LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES DE LA CROISSANCE À CRÉDIT EN CÔTE D’IVOIRE

LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES DE LA CROISSANCE À CRÉDIT EN CÔTE D’IVOIRE

L’Afrique enregistre aujourd’hui des taux de croissance économique parmi les plus élevés du monde. L’Afrique fera 6% de croissance en 2014, selon le FMI là où l’Europe se contentera de 1%. L’Afrique est devenue le centre d’intérêt des grands pays et surtout des pays asiatiques.  Shintaro Matoba de l’organisation japonaise du commerce extérieur affirmait sans détour que l’Afrique est désormais considérée « comme un espace plein d’opportunités économiques et non plus comme un espace ayant besoin d’aide ». Mais les gouvernants africains n’ont pas le même optimisme à tel point qu’ils continuent de tendre la main aux autres. Depuis trois ans qu’il est au pouvoir, le Président Ouattara a une seule activité : faire appel à l’épargne étrangère pour financer ses grands travaux. Au lieu de jeter les bases d’une croissance auto-entretenue capable de conduire le pays vers la prospérité, il approfondit au contraire les bases anciennes d’une croissance extravertie. En dehors de sa propension à dépenser sans compter, le modèle économique basé sur les grands travaux financés par la dette présente des limites. La présente réflexion se propose justement de montrer les carences du keynésianisme sous le Président Ouattara. L’effet d’éviction financière et les anticipations des ménages auront pour conséquence le recul de l’investissement privé et  de la consommation.

  1. 1.    L’économiste Ouattara est en panne d’idées

Certains ont rêvé voir le Président Ouattara aux affaires car il était selon eux, le meilleur économiste ivoirien. Il allait non seulement conduire les ivoiriens vers des lendemains meilleurs mais également faire de la Côte d’Ivoire, un Etat indépendant économiquement. Une fois au pouvoir, le Président Ouattara se rend compte qu’en réalité, il n’a pas d’idées. En pareille situation, la solution facile qui s’offre aux dirigeants africains reste l’endettement extérieur pour financer quelques travaux à leur seule gloire. Depuis 2011, la Côte d’Ivoire n’a pas de politique économique claire et cohérente, capable de stimuler une croissance endogène. Après le cadeau fait à la Côte d’Ivoire avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, le pays est tombé à nouveau dans un cercle vicieux de l’endettement. Depuis cette date, le stock de la dette s’est accru de 4000 milliards de FCFA au moins. Dans sa logique de faire parler de lui après son passage à la présidence, il dépense sans compter. Pour un kilomètre de route, il fait appel à l’épargne étrangère comme si rien ne peut être fait par nous-mêmes. Pour accroître la capacité énergétique du pays, il endette le pays auprès des chinois comme si des solutions alternatives n’existaient point. Pour achever ses grands travaux, il fait appel au marché financier régional régulièrement comme si la trésorerie du pays permettra de rembourser les intérêts sans s’endetter demain. Cette façon de dépenser sans compter n’est pas responsable. Pendant qu’il endette le pays, les ivoiriens eux comptent ce qu’ils doivent dépenser demain pour payer cette dette colossale. Sur le plan purement économique, la croissance ne pourra  pas être soutenue. Deux raisons au moins expliquent la baisse des taux de croissance dans les années à venir : le recul de la production et la faiblesse de la demande globale.

  1. 2.    Les conséquences économiques de la croissance à crédit

Le financement du déficit budgétaire par émission de titres publics sur les marchés financiers peut conduire à une éviction des emprunteurs privés et donc une réduction de l’investissement. En effet, les administrations publiques sont en concurrence avec le secteur privé pour attirer l’épargne des ménages. Comme les titres de la dette publique sont réputés pour être très sûrs, l’émission de dette publique va détourner une partie de l’épargne à son profit, mais au détriment de l’investissement privé. Il y a donc éviction de l’investissement privé en faveur du financement des dépenses publiques, ce qui réduit l’effet de la politique budgétaire sur la demande globale. Ce qui pose problème dans le cas ivoirien, c’est que les banques achètent les titres de la dette publique au lieu de financer l’économie. Même si les 25  banques et établissements financiers du pays ont un total bilan qui s’établit à 5211 milliards de FCFA, le crédit bancaire est une denrée rare en Côte d’Ivoire. Le crédit bancaire intérieur fourni au secteur privé ne représentait que 18% du PIB du pays là où ce ratio était de 72% au Maroc et 118% en Malaisie. L’effet d’éviction financière aura comme conséquence une réduction de l’investissement et donc de la production.

Le niveau de la consommation va également diminuer. Tous les ivoiriens savent aujourd’hui que les plans de relance financés par émission de dette publique ont un coût. Dans le futur, ils devront payer des impôts supplémentaires. Ces plans constituent donc un transfert de consommation du futur vers le présent : le gouvernement décide d’accroître le déficit public pour stimuler la consommation actuelle, au prix d’une baisse de la consommation future. Cette façon de penser ne trouve pas toujours l’accord des ménages. En général, les contribuables ont conscience que l’Etat fait face à une contrainte de solvabilité à long terme car la somme des déficits publics passées et présents doit être égale à la valeur présente des excédents futurs. Comme l’écolier ivoirien sait cela, les ménages ivoiriens savent que l’Etat va alourdir de plus en plus les impôts à l’avenir, et ils s’y préparent en épargnant le supplément de revenu procuré par cette relance budgétaire. En définitive, le modèle économique du Président Ouattara est pauvre.

Conclusion

L’émergence n’est pas pour demain car il faudra compter avec une croissance soutenue et non ponctuelle. Or les politiques économiques mises en œuvre en Côte d’Ivoire depuis trois ans ne sont pas capables de conduire le pays vers des taux de croissance durables. Le modèle économique du Président Ouattara contient des limites qui font de lui un modèle à pouvoir limité, incapable de secrété une croissance soutenue. Les ivoiriens paieront demain le prix d’une croissance à crédit coûteuse qui ne leur rapporte rien.  

PRAO Yao Séraphin, délégué national à LIDER

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