Les flux financiers illicites compromettent le développement de l’Afrique

Les flux financiers illicites compromettent le développement de l’Afrique

Un nouveau rapport sur les flux financiers illicites en provenance du continent – estimés à près de 60 milliards de dollars par an selon certaines sources – montre leurs conséquences désastreuses sur le développement des pays africains.

La fuite de capitaux en Afrique continue d’être une épine dans le flanc du continent, selon un nouveau rapport qui indique que les flux financiers illicites sortant de l’Afrique représentent entre 30 et 60 milliards de dollars par an. Une somme supérieure au montant de l’aide officielle au développement reçue par l’Afrique : 46,1 milliards de dollars en 2012.

Le vol, la corruption et les activités criminelles, y compris le trafic de drogue et l’évasion fiscale, sont les principaux moteurs de ces flux financiers, estime le Groupe des personnalités de haut-niveau (GPHN) contre les flux financiers illicites en provenance du continent, présidé par l’ancien chef de l’État sud-africain Thabo Mbeki dans un rapport rendu public le 1er février.

Entreprises multinationales

“Les ressources monétaires – qu’elles proviennent de l’évasion fiscale ou de la surfacturation des échanges de biens et de services – qui circulent à travers les entreprises multinationales constituent la plus importante composante de ces flux financiers illicites, devant les produits d’activités criminelles et la corruption”, estime le rapport du GPHN.

Entre 1970 et 2008, selon une étude de l’ONG Global Financial Integrity citée dans ce rapport, 38 % des flux financiers illicites sortant du continent proviennent de l’Afrique de l’Ouest (30,5 % venant du seul Nigeria), dans l’Afrique du Nord (28 %), l’Afrique australe (13 %), l’Afrique de l’Est (11 %) et l’Afrique centrale (10 %).

À eux trois, le Nigeria (217 milliards de dollars), l’Égypte (105,2 milliards de dollars) et l’Afrique du Sud (81,8 milliards de dollars) représentent 55 % des flux financiers illicites sortis du continent sur cette période.

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Il semble désormais établi, affirme le comité, que les effets de ces sorties illégales de fonds compromettent le développement économique du continent, drainent les réserves de changes des pays africains, diminuent le produit de l’impôt, se font au détriment des investissements étrangers et aggravent la pauvreté.

À titre d’exemple, selon ce rapport, au rythme actuel, il faudrait 135 ans au Cameroun pour atteindre l’objectif du millénaire de développement n°4 (réduire de deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans). Si les flux financiers illicites étaient éliminés, le Cameroun pourrait atteindre cet objectif en 35 ans à peine. Dans le cas de la Mauritanie, la période nécessaire pour atteindre cette cible passerait de 198 à 19 ans, en Centrafrique de 218 à 45 ans, au Congo-Brazzaville de 120 à 10 ans….

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Aussi, ce rapport rédigé “à la demande de la Conférence conjointe Union africaine/Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique des ministres des Finances, de la Planification et du Développement économique”, enjoint les États africains et leurs partenaires internationaux à “localiser, neutraliser et recouvrer” ces flux financiers illicites.

“Les conclusions de ce rapport devraient renforcer les appels pour la lutte contre les réglementations laxistes en matière de commerce, les politiques fiscales incohérentes, la collusion et la cupidité des entreprises”, estime Sipho Mthathi, directeur exécutif d’Oxfam Afrique du Sud, qui exhorte les pays africains à agir vite. “Ces milliards devraient être réintégrés dans les budgets des nations africaines afin de financer les soins de santé ainsi que les écoles et protéger l’environnement”, a-t-il martelé.

Par Tinishu Solomon (The Africa Report) et Joël Té-Léssia (Jeune Afrique)

Source: Jeune Afrique

 

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Voir également le documentaire “Biens mal acquis profitent toujours, enquête sur un pillage d’états

 

 

 

 

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