pib et plus de 50% des recettes d’exportation). »

L’analyse est juste. Dans les quinze premières années de notre indépendance, nous étions effectivement bien partis pour émerger. Mais nous dépendions beaucoup trop de peu de produits dont nous ne maîtrisions pas les cours. Aujourd’hui, ce qui a changé, c’est que les autorités ivoiriennes qui nous promettent l’émergence sont bien conscientes de ces faiblesses de notre économie et travaillent justement à les corriger. Lisons l’interview que nous a accordée, dans ce journal, le ministre Ahoua N’Doli, président du comité de suivi des travaux de l’émergence. Il y cite les sept conditions de l’émergence et l’on peut lire, entre autres, ceci : « critère numéro un : une économie engagée dans un processus de transformations institutionnelles et structurelles profondes avec une grande ouverture économique sur l’extérieur. Critère numéro deux : une économie compétitive dans les différents secteurs de production économique. Critère numéro trois : une économie diversifiée qui ne repose pas seulement sur l’exportation de matières premières, mais plutôt sur l’exportation de produits manufacturés.»

Sommes-nous capables de produire autre chose que des matières premières ? Souvenons-nous que dans les années 1970, nous montions des voitures, ici, en Côte d’Ivoire. Une voiture, baptisée Bandama, était entièrement fabriquée dans notre pays. Ceci pour dire que si nous avons été capables de le faire il y a quarante ans, nous sommes capables de le refaire aujourd’hui. Tout est une question de volonté. Et cette volonté existe. Oui, l’émergence économique peut se décréter. Des autorités politiques peuvent décider de faire de l’émergence de leur pays leur leitmotiv et travailler avec acharnement à cela. C’est le cas des autorités ivoiriennes actuelles. La récente conférence internationale sur l’émergence a permis de cerner tous les contours de cette notion et de savoir toutes les actions à mener pour atteindre cet objectif. C’est de cela que le ministre a extrait les sept critères de l’émergence.

Le Pr El Moussaoui écrit plus loin ceci : « Cette incapacité de créer de la valeur et de transformer ses ressources naturelles est due à la mauvaise qualité de ses infrastructures et à la déficience de sa logistique, à la cherté du foncier et de l’énergie, sans oublier les coûts des transactions dus aux défaillances de l’administration et à l’inadéquation des réglementations et des lois. » Je crois que tous ceux qui disent que « la route ou le pont ne se mangent pas » ont leur réponse dans ce passage de l’intellectuel marocain. On ne peut pas émerger avec des infrastructures de mauvaise qualité, de l’énergie trop chère et des lois inadéquates. Chacun aura donc compris pourquoi le Chef de l’état a fait de la construction de routes, ponts et barrages électriques, ainsi que des réformes institutionnelles son cheval de bataille. En Côte d’Ivoire, l’émergence a été décrétée et l’on travaille à la réaliser.

Venance Konan

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