Les « Buffalo Soldiers », ces oubliés noirs des conquêtes américaines

Les « Buffalo Soldiers », ces oubliés noirs des conquêtes américaines

Dans sa chronique hebdomadaire pour « Le Monde Afrique », l’écrivain Abdourahman Waberi rend hommage aux « Buffalo Soldiers », ces soldats noirs souvent oubliés des grandes guerres américaines.

Buffalo Soldier, on le sait, est une chanson de reggae qui a déferlé sur la planète en 1983 grâce à la magie de Bob Marley. Fredonnée encore aujourd’hui, elle nous parle d’exil, de courage et de survie. Son refrain magique « woe yoe yoe/woe yoe yoe », la voix et les mots du prophète noir et la cadence rythmique ont élevé son sujet – ce soldat noir si particulier – au rang d’icône internationale.

Récemment en visite à l’université Rice à Houston, une amie iranienne m’a recommandé chaudement la visite d’un petit musée privé dédié à la mémoire des Afro-Américains qui ont servi loyalement et fièrement dans toutes les grandes guerres américaines. Sur le perron, je fis la connaissance du capitaine Paul Matthews, le dynamique vétéran du Vietnam qui a créé cette institution aussi précieuse que modeste, longtemps considérée comme la seule de son genre.

Six jours sur sept, le souriant capitaine au visage poupin vous prend par la main pour vous introduire en douceur dans son univers. Il vous apprend sur-le-champ que le Congrès a autorisé en 1866 la création de six unités entièrement composées de soldats noirs. Les 9e et 10e régiments de cavalerie ainsi que le 38e, 39e, 40e et 41e régiments d’infanterie voient le jour. Les quatre derniers sont réorganisés pour former les régiments d’infanterie 24e et 25e.

La patience et l’honneur en bandoulière

Constitués d’anciens esclaves, d’hommes libres et de soldats noirs qui ont pris part à la guerre de Sécession, ils sont les premiers éléments de l’armée américaine à servir (et porter des armes) en temps de paix. Patriotes, ils se battent aussi pour voir le reste de la population noire libre un jour. Souvent trahis, ils rechargent, après chaque campagne, leurs inépuisables ressources physiques et psychologiques.

Toujours en première ligne, comme plus tard les tirailleurs africains, les Buffalo Soldiers sont de toutes les guerres. On leur confie les tâches les plus ignobles. Ils affrontent les tribus indiennes en lutte pour leur survie, arrêtent les trafiquants, pacifient les territoires conquis, protègent les troupeaux de bovins et les équipages de chemin de fer dans le vaste Far West.

C’est leur bravoure et leur patriotisme qui va rester dans les mémoires. De la guerre hispano-américaine à l’insurrection des Philippines, de l’expédition du Mexique aux deux guerres mondiales, de la guerre de Corée à celle du Vietnam, ils sont toujours au rendez-vous : la patience et l’honneur en bandoulière. Et bien sûr, ils en paient le prix fort.

Coiffure afro et crinière de bison

Le capitaine Matthews nous signale que lors des guerres indiennes, les soldats noirs constituaient près de 20 % des effectifs et dépassent les 40 % au cours de la guerre du Vietnam. Il nous rappelle que les choses n’ont pas fondamentalement changé. Aujourd’hui encore, soupire-t-il, une bonne partie des vétérans de l’Afghanistan ou de l’Iraq se retrouvant à la rue, pour diverses raisons, est constituée de noirs ou d’Hispaniques. Mais il en faut plus pour éteindre la flamme du capitaine Paul Matthews.

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