Les mystères des valeurs boursières

Les mystères des valeurs boursières

Pour comprendre le fonctionnement du mode de production capitaliste, rien de mieux que de revenir aux principes basiques exposés au siècle dernier. Voici un rappel de quelques notions et concepts fondamentaux de la méthode matérialiste dialectique prolétarienne de l’économie politique capitaliste.

Accaparer le temps de vie d’autrui 

Commençons par la description du fonctionnement du mode de production capitaliste. Un lecteur nous écrit ceci : « Sous le capitalisme, la reproduction du capital est certes une condition, mais pas la finalité de ce mode de production, celle-ci étant la maitrise du temps de vie et sa domination par autrui. Ainsi, si demain il n’y a plus besoin de capital monétaire ou industriel pour vivre selon son désir, c’est à dire, asservir autant de temps de vie que requis pour satisfaire ses besoins alors le capitaliste sera le premier à se départir de cette façon de capitaliser-accaparer le temps de vie d’autrui. » (1)

Pour notre part, nous pensons que la finalité du mode de production capitaliste est d’assurer la reproduction de la société capitaliste et que tant que ce mode opératoire sera efficace et produira les résultats escomptés il se perpétuera. Cependant, quand il ne parviendra pas à assurer la reproduction élargie de la société il sera ostracisé et répudier. Nous approchons de cette éventualité sous le capitalisme dégénéré.

Il nous semble évident que la finalité d’un mode de production, quel qu’il soit (esclavagisme, féodalisme, capitalisme), n’est pas de contrôler le temps de vie d’autrui. Cependant, effectivement, sous le mode de production capitaliste, le capital est forcé d’accaparer le temps de vie d’autrui afin de lui imposer de produire la valeur d’échange et la plus-value ce nectar de jouvence source de vie du capital et de la banque comme nous l’avons démontré dans un précédent papier (2).

Analogie : Ainsi, le mode de production des abeilles n’a pas pour finalité de contrôler le temps de vie des abeilles. Il a pour finalité d’assurer la reproduction de l’essaim selon un mode opératoire particulier par lequel l’espèce s’est dotée des « outils », facultés et particularités physiques et sociales qu’il lui fallait pour que certaines abeilles dépensent leur temps de vie à butiner – dotée des poils requis pour capter et retenir le pollen ; en faire du miel pour nourrir la reine et les larves ; des ailes pour voler et des yeux adaptés pour reconnaitre les fleurs appropriées ; un sens de l’orientation pour retrouver un bosquet de fleurs ensoleillées, etc. Tout ceci entraine que le temps de vie de chaque abeille est accaparé et dépensé aux fins de remplir sa mission vitale – sa finalité sociale – assurer que l’an prochain un nouvel essaim naitra et perpétuera l’espèce.

Il en est de même pour l’espèce humaine, excepté que l’homme a changé de mode de production – de mode opératoire – au cours de son évolution. L’espèce humaine est passée du mode opératoire chasse et cueillette (communisme primitif), à celui de l’esclavage (homme libre et esclave), puis au mode opératoire féodal (serfs et seigneurs), enfin, au mode opératoire capitaliste (bourgeois propriétaires et esclaves salariés-prolétaires) et demain, espérons-le, sans classe sociale, sans État, sans argent, sans banque, sans armée et sans guerre.

LE CAPITAL – DETTE  

La dette joue un rôle particulier dans la survie de l’espèce humaine, ce qu’aucune autre espèce animale ne connait. La dette d’un État, d’une entreprise, d’un ménage ou d’un particulier est un impôt anticipé, prélever sur la valeur d’échange qui sera produite dans l’avenir. La dette, est la promesse que fait un débiteur qu’il remettra une certaine quantité de capital, usuellement sous forme monétaire, quand il aura « produit » (si le débiteur est un prolétaire salarié) ou « obtenu » (si le débiteur est un chômeur prestataire, un assisté social, un pensionné-rentier, un fonctionnaire, ou l’employé d’une ONG subventionné), ou « exproprié » (si le débiteur est un capitaliste) ce capital. Aucune autre espèce vivante ne peut ainsi anticiper et dépenser par avance une énergie pas encore créer. Ceci est une propriété du capital-argent – intermédiaire obligé des différentes formes du capital.

LE CAPITAL CIRCULANT

Réitérons que le capital prend différents aspects (formes) au cours de son cycle de reproduction élargie. Il y a un moment ou le capital circulant – et il circule constamment, car c’est ainsi qu’il réunit les conditions de sa reproduction – prend la forme de moyens de production (machines-outils, pétrole, force de travail) ; puis, le capital prend la forme-argent (euros, yuans, dollars) ; puis, le capital circulant prend la forme de marchandises de consommation courante (casseroles, pain, automobiles, cellulaires…) ; puis, le capital prend la forme de titres financiers (actions-obligations) ; puis, il reprend la forme de marchandises, et ainsi de suite selon un circuit prépondérant. C’est la raison pour laquelle il nous parait étrange de prétendre que la phase impérialiste du capitalisme serait accentuée par l’exportation de capitaux financiers en lieu et place du capital marchandises. Tôt ou tard, tout capital financier est appelé à devenir du capital marchandise et vice-versa, même sous le capitalisme mercantile-marchand comme Marx l’a souligné. Autrement dit, la phase impérialiste du capitalisme serait identique à la phase antérieure et ne constituerait en rien une phase distincte et originale. Ce n’est pas notre avis. Nous y reviendrons.

Chacun doit observer qu’à chaque étape de circulation du capital différents métiers et différentes professions se déploient pour assurer la transformation du capital d’un état au suivant. C’est la source de constitution des classes sociales. Ainsi, la classe prolétarienne s’active à l’étape de la valorisation du capital ; et le banquier-financier s’active à l’étape du placement – montage financier et investissement ; enfin, le petit-bourgeois s’active aux fonctions de reproduction de la force de travail sociale, à l’étape de la commercialisation et à chaque étape selon les besoins de circulation du capital. De cette situation économique et sociale découle le positionnement politique et idéologique de chacune des classes sociales en lutte.

LE CAPITAL SE REPRODUIT AVANT D’ENTRER À LA BOURSE

Ce qu’il faut savoir c’est que cette abstraction qui a nom « capital » se valorise et fructifie à une seule étape de son cycle de circulation forcée et à aucune autre. C’est quand le capital-argent se transforme en « capital-salaire », pour assurer l’achat (et la reproduction) de la marchandise « force de travail ». C’est alors que le capital réalise le « miracle » de sa « reproduction élargie » ; le miracle de la valeur ajoutée – de la valeur d’échange, c’est-à-dire que 1 (dollar de force de travail) devient 2 ou 3 (dollars de capital). C’est que la valeur de la force de travail produit à la fois la valeur du travail nécessaire (que l’on appelle aussi le salaire pour faire vivre le prolétaire), ainsi que la valeur du surtravail (que l’on appelle aussi capital-plus-value). Simple à comprendre, cette dernière « valeur », ce capital-plus-value, fruit de la force de travail dépensée par l’esclave salarié, mais qui ne lui est jamais versée, et lui est confisquée par le patron, privé ou public (peu importe que l’État soit néolibéral ou « socialiste ») ; cette « valeur » est incluse dans le capital marchandise qu’il faudra transformer en capital-argent, monnaie de dépôt et monnaie de crédit, sous forme scripturale ou numérique (actions, obligations, livret bancaire, bons du Trésor, traites bancaires, billets à ordre, etc.) ou sous forme de monnaies, billets de banque ou deniers.

De ceci il découle que :  1) l’argent – stocké à la banque ou en circulation sur les marchés – doit obligatoirement représenter le capital circulant et uniquement. Dans le cas contraire l’argent en surplus provoquera inflation ou l’argent manquant provoquera la déflation. 2) Que lorsqu’il est à la banque le capital-argent perd son temps et sa valeur ! Il doit donc être remis en circulation prestement.  3) Qu’en aucun temps le capital argent ne peut se reproduire – fructifier – et se valoriser – pendant son transit à la banque – à la bourse ou lorsqu’il est exporté (IDF) dans un pays étranger où il devra nécessairement se transformer en moyens de production et plus particulièrement en force productive salariée si le capitaliste souhaite le valoriser. 4) Que « l’impôt » plus-value, prélevé à chaque étape de fabrication-transformation de la marchandise entraine la concentration du capital entre les mains d’un bien petit essaim de capitalistes de plus en plus riches.  5) Ceci implique que le prêt et l’intérêt constituent soit :  A) une ponction réalisée sur la plus-value produite par le capital salarié engagé, ce qui en laisse d’autant moins pour les autres acteurs capitalistes ;   B) soit, un mirage inflationniste dans une comptabilité boursière bancaire qui tôt ou tard devra s’ajuster à la réalité de la productivité stagnante et de la profitabilité déclinante.

LE MYSTÈRE DE LA VALEUR BOURSIÈRE

Si tout ceci est exact direz-vous, comment expliquer que le capital action, obligation, hypothèque, produits boursiers dérivés augmentent soudainement de « valeur », l’action de AT&T et de Time Warner bondissant suite à l’annonce de leur rapprochement (3) ? Pourtant, aucune valeur nouvelle n’a été produite suite à cette fusion de deux dettes fortuites (150 milliards de dollars au total). Deux faillites ne font jamais une réussite ! C’est que ce n’est pas la « valeur » des actions – obligations ou produits dérivés qui ont augmenté sur le marché boursier, mais leur « prix » nominal. Le « prix » d’une marchandise – y compris d’une marchandise action et obligation – varie en fonction de la « valeur d’échange » qu’elle représente, mais aussi en fonction de l’unité monétaire dans laquelle elle s’échange (dollars, yuans, euros, etc.) comme nous l’expliquions dans un texte précédent (4).

Ainsi, le prix d’un litre de lait varie en fonction de l’inflation, mais sa « valeur » ne varie pas à court terme (à moins d’une subite hausse de productivité dans l’élevage laitier). Pour le dire autrement, au total, sur l’ensemble du marché boursier, le « prix » monétaire des actions varie rapidement, mais leur « valeur » en capital varie autrement et bien plus lentement. Si le « prix » d’une action monte, c’est que le « prix » d’une autre descend, et la seule hausse globale est due à l’augmentation de la masse de plus-value générée sur le marché mondial. On comprend ainsi que si la valorisation globale du capital stagne à l’échelle internationale, la valeur totale du capital stagne également. Le prochain krach financier sera chargé de le rappeler aux milieux financiers qui le savent bien, mais n’y peuvent rien.

La phase impérialiste moderne du mode de production capitaliste

L’impérialisme moderne est la phase économique (avant d’être politique) où le mode de production capitaliste ayant pris une extension internationale, interreliant toutes les sources et toutes les formes du capital, subit mondialement ces ajustements. Ainsi, la phase impérialiste moderne du mode de production capitaliste ne constitue en rien un changement de paradigme, mais un changement d’échelle de la contradiction fondamentale du capital. À ce stade, les évènements économiques sont systémiques, globaux et mondiaux et le mode de production capitaliste passe de l’hégémonie formelle à l’hégémonie réelle sur l’ensemble du capital, étape marquée par la primauté de l’extraction de la plus-value relative sur la plus-value absolue, et les hausses de productivité prennent le pas sur l’allongement de la journée de travail pour régénérer le capital (5).

C’est que la sphère financière, le moment ou le capital circulant prend la forme de capital scriptural (anciennement papier, maintenant numérisé) afin d’assurer sa circulation, sa concentration, sa transformation, permet au capital de se déplacer rapidement et même de fourvoyer les « gens » du placement,  mais tout ceci est éphémère, je ne dis pas « irréel » comme le font les économistes bourgeois – car l’augmentation de la valeur du capital action est bien réelle et se voit aux écrans –, mais ce qu’il faut réaliser c’est que cette augmentation  du « prix » des actions est bidon et se butera aux difficultés de convertibilité en valeur d’échange monétarisée. C’est ce que l’on appelle le Krach boursier.

CAPITAL ET RÉVOLUTION SOCIALE

On aura compris que sous le mode de production capitaliste (MPC) toute révolution sociale devra obligatoirement s’attaquer à cette confiscation du capital-plus-value (cet impôt sur le capital-travail salarié) et mettre fin à cette expropriation – privée, publique ou étatique – afin de détruire les fondements du mode de production capitaliste et créer les bases économiques du nouveau mode de production communiste. Si une insurrection populaire ne s’attaque pas à ce processus circulant du capital affamé et ne remet pas en cause l’appropriation privée (corporative ou étatique) de la plus-value et au principe de propriété (corporatif ou étatique) qui le garanti cette insurrection ne sera pas une Révolution sociale. La Révolution russe bolchévique et la Révolution de démocratie nouvelle en Chine l’ont amplement démontré (6).

Notes

(1)    Voir les commentaires à la suite de l’article http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-sophisme-de-loffre-et-de-la-demande/

(2)    http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-sophisme-de-loffre-et-de-la-demande/

(3)    http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/10/23/at-t-pret-a-racheter-time-warner-pour-86-milliards-de-dollars_5018708_1656994.html

(4)    http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-sophisme-de-loffre-et-de-la-demande/

(5)    http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/limperialisme-et-la-domination-reelle-du-capital/

(6)    http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/limperialisme-et-la-domination-reelle-du-capital/

ANNEXE : LA LOI DE LA VALEUR ET LE PRIX

La valeur marchande d’un produit correspond à la valeur (la quantité – le temps de force de travail dépensé pour produire et acheminer ce produit de la mine, du champ, de la mer, de l’atmosphère, ou de l’usine jusqu’au client ou jusqu’au consommateur.  Sachant qu’à chaque étape de transformation d’un produit en marchandise (le verre posé comme vitre dans une voiture) une partie de la force de travail est confisquée par le capitaliste (l’impôt plus-value) et une autre est remise au prolétaire (son salaire).

Cette opération de production (agraire dans un champ, industrielle dans une manufacture, minière, hauturière, sur un chantier, etc.) a son équivalent en terme monétaire – financier. C’est la raison pour laquelle nous disons que la monnaie est censée être le reflet exact de ce processus de constitution de la valeur marchande – d’extraction-confiscation de la plus-value constituant le nouveau capital permettant de relancer un nouveau cycle de valorisation, un nouveau cycle du capital circulant.  S’il n’y avait pas de confiscation de la plus-value – du temps de travail de la force de travail prolétarienne à chacune de ces étapes – le mode de production capitaliste s’effondrerait. Ceci est indépendant de la volonté de la classe capitaliste et le capitaliste individuel qui ne se soumet pas à la Loi de la valeur d’échange est éliminé-absorbé par ses concurrents plus efficients. On dit alors qu’il y a concentration – monopolisation du capital.

Il est vrai que ceux qui assure la gouvernance de la sphère monétaire financière tente de tricher – de manipuler la variable monétaire au sens large (crédit, dette, emprunt, monnaie, actifs, etc.) et il tente de hausser les prix ici, de diminuer les prix, de devancer la collecte de l’impôt-plus-value, manigance éphémère et inutile.  Les lois économiques du capitalisme s’imposent.  Une marchandise est toujours vendue à sa valeur marchande (à son équivalent de temps de travail – force de travail – dépensé pour sa fabrication – transformation – circulation). S’il n’en était pas ainsi, si une marchandise pouvait être vendue au-delà de sa valeur – au-delà du temps de travail qu’elle contient, c’est que quelqu’un quelque part possèderait une baguette magique pour produire de la valeur d’échange sans avoir recours au temps de travail – à la force de travail.

J’entends déjà l’économiste vulgaire déclamer, et si je trouve une pépite d’or pur dans un ruisseau et que je vais la vendre au marchand – j’ai dépensé bien peu de force de travail pour une valeur d’échange très grande. Voilà la preuve absolue de la fausseté de la loi de la valeur !  Que nenni mon ami.  Tu oublies que chaque jour dans les rivières de la Sierra Leone et ailleurs en Afrique des milliers de prospecteurs d’or misérables dépensent des milliers d’heures de temps de travail pour que dalle. Si une marchandise se vend au-dessus de sa valeur en force de travail, c’est qu’une autre marchandise se vend en dessous de sa valeur marchande, de sa quantité de temps de travail dilapidée. Seule la quantité de valeur d’échange produite dans le système peut être engagée. Une quantité peut être gaspillée ou détruite mais aucune quantité ne peut être inventer.   L’or ne fait pas exception à la loi de la valeur malgré les manipulations dont le précieux métal est l’objet à la bourse et ailleurs – tôt ou tard les lois de l’économie politique capitaliste s’abattent sur ce produit.  Ce n’est pas la rareté ou l’abondance de l’or qui lui attribue sa valeur marchande, mais la quantité de travail social que contient une once d’or –  tôt ou tard cette loi s’appliquera et alors le prix de l’or augmentera.

Source: les7duquebec.com

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