Les banques publiques ivoiriennes se portent mal

Les banques publiques ivoiriennes se portent mal

Les banques publiques ivoiriennes se portent mal. Après la Banque pour le Financement de l’Agriculture qui n’a en réalité rien financé et qui a été mise en liquidation à la suite d’un rapport de la Commission Bancaire de l’Uemoa ; après la Caisse d’Epargne qui vient d’être mise sous administration provisoire sur recommandation de la même Commission et après que son directeur général a été viré, c’est à présent au tour de la Banque pour l’Habitat de Côte d’Ivoire (BHCI) qui est dans le collimateur du gendarme des banques africaines.

Ce sont les mêmes règles de gestion que les banques privées. Mais, on ne sait trop pourquoi, les responsables des banques publiques s’autorisent tellement de libertés avec ces règles et piétinent parfois les Conseils d’Administration à un tel point que le résultat est presque toujours le même. La descente aux enfers pour les fonds propres des banques publiques, l’arrivée, au pas de course, de la faillite…

N’oublie pas d’exiger des garanties

Prêter à des clients sans exiger des garanties en cas d’insolvabilité, il n’y a pas beaucoup de banques qui osent aujourd’hui ce genre de largesses. C’est même une tradition. De façon générale, les banques, comme le disent les pauvres, ne prêtent qu’aux riches, c’est-à-dire, ceux qui n’ont pas besoin d’argent, dans leur entendement. Histoire de dire que les banques se donnent tous les moyens de sécuriser les rares prêts qu’elles accordent à leurs clients dans ce pays. C’est une pratique sacro-sainte dans les banques privées qui ne sont en réalité que des banques de dépôt.

Mais étrangement, dans les banques publiques, les premiers responsables, on ne sait trop pourquoi, prêtent souvent à tout va à de gros clients qui sont généralement des personnes morales ou physiques avec lesquelles ils entretiennent de solides amitiés. Cette pratique, selon des informations que «L’Eléphant » vient de se procurer, aurait pignon sur guichet en ce moment à la Banque pour l’Habitat de Côte d’Ivoire. Où près de 11 milliards seraient dans la nature, sans aucune garantie.

Des rumeurs sur ces prêts sans garanties sont parvenues aux oreilles du gendarme des banques de l’espace Uemoa, la Commission Bancaire qui vient de réaliser un audit du portefeuille crédits de ladite banque et s’est aperçu de certaines réalités pas très sonnantes et trébuchantes. Ou du moins elles sonnent et trébuchent hors des caisses de la banque.

Encore de graves manquements en matière de gestion?

Les gendarmes de l’Uemoa, selon les informations de «L’Eléphant », n’auraient pas beaucoup apprécié la gestion de l’actuel directeur de la BHCI. Ils lui reprocheraient de ne pas veiller sur les fonds de la banque. Et d’accorder des prêts sans s’entourer de garanties valables pour leur recouvrement. Les prêts accordés, selon les auditeurs, sont largement au-dessus de ceux qui peuvent être autorisés par le directeur général sans l’aval du Conseil d’Administration.

Son plafond de crédit cumulé pour un même client ne peut excéder la somme de 30 millions mais selon les gendarmes du système bancaire ivoirien, sans l’avis du Conseil d’Administration, un prêt de 1,8 milliard de FCFA est accordé à une société dénommée «Agence d’Aménagement Foncier du millénaire» au capital social de 2 millions de FCFA, créée en novembre 2010, selon son annonce légale que « L’Eléphant » a pu consulter, et dirigée par un certain Kouamé Kouadio Jérôme.

Ce prêt de 1,8 milliard court depuis 2010 (deux mois seulement après sa création?), et n’a pas encore été remboursé. Selon la Commission bancaire, ce prêt aurait été accordé sans aucune garantie.

Un autre prêt de 2 milliards, selon les gendarmes, aurait été accordé sans garantie à une société dénommée «Ital Construction», visible sur le site internet de la banque comme un «promoteur agréé» dirigé par Dame Ouattara Awa.

Autre exploit, les gendarmes de l’Uemoa auraient identifié 1603 clients de la banque qui auraient bénéficié de prêts sans véritables garanties de remboursements. Montant total de ces prêts difficilement récupérables? Environ 11 milliards de FCFA. N’en jetez plus!

Recommandation des «gendarme»? Que la banque provisionne ce montant dans la nature. Mais un tel correctif aurait pour conséquence de faire plonger les fonds propres à moins 6 milliards de FCFA. Autant dire qu’on n’est pas loin de la situation de la Caisse d’Epargne qui était quasiment en cessation de paiement.

Il ne reste au Directeur général qu’à courir dès à présent derrière ces clients pour récupérer l’argent de la banque. Allez, tous au guichet !

Nominations politiques, gestions approximatives

Qu’est-ce qui fait que les banques publiques que le président Ouattara a menacé en début de mandat de privatiser pour éviter les pertes, ont tant de mal à bien se porter comme les banques privées ?

Selon un « expert » du secteur qui sait de quoi il parle, il faut chercher dans le mode de nomination des dirigeants des banques publiques, les sources de la mal gouvernance qui ronge ces banques. Selon lui, «la composition des Conseils d’Administration des banques où l’Etat est majoritaire est politique. Le Directeur Général n’est pas choisi sur la base de ses compétences et sa probité. Il est choisi parce qu’il est le protégé d’un homme politique au sommet de l’Etat au point où il se trouve intouchable et défie même le Conseil d’Administration».

Et notre expert de donner ce conseil que nous transmettons à qui de droit: «Nous ne devons pas conduire la Côte d’Ivoire de l’émergence 2020 de cette façon. Il ne devrait pas avoir des hommes intouchables, impunis. C’est pourquoi, nous pensons que le limogeage simple du Directeur Général de la CNCE n’est pas suffisant. Sur la base des audits menés, il faut situer les responsabilités et amener les uns et les autres à répondre de leurs actes. Ce serait trop facile de gérer l’argent des épargnants et du contribuable, faire des prêts de complaisance sans recueillir la moindre garantie pour assurer le remboursement du prêt.

Dans le cadre de la BHCI, le caractère répétitif des prêts sans garantie et le nombre de bénéficiaires de ces prêts nous confortent dans l’idée qu’il pourrait exister une complicité…» Entre les prêteurs et les emprunteurs ? Peut-être faudrait-il creuser un peu de ce côté-là aussi. Qui sait, de belles découvertes pourraient être faites.

Après la Bfa liquidée pour «mauvaise gestion» et les clients toujours dans la tourmente, la CNCE sous administration provisoire, toujours pour mauvaise gestion, voilà la BHCI embarquée dans un train qui file vers une gare dont chacun devine aisément le nom. A qui le tour demain ? Les oreilles de «L’Eléphant» sont toutes dressées du côté de la Commission bancaire…

Daniel Sovy

Source: L’Eléphant déchaîné

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