Les tyrannosaures sont les nouveaux rois du porno

Les tyrannosaures sont les nouveaux rois du porno

« Un souffle chaud caressa le bas de son dos. Un délicieux frisson parcourut son corps : le grand lézard la reniflait. Sans prévenir, il lui arracha son pagne. Elle baissa une fois de plus le regard, choquée par les gestes de ce monstre, afin de regarder son propre pubis couvert de poils bruns et bouclés. Sous ses pieds, il y avait un objet qu’elle n’arrivait pas à identifier, d’au moins 60 centimètres de long. C’était aussi épais que son bras, sauf le bout, qui se rétrécissait pour former une pointe ronde et solide rouge foncé. […] Dans le vain espoir d’avoir moins mal, Drin ouvrit ses jambes autant que possible, toujours suspendue dans les airs. […] Petit à petit, la sensation de plaisir commença à se propager dans toutes les parties les plus sensibles de son corps. Des vagues de bien-être intense la traversaient. Elle n’avait jamais ressenti cela auparavant. »

Cet extrait, digne des romans érotiques le​s plus ven​dus au monde, est tiré de la nouvelle Taken by the T-Rex, écrite par C​hristie Sims et Alara ​Branwen. L’œuvre conte l’histoire d’une jeune femme, Drin, qui se plaît à avoir des relations sexuelles avec un tyrannosaure. Celui-ci, soit dit en passant, a broyé le corps de sa mère et massacré une bonne partie des habitants de son village – doux enfants et gentilles grands-mères inclus. Drin décide alors de venger les victimes. Après un récit interminable où elle prend de la drogue, discute avec les habitants, déménage, chasse une biche, puis se dégourdit les jambes dans la forêt, elle se retrouve enfin nez à nez avec le T-Rex. Voulant d’abord échapper à ses griffes, elle devient vite consentante et finit par avoir « le premier orgasme de toute sa vie ».​

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Les deux auteures se sont rencontrées à l’université il y a trois ans. Elles partageaient la même chambre et manquaient d’argent pour payer leurs frais universitaires. Elles ont donc décidé de se lancer dans l’écriture de nouvelles érotiques mettant en scène des dragons, des griffons ou encore des orques. Leurs nouvelles se sont vendues comme des petits pains, ce qui leur a permis d’arrêter leurs jobs étudiants et d’étudier à l’université à temps partiel.

Dans une int​erview, Alara Branwen explique pourquoi les tyrannosaures sont si voraces quand il s’agit de s’envoyer en l’air : « leurs bras trop courts [les empêchent] de se soulager, ils ont donc besoin de quelqu’un pour les aider, si vous voyez ce que je veux dire ».

J’ai été extrêmement versatile dans ma lecture de Taken by the T-Rex. J’étais d’abord très enthousiaste à l’idée de découvrir un tel récit, mais très vite assoupie par le remplissage autour de l’héroïne et les maigres descriptions de son environnement. La rencontre des deux protagonistes a attiré mon attention, mais j’ai ensuite été déçue par la brièveté du coït inter-espèces et son caractère grotesque. Après avoir terminé la nouvelle, une question me vint à l’esprit : comment peut-on fantasmer sur ce genre de navet fantaisiste ?

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Pour en apprendre davantage sur l’érotisme et la pornographie fantastique, j’ai tapé dans ma barre de recherche Google l’expression « Monster Porn », à laquelle les nouvelles des deux auteures sont associées – en plus de la catégorie, plus adéquate, de « dinosaur erotica ». Je suis notamment tombée sur une vidéo de Lara Croft se faisant tr​ingler(NSFW) par des mastodontes provenant de galaxies lointaines, très lointaines, ainsi que des illustrations mettant en scène​ des stars des années 1990 qui n’ont absolument rien demandé.

Ces images de synthèse n’évoquent aucune sensation connue du genre humain, puisque le corps n’y est pas représenté de façon réaliste, alors même qu’il est à la fois le support et l’objet de l’excitation sexuelle. On peut comparer ce type de pornographie au Hentai, c’est à dire aux films X animés à la japonaise. Mais le Hentai met en scène des corps ressemblant à ceux des humains. S’ils sont souvent disproportionnés, ils font tout de même appel à l’imaginaire sensible du spectateur. À moins que vous sachiez vous glisser dans la peau d’un p​térodactyle, il y a peu de chance que votre imagination soit autant stimulée par le « Monster Porn » qu’avec des images représentant plus ou moins votre propre corps.

Je ne veux pas adopter un discours monocorde vis-à-vis de la pornographie, mais comment peut-on jouir de la déprédation de l’être humain, ou, en d’autres termes, éprouver du plaisir sexuel en étant le témoin des dégâts causés par la bête au corps humain ?

La première idée qui m’est venue à ce sujet est que la mise en scène de personnages fantastiques permet la représentation d’un phallus surdimensionné et d’un mâle ultra dominateur qui aliène la femme. Cette dernière a également un appareil génital surhumain puisqu’elle a l’air de très bien vivre la situation, quelle que soit l’envergure de son partenaire sexuel. Les performances des personnages fantastiques dépassent donc les performances humaines, ce qui expliquerait leur succès dans le monde de la pornographie. Après tout, les acteurs pornos les plus connus sont ceux qui ont des compétences peu ordinaires ou un physique particulièrement avantageux, et ceux-ci sontrecherc​hés activement pour leurs qualités.

Mais surtout, j’ai l’impression que ce type de mise en scène permet au spectateur de sortir d’un cadre qui lui est trop familier. Les grands consommateurs de pornographie peuvent se lasser des « traditionnels » combos et scénarios du sexe entre humains. C’est ce qui fait, selon moi, tout l’intérêt du fantastique mêlé à la pornographie, et qui lui promet un avenir fécond : le désir humain a besoin d’être surpris. Et c’est cet effet de surprise que permet le fantastique. Sans mauvais jeu de mots, ce type de pornographie permet d’obstruer un vide qui s’est peut-être créé chez les habitués des films X. La qualité des images de synthèse est médiocre, mais elle pourrait s’améliorer par la suite (tout comme la qualité de l’écriture de nouvelles érotiques fantastiques, qui sait).

Solution à la lassitude face à la pornographie, représentation du mâle ultra dominateur, performances sexuelles extraordinaires… l’existence du « Monster Porn » n’est pas aussi absurde qu’elle semblait l’être au premier abord. Après tout, selon Lacan, « le désir est la métonymie du manque à être », ce qui signifie qu’on désire ce que l’on n’est pas ou ce qu’on ne pourra jamais avoir. Quoi de plus impossible que de batifoler avec des créatures venues d’époques révolues ou de mondes fabuleux? Le fantasme, par sa nature même, est étroitement lié au domaine du fantastique.

Parce qu’il réalise les fantasmes les plus cachés de certains, le « Monster Porn » pourrait peut-être envahir bientôt nos écrans, et être utilisé dans d’autres domaines, comme la réalisation de clips mu​sicaux, par exemple. Et, qui sait, grâce aux progrès de la technologie, on pourra peut-être bientôt avoir des rapports sexu​els virtuels avec les créatures les plus aguicheuses.

Par Camille Frilley

Source: Vice

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