L’emprisonnement de Laurent Gbagbo à La Haye est un malaise national

L’emprisonnement de Laurent Gbagbo à La Haye est un malaise national

« L’homme bienfaisant a souvent manqué son but : il a plus excité l’ingratitude que la reconnaissance » (Michael Girardi)

Les Ivoiriens vivent ensemble mais dans le mensonge depuis la déportation de Laurent Gbagbo à la Haye. La raison est toute simple : le fils du pays est injustement retiré de la vie politique ivoirienne pour que certains dirigent dans la tranquillité. Mais la Côte d’Ivoire profonde n’approuve pas cette façon de traiter l’ex-président comme un vulgaire personnage. Dans les lignes qui suivent, nous rappelons à l’intelligence des Ivoiriens ce malaise national qui risque de déchirer pendant longtemps encore un pays dont l’équilibre politico-social reste fragile.

Laurent Gbagbo fait renter Ouattara et Bédié d’exil en 2001

Bédié a lancé un mandat d’arrêt contre Ouattara en 1999 pour l’écarter du jeu politique. Quant à Bédié, le coup d’Etat de 1999 l’a éloigné du pays pendant deux années. Et c’est sous Laurent Gbagbo qu’il rentre sur les terres de ses ancêtres avec toute la protection nécessaire. Lorsque le châtieur Bédié a été châtié, Laurent Gbagbo n’a pas cherché à châtier ses adversaires politiques. Au contraire, à la faveur du forum de réconciliation, Bédié et Ouattara sont rentrés de leur exil parisien pour participer à cette messe de la paix. Les ennemis d’Hier devenus des frères au sein du RHDP ont la rancune tenace car ils ont décidé de punir Laurent Gbagbo.

Ouattara et Bédié font déporter Laurent Gbagbo à la Haye

Si Bédié et Ouattara ont bénéficié des largesses de Laurent Gbagbo au nom de la paix, ils n’ont pas hésité à comploter pour que Laurent Gbagbo soit déporté à la Haye. Aujourd’hui, il vient de perdre sa mère et le président actuel ne peut même pas demander à la CPI d’aménager la peine afin que Laurent Gbagbo puisse assister aux obsèques de sa mère. Quelle honte ! Pourquoi des Ivoiriens peuvent agir de la sorte ? Le cas de Laurent Gbagbo est non seulement une injure à l’intelligence des Africains mais surtout un profond malaise. Une partie de la Côte d’Ivoire se sent en exil avec Laurent Gbagbo.

Le malaise gagne la Côte d’Ivoire profonde

Il n’est pas bon d’écarter de la sorte un adversaire politique car l’histoire récente de notre pays interdit ce genre de velléité. En 1999, le procureur de la République, Nouplezana Ouattara, a lancé un mandat d’arrêt international contre Alassane Ouattara, le Président actuel. Cette décision avait été prise alors que “le climat était malsain”, selon les termes de Noël Nemin, alors président du Conseil constitutionnel. Ce mandat d’arrêt a, au contraire, exacerbé la situation. Et la conséquence a été le coup d’Etat militaire du général de brigade Robert Guei le 24 décembre 1999, qui a renversé Aimé Henri Konan Bédié. Son procureur, Nouplézana Ouattara sera d’ailleurs, placé en détention par la junte militaire.

Aujourd’hui les amis de Laurent Gbagbo croupissent dans les prisons ivoiriennes pendant que les responsables des tueries de Duekoué sont en liberté. Ce sentiment de justice à géométrie variable commence par exacerber la Côte d’Ivoire profonde. Elle est silencieuse mais sa colère n’est pas moins violente.

Il est temps de poser les véritables bases d’une réconciliation dans notre pays car aux temps présents, le bricolage constaté ne peut pas permettre aux fils de ce pays de se retrouver et de se parler. Certains savourent une joie démesurée tandis que d’autres ruminent la haine. Dans ce schéma, peut-on parler vraiment d’émergence ? Une croissance qui n’est pas durable peut-elle conduire à l’émergence ? La véritable base du développement, c’est d’abord la paix, ensuite les aspects quantitatifs et enfin les aspects structurels. Il ne suffit pas de construire des ponts dans chaque quartier d’Abidjan pour réconcilier les Ivoiriens, le mal est profond.

PRAO Yao Séraphin

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