Les ex combattants de la Cellule 39 se signalent à Gagnoa: « La limite de notre patience est arrivée »

Les ex combattants de la Cellule 39 se signalent à Gagnoa: « La limite de notre patience est arrivée »

Membre de la cellule 39 qui a vu certains de ses membres tués lors de sa dernière manifestations à Bouaké le 22 mai 2017, le caporal Mory Camara, matricule militaire 00214249 se présente comme le président de coordination des démobilisés de zone du Goh, région administrative dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Dans cet entretien qu’il nous accorde, il parle de l’origine de leur groupe aux promesses qu’ils réclament aujourd’hui. Entretien

EventNews.TV : Dites nous quelle est l’origine de ce groupe dont vous appartenez, la cellule 39 ?

Mory Camara : Sachez que quant on parle d’ex combattants, c’est bien la cellule 39. Le 19 septembre 2002, nous avons prit les armes à Bouaké.  Par la suite à l’issu des négociations avec le pouvoir de l’ex président Gbagbo, il y a eu les accords de Marcoussis, Pretoria, Accra, Ouaga. Il est arrivé un moment ou nous étions fatigués de ces accrochages parce qu’entre nous on s’entretuait. Par la suite, quant il y a eu l’accalmie entre nos dirigeants et l’ex président Gbagbo, nous avions été incorporés dans le centre de commandement intégré (CCI). Il y avait une fluidité dans les rapports entre nos responsables et le camp en face jusqu’en 2008, ou nous avons accepté d’aller à la démobilisation. Nous avons déposés les armes, les tenues… à la 3e légion de Bouaké. Nous devions faire le choix entre 02 propositions. Choisir entre être volontaire de l’armée nouvelle et la démobilisation avec le grade de caporal comme convenu dans les accords, 05 millions de F CFA, une villa et une voiture.

Mais de Bouaké, Comment vous et vos hommes êtes vous retrouvés dans la région de Gagnoa ?

Nous nous sommes retrouvés à Gagnoa dans le cadre de la crise post électorale de 2010 et 2011. C’est à la suite de notre progression à partir de Bouaké que nous avons atteint Gagnoa. Nous étions avec d’autres forces telles que ceux des cellules 79 et 24. Le regroupement de tous ces mouvements qui a donné un grand nombre de soldats dans la région. A notre démobilisation de 2002 à 2008, nous avons reçu des certificats qui servent de grades de caporaux. C’est nous qui avons été les premiers à faire des revendications. Nous réclamons toujours nos grades de caporaux et la concrétisation des accords signés. Ces certificats donnent droit à chacun la somme de 5 millions, une villa, une voiture et jusque là nous n’avons rien reçu.

Mais quelle était la garantie de cette promesse ?

En 2007, nous avons reçu l’artiste Alpha Blondy en sa qualité d’ambassadeur de la paix qui nous a rassurés de ce que disaient les accords. Mais nous l’avons prit au sérieux parce que certains d’entre nous disaient qu’il délirait parce qu’il est rasta. Effectivement l’argent est venu mais nous ne savons pas où s’est rentré. Même après son sacre de ballon d’or, l’international footballeur Didier Drogba est également venu nous parler à Bouaké. Nous avions patientés jusqu’à 2010 où a éclaté la crise post électorale. Nous étions dans notre coin dans les zones Centre-nord-ouest (sous occupation de la rebellion, ndlr) , quant nous avons reçu un appel de mobilisation à tous les démobilisés. Nous demandant de regagner nos bases militaires auprès des anciens commandants de zone. Donc chacun est retourné chez son chef de guerre pour des séances de recyclage.

De qui recevez vous vos ordres ? Et comment avez-vous ratés l’occasion d’intégrer l’armée surtout que vous réclamez 15 à 17 ans d’ancienneté dans les rangs ?

Nous sommes sous la coupole de Ouattara Issiaka alias Wattao, j’étais dans le détachement de delta force. Ceux de chérif Ousmane, Fofié, Morou, Vétcho… ont fait autant. Nous avons d’abord fait un mois de recyclage à Bouaké. Puis 02 semaines au camp génie de Séguela avant d’entamer la progression en passant par Daloa. Les éléments de Cherif Ousmane avaient abordé Tiébissou, Yamoussoukro. Ceux de Vétcho par Kotobi pour sortir vers Daoukro. Chacun a prit son itinéraire pour atteindre Abidjan. A la fin des combats, certains parmi nous les démobilisés ont eu la chance d’intégrer l’armée. Il y a eu un cafouillage dans l’affaire d’octroi de matricule. Des gens qui comme nous sont devenus subitement eaux et forets, policiers, militaires on ne comprenait rien. A la vue de cette situation, nous nous sommes repliés sur Gagnoa ou nous menons notre vie. Dieu merci quand je parle à mes éléments, ils m’écoutent. Nous sommes implantés de Gagnoa jusqu’à Divo en passant par Lakota, Hiré. De Gagnoa, je coordonne jusqu’à San Pédro. Quant il y a des choses, ils m’appellent pour me demander la conduire à tenir. Nous sommes frustrés mais on fait avec. Nous avons adressés des demandes d’aide au maire afin d’insérer des éléments dans le corps de la police municipale, nous attendons toujours

 Combien d’anciens combattants comptez vous ?

 Nous dépendons du bureau central de l’association nationale des démobilisés de Cote d’Ivoire dont la base se trouve à Bouaké. J’ai 586 éléments sous mes ordres à Gagnoa. Après l’Addr, l’effectif est passé à 140 personnes dont nous maitrisons les positions. Ils sont occupés à vaquer à leurs occupations. Il y a des projets de l’Onuci auxquels des démobilisés ont prit part. C’était la formation au centre de formation professionnelle de Gagnoa de ses éléments aux métiers de menuiserie, maçonnerie, plomberie et construction métallique. Ainsi que la formation agro pastorale c’est-à-dire l’élevage de diverses espèces animales à l’Anader.

Justement, comment jugez vous le travail de l’Addr qui était censé résoudre vos problèmes ?

Le processus de l’Addr a échoué, les éléments n’ont pas été suivis comme il le fallait. D’autres ont reçu de l’argent, 800 000 F FCA en espèce, tandis que d’autres non. L’argent n’a pas servit à grande chose.

Qu’est-ce-qui explique aujourd’hui votre colère alors qu’un groupe, les 8400 n’ont pas encore été totalement soldés ?

 Ces remous sont du fait de ce que ce ne sont pas tous les militaires de carrière qui ont perçu quelque chose. Notre colère est là, il faut que les moyens affrétés à nos grades de caporaux suivent. Il faut qu’on fasse les calculs depuis 2002 jusqu’à ce jour et que nos dus nous soient versés. C’est nous les démobilisés de la cellule 39 qui avons été les premiers à revendiquer nos droits. C’est ainsi que ceux de 2008 sont sortis pour que le président Ouattara trouve une solution à nos problèmes. Nous avons les échos de la rencontre entre l’actuel chef d’état major et nos frères d’armes à Bouaké. Il nous a rassuré que toutes nos préoccupations seront prises en compte. C’est l’assurance que le président Ouattara lui a transmit de venir nous le dire. Donc nous attendons.

Mais, à Gagnoa vous êtes toujours restés calme face à ces mouvements. Il y a-t-il des raisons à cela ?

Je connais mes éléments je sais comment il se comporte. Sinon ce n’est pas parce que nous avons peur. Il y a certes le respect de nos autorités. Nous sommes sortis une fois à la veille de la campagne présidentielle pour marcher sur la préfecture et remettre au préfet de régions nos doléances. Le chef d’Etat major d’alors, Soumaïla Bakayoko s’est déplacé avec le général Didier lotte de l’Onuci qui sont venus nous rencontrer pour nous demander de nous calmer pour des élections sans armes, ni bruits. Nous œuvrons pour une paix durable dans notre pays. Mon souhait est qu’il ne se passe rien à Gagnoa. Même pour le décès de l’un des nôtres à Bouaké, j’ai suggéré que nous vêtons de tee shirt blanc en guise de soutien à nos frères de Bouaké. Cela pour éviter de bloquer les corridors.

Mais on vous accuse personnellement d’être de connivence avec les autorités de la ville, ce qui explique qu’on ne vous voit pas !

Moi je reçois mes instructions depuis le bureau central de Bouaké. Comme vous le constatez je n’ai aucun soutien des autorités de la ville. A plus forte raison, je n’ai même pas un vélo pour mes déplacements. J’ai déposé des demandes d’aides financières qui sont restés sans suite.

Et si malgré tout ce que vous croyez, on ne vous payait rien. Si Alassane Ouattara vous disait non ?

On a trop patienté. Or la patience à des limites. Cette limite est arrivée. Cela fait 15 ans que nous sommes dans le service militaire. Je suis toujours considéré par les forces de l’ordre de la ville comme un militaire. Quand il y a des complications, les chefs des différents corps de défense présents et les autorités de la ville me font appel. Notre base arrière c’est Bouaké. Nous ne voulons plus ce qui s’est passé dans le pays donc que le président de la république joue sa partition. Nous avons combattu jusqu’à son installation au pouvoir. Les promesses doivent être tenues. Nous avons désarmés. Ce cœur qui nous permit de le faire, s’il faut reprendre encore ce n’est pas bon. Nous prions pour que nos doléances soient prises en compte. On ne veut pas faire de dégâts. Nous n’avons plus besoin de projets notre argent ou rien. La cellule 39 réclame 18 millions chacun. Nous avons traversés des moments difficiles dans la rébellion et le président Alassane Ouattara est au courant. Il n’est plus question de nous replier pour aller nous former au Burkina pour revenir. Nous ne voulons que la paix.

Entretien réalisé par Ehouman Brou Otniel

Source: eventnewstv.tv

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