LES INFRASTRUCTURES PACOTILLES DU REGIME OUATTARA DEVOILÉES PAR LES PLUIES

LES INFRASTRUCTURES PACOTILLES DU REGIME OUATTARA DEVOILÉES PAR LES PLUIES

« L’improvisation est un exercice d’équilibre où l’on risque de trop belles chutes » (Michel Déon)

Introduction

Selon une étude diagnostique par pays de l’infrastructure sur le continent, le besoin en infrastructure en Afrique subsaharienne dépassera 93 milliards de dollars les dix prochaines années. La piètre qualité des infrastructures en Afrique subsaharienne notamment en matière d’alimentation électrique et en eau, de routes et de technologies d’information et de la communication (TIC) coûte à chacun des pays, deux points de croissance chaque année et réduit la productivité de 40%. Les pays africains doivent donc massivement investir dans les infrastructures pour rendre leurs économies compétitives. Si le débat ne se situe pas à ce niveau, il n’en demeure pas moins que son financement suscite des questions. En effet, la simplicité séductrice de ce discours va de pair avec la difficulté à trouver les financements. Pour les pays africains qui peinent à mobiliser les ressources fiscales et qui n’ont pas de ressources pétrolières, la seule source de financement de ces infrastructures, reste la dette extérieure. Dans un tel contexte, non seulement les fonds doivent être alloués efficacement mais ces infrastructures doivent être de qualité. En Côte d’Ivoire, le réseau routier est constitué de 82000 KM de routes dont 6384 Km revêtus. Mais le caractère vétuste et fortement dégradé du réseau limite ce qui devrait constituer un avantage comparatif pour le pays. Dès sa prise de pouvoir, le Président Ouattara a engagé des dépenses pour la réhabilitation et la construction de quelques routes. Il en a fait d’ailleurs un drapeau. Mais la nature demeure le meilleur enseignant : elle vient de dévoiler la mauvaise qualité de ces infrastructures.

Dans les lignes qui suivent, nous revenons sur l’importance des infrastructures dans un pays afin d’apprécier les programmes du Président. Une fois cette étape franchie, nous serons capable de dire qu’une infrastructure pacotille ne saurait s’arroger les mérites d’un équipement structurant. Enfin, nous montrerons que la conséquence des choix hasardeux du régime reste finalement le surendettement du pays.

  • L’importance des infrastructures dans un pays

 

Les infrastructures de transport méritent une attention particulière dans les pays en développement. Au XIXe siècle, les infrastructures ferroviaires, qui furent déterminantes dans la marche vers l’industrialisation, étaient conçues et produites dans les futurs pays développés. La tâche des pays qui allaient s’industrialiser était plus simple car ils fixaient par leur action les standards à atteindre. Le rôle des infrastructures de transport est particulièrement aigu dans le cas de pays pauvres et enclavés, dans la mesure où leur capacité l’exportation dépend largement des équipements des pays voisins. Le fait d’être un pays côtier permet un accès immédiat du marché international du fait de la faiblesse du prix du transport maritime, de sorte que les pays enclavés souffrent a priori d’un désavantage comparé. Celui-ci est aggravé si ces derniers sont en même temps insérés dans un espace économique pauvre car les pays voisins constituent souvent des débouchés privilégiés. Cela dit, certaines recommandations semblent s’imposer en Afrique subsaharienne, même si leur mise en pratique est sans doute problématique. Premièrement, ces pays souffrent d’un système routier insuffisant et, surtout, de qualité médiocre. Plutôt que de construire de nouvelles voies de communication, il est souvent préférable de maintenir la qualité des voies existantes et de favoriser des modes de transport adaptés au contexte local.

Deuxièmement, dans un contexte où les coûts de transport sont élevés, l’enclavement des régions rurales y favorise une agriculture de subsistance qui privilégie les techniques traditionnelles au détriment de toute modernisation. Cette situation ne permet pas non plus aux populations locales de répartir sur plusieurs marchés les risques provoqués, par exemple, par des intempéries importantes.

Troisièmement, la coordination des politiques de transport est impérative entre pays appartenant aux mêmes grandes aires continentales afin de leur permettre de constituer un marché plus intégré. Finalement, pour les pays côtiers dont le centre économique est souvent situé en bord de mer, la construction mais aussi l’entretien d’infrastructures vers les territoires intérieurs sont nécessaires au développement de leur agriculture et de leur industrie agroalimentaire. Dans l’état actuel, les facilités d’importation de produits alimentaires qu’offre le transport maritime peuvent rendre les produits domestiques peu compétitifs, les excluant ainsi du marché que constitue la grande ville portuaire mais aussi des marchés internationaux. Cette observation reste évidemment valable pour d’éventuels produits manufacturés qui seraient produits à l’intérieur du pays.

  • Les investissements structurants et les infrastructures pacotilles du régime Ouattara

 

Dès sa prise de pouvoir, le Président Ouattara, habitué à la communication, a placé des pelleteuses aux abords des rues, à Abidjan comme dans les grandes villes de la Côte d’Ivoire.  L’objectif est simple à décoder : montrer aux Ivoiriens qu’il travaille. Il ne s’arrête pas là : avec des affiches partout en Côte d’Ivoire, il va dire aux Ivoiriens que l’Etat travaille pour eux.  Il est vrai que les Ivoiriens constatent qu’il engage la construction de quelques routes à Abidjan et à l’intérieur du pays. Son ex-ministre  de l’enseignement supérieur se propose de réhabiliter les universités publiques du pays. En un mot, il s’agissait d’entreprendre de vastes programmes d’investissements dits structurants. On a pu croire, au début de son mandat, que le mince faisceau à son actif serait la réussite de ses projets d’investissements lourds en dépit de nos réserves. Mais voilà que la nature vient judicieusement nous confirmer, à travers les pluies, que les investissements structurants étaient des infrastructures pacotilles.

Au niveau des routes, les pluies diluviennes ont dévoilé la piètre qualité de ces infrastructures et les défauts de conception. Dans pratiquement toutes les villes du pays et dans  tous les quartiers où le Président a déployé « ses solutions », les routes sont devenues impraticables. Même les vélos n’arrivent pas à circuler sur ces voies. On n’engage pas des investissements structurants parce qu’on a un voyage en vue dans une région. Ces investissements faits dans la précipitation ne peuvent pas résister à l’épreuve des chocs exogènes. C’est le cas de ceux engagés par le Président Ouattara. Un déplacement sporadique d’un Président ne développe pas une région.

Au niveau des universités réhabilitées, rien ne marche. Les ventilateurs, les prises électriques, les micros et autres équipements ne sont plus fonctionnels. La dégradation est telle qu’on se demande si ces universités ont été réhabilitées. Le régime Ouattara a pourtant fermé ces universités pendant deux années pour dit-on recréer un nouveau cadre enchanteurs où étudiants et enseignants prendront un nouveau départ pour des recherches et des formations de qualité. Ces investissements ont servi à enrichir certaines personnes mais ils n’ont pas enrichi intellectuellement les enseignants et les étudiants. Les enseignants n’ont pas de bureaux pendant que les étudiants manquent de tout. Finalement, les centaines de milliards ont servi à la construction des « cathédrales dans le désert ».

  • L’endettement de la Côte d’Ivoire comme la conséquence des choix hasardeux du régime

 

La multiplication d’équipements considérés comme « structurants » et souvent coûteux grève les budgets des collectivités territoriales  et des pays et est inefficace quand ceux-ci n’ont pas une dimension suffisante. Mieux, s’ils sont de mauvaise qualité, ils conduisent le pays vers un surendettement. En général, ce genre de programme a les caractéristiques suivantes : délais trop courts pour le remboursement des emprunts, surfacturation, défauts de conception, manque de pièces de rechange, gestion confiée à des amis. Dans un tel contexte, la réalisation de grands projets structurants dans le secteur des infrastructures fait de l’Etat un agent économique aventurier.

Le pont Henri Konan Bédié va coûter la somme de 192 millions d’euros à la Côte d’Ivoire. Et c’est d’ailleurs la seule infrastructure de qualité sous le régime Ouattara. L’échangeur de la Riviera 2 qui inauguralement était estimé à 5,4 milliards de nos francs, n’est pas un ouvrage de bonne qualité. Il va sans dire que dans les années à venir, il faudra dépenser pour réhabiliter ces ouvrages peu résistants.

Aujourd’hui, le gouvernement va débourser des sommes colossales pour réhabiliter ces routes. La réhabilitation des universités réhabilitées va encore coûter de l’argent. Or, le contribuable ivoirien a déjà payé  110 milliards de FCFA pour la réhabilitation des universités publiques du pays. Non seulement, l’argent a été détourné mais aussi le choix était hasardeux. Lors d’une visite à l’université de Daloa, l’ex-ministre de l’enseignement supérieur disait ceci : «c’est regrettable. On pouvait construire trois universités avec ces fonds […].».

Cette frénésie de l’investissement va se solder par un accroissement brutal de la dette publique, notamment de la dette extérieure puisque la réhabilitation des infrastructures pacotilles sera financée essentiellement par les emprunts extérieurs. Or, aux temps présents, on peut estimer à plus de 4000 milliards de franc CFA, le stock de la dette extérieure de notre pays, deux ans après l’atteinte de l’initiative PPTE. Dans l’incapacité de trouver les fonds nécessaires à la réhabilitation au niveau interne, le Président endettera encore le pays. Non seulement il faut payer les dettes passées, mais également il faudra emprunter à nouveau pour les mêmes équipements. Finalement le Président Ouattara nous conduit dans une sorte « d’investissement Ponzi ».

Conclusion

Le Président Ouattara présentera un bilan peu glorieux en 2015. Il comptait sur les quelques routes bitumées pour déployer son orchestre médiatique. La nature vient d’interdire cette œuvre en mettant à nu la mauvaise qualité de  ses infrastructures pacotilles. Une étude de rentabilité de toutes les infrastructures sous le régime Ouattara s’impose. Les Ivoiriens ne peuvent plus accepter qu’on endette le pays pour des infrastructures de piètre qualité. Quelle est l’utilité d’endetter le pays pour investir dans des citernes crevassées ? A-t-on pensé à l’avenir des jeunes qui paieront cette dette demain ? Certainement pas, car  ces préoccupations constituent le cadet des soucis de notre Président.

Par Prao Yao Séraphin

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