Les vérité de Laurent Gbagbo sur le massacre de l’Hôte Ivoire et le bombardement de Bouaké: «On voulait installer Mathias Doué en intérim».

Les vérité de Laurent Gbagbo sur le massacre de l’Hôte Ivoire et le bombardement de Bouaké: «On voulait installer Mathias Doué en intérim».

Il est en librairie en France, depuis le 26 juin dernier. Le livre-témoignages du président Laurent Gbagbo co-écrit avec le journaliste français, François Mattéi, sera disponible, jeudi, à Abidjan, a-t-on appris. Evidemment s’il n’est pas censuré par le régime Ouattara.

Notre Voie qui a obtenu un exemplaire de l’ouvrage via un correspondant à Paris livre ici à ses lecteurs, les révélations de Gbagbo sur le général Mathias Doué et le bombardement de la base française de Bouaké en novembre 2004.

«le 6 novembre 2004, on m’apprend que neuf militaires français sont morts et que ce serait à la suite d’un bombardement qui aurait eu lieu à Bouaké, effectué par nos deux avions. Nous étions stupéfaits. Il s’est avéré ensuite qu’il s’agissait d’un complot dont le but ultime était de renverser le gouvernement légitime et de m’évincer du pouvoir. Longtemps, on ne m’a pas cru. Aujourd’hui, la vérité commence à apparaitre, grâce au combat des familles des militaires français tués, grâce aussi à des officiers de i’armée française.

Il est important de dire aujourd’hui comment cela s’est passé. Je n’en ai jamais reparlé depuis 2010. J’ai vécu cette grave affaire en comprenant à chaque instant que je n’en détenais pas tous les éléments. J’étais en très bons termes avec i’ambassadeur de France de i’époque, Gildas le lidec, il a été lui aussi pris de court par la tournure des événements. Contrairement à ce qui a été dit, ou écrit, à partir de confidences que je n’ai jamais faites, en me prêtant des propos que je n’ai pas tenus, je n’étais pas opposé à ce qu’une opération permettant la destruction des infrastructures militaires des rebelles à Bouake ait lieu, ce qui aurait permis ensuite la réunification et la pacification du pays. J’avais dû, quelque temps auparavant, empêcher que des officiers ne lancent une offensive sur Bouaké sans ordres de leurs supérieurs. Les soldats étaient arrivés à proximité de Bouaké, une ville qui se trouve à peu près au milieu du pays, sur la ligne médiane entre ie Nord et ie Sud et menaçaient d’attaquer les rebelles. J’ai pris un hélicoptère pour aller leur parler et leur dire que rien n’avait été décidé et qu’il leur fallait se replier. Cette tentative de certains officiers avait sonné comme un avertissement : l’armée et les populations voulaient qu’on mette un terme aux exactions des rebelles.

Je savais mon chef d’état-major, Mathias Doué, très proche des français, du général Poncet en particulier. Doué a fait Saint-Cyr. Je ie savais aussi réticent concernant l’opération prévue à Bouaké. Il ne me disait rien de ses réticences, mais j’étais informé des propos qu’il tenait à l’extérieur. Il n’était pas franc. Je ne comprenais pas ce qu’il avait en tête. J’ai téléphoné à l’ambassadeur de France pour lui dire que la situation au Nord était insupportable aux populations, que les exactions des rebelles avaient redoublé, qu’ils se conduisaient, malgré leurs engagements, en terrain conquis et, compte tenu de leur refus persistant de se plier à la légalité républicaine et de respecter leurs engagements écrits, nous n’avions d’autre choix que de lancer une opération militaire ciblée. Nous étions assez liés, et en confiance l’un avec l’autre, pour que je comprenne qu’il n’était pas contre, loin de là … Deux jours plus tard, c’était le mardi 2 novembre, je crois,je ie reçois avec ie général Poncet. Poncet me dit de ne pas agir, de ne pas lancer l’attaque. Le Lidec regarde ailleurs, en tirant sur sa cigarette, rêveur. j’ai écouté ie général mais j’ai fini par répliquer : «je ne vous ai pas appelé pour vous demander votre avis, mais pour vous informer. La France est un pays ami, qui a des troupes sur ie terrain. Le but est de détruire les infrastructures militaires de la rébellion à Bouaké. »

Le mercredi 3 novembre, le téléphone sonne : c’est Chirac. Il hurle :

– «Seydou Diarra (le Premier ministre que j’avais nommé à la suite de Marcoussis qui dirigeait le gouvernement d’union nationale comportant des rebelles) n’est pas au courant! C’est invraisemblable !» Patin couffin.

– « seydou diarra n’a même pas été élu conseiller municipal,lui ai-je répondu. Je suis le chef d’un Etat Républicain qui fonctionne de manière républicaine, constitutionnelle. La légalité républicaine doit s’appliquer et les rebelles cesser leurs exactions, sans compter qu’ils avaient promis de désarmer.»

Le jeudi 4, nous avons lancé l’opération. Elle devait durer deux jours. L’ONUCI a fait un communiqué ce jour-là pour souligner le professionnalisme de l’intervention, qui n’avait pas provoqué de dégâts collatéraux. Nous avions procédé auparavant à un relevé minutieux des installations rebelles dans ce but précis. Pour rien au monde, je n’aurais voulu gâcher ce succès. Nos objectifs étaient atteints. J’ai annoncé que j’allais faire une déclaration à la télévision: pour annoncer la fin prochaine des combats, pour dire que nos soldats étaient à Bouaké, et pour tendre la main aux adversaires en vue de négocier la fin des hostilités, et les projets pour i’avenir.

C’était la traduction politique de l’opération militaire. Le samedi 6, je suis dans mon bureau en train de rédiger le texte de mon allocution, quand Doué vient me voir, et me dit : «nos avions ont lâché des bombes sur des soldats français, il y a un mort.» Je lui demande des explications. Je n’en ai jamais reçu.

A peine une heure après, on m’avertit que nos deux avions Sukhoï avaient été détruits à Yamoussoukro par les forces françaises. A Abidjan, des soldats français étaient en train de détruire avec des haches tous nos hélicoptères et petits avions qui se trouvaient sur le tarmac de l’aéroport. A la fin de la journée, nous n’avions plus rien qui puisse voler. Les ambassadeurs de France et des Etats-Unis sont venus me voir. Ils m’ont appris qu’il y avait neuf morts français et un américain. L’ambassadeur US ne m’a pas dit un mot, à part bonjour et au revoir. C’est Le Lidec qui m’a informé de tout, et j’étais accablé. J’ai immédiatement demandé au ministre de la défense que le chef d’état-major soit mis à pied et suspendu le temps de l’enquête. J’ai convoqué les ministres compétents et le procureur militaire et leur ai donné pour mission de faire la lumière, le plus vite possible, sur ces événements tragiques. J’ai insisté pour que le procureur militaire diligente une enquête sur place. Le général Poncet a interdit au magistrat ivoirien l’accès au camp descartes où avait eu lieu ie bombardement. Il s’est opposé à notre enquête. Il n’y en a d’ailleurs pas eu non plus coté français, à ce que je sais.

Quant aux américains, je n’en ai pratiquement pas entendu parler. Une femme est venue voir mon ministre des finances, mais l’Etat américain ne m’a même pas envoyé un courrier au sujet de leur ressortissant tué.

Pour la première fois, nous n’avons pas pu rendre les honneurs aux soldats français morts sur notre sol avant leur transport en France. A peine informé de ces évènements bouleversants, j’apprenais qu’une colonne française composée de véhicules blindés s’approchait d’Abidjan, venant du centre du pays. Au milieu de la nuit, cette colonne encerclait la résidence présidentielle où je me trouvais. La rumeur dit que Doué était dans l’un des véhicules de la colonne. Ensuite, Doué a disparu et n’a réapparu qu’après ma chute, dans les bagages de Ouattara.

Nous nous attendions au pire. Nous avons appelé l’Elysée pour les sonder et les mettre en garde contre toute attaque inconsidérée. Nous avons prévenu aussi les missions diplomatiques étrangères. Peut-être est-ce cela qui nous a sauvés. Au bout d’un certain temps, les français se sont repliés à quelques centaines de mètres de là, à l’Hôtel Ivoire. Les français ont dit après coup «qu’ils avaient fait une erreur de trajet ». Quand on connait Abidjan, c’est impossible à croire. Ils venaient donc pour me faire fuir, ou me faire tuer par quelqu’un pour me remplacer : le plan était de mettre Doué à ma place, «en intérim », mais il s’est dégonflé. C’est aussi ce qui a fait rater l’affaire. La destruction de notre petite aviation, la menace d’attaque contre la résidence présidentielle, ont jeté les ivoiriens dans la rue. Ils ont manifesté contre la présence de licorne.

Il y a eu des réactions et même des pillages en ville contre les biens de français, parce qu’il y a toujours des voleurs et des pillards prêts à profiter de ce genre de situation. Et aussi parce que la tension et l’exaspération étaient à leur comble. L’armée française à tiré sur les foules qui se dirigeaient à pied vers le casernement du 43ème Bima en traversant la lagune par le pont Charles-de-Gaulle pour demander son départ. Ils ont tiré depuis des hélicoptères, faisant des dizaines de morts, des centaines de blessés, d’handicapés. Autour de l’Hôtel Ivoire, la tension montait. Après un certain temps, les troupes françaises ont reçu l’ordre de rompre les rangs de la foule qui encerclait l’Hôtel.

Le convoi militaire s’est frayé un chemin sanglant laissant derrière lui des dizaines, peut-être des centaines de morts et de blessés. Tous des civils. Puis, ils ont encore tiré sur des civils qui manifestaient autour de l’Hôtel Ivoire, où la licorne avait pris ses quartiers. Là aussi ils ont tué, et blessé gravement beaucoup de civils sans armes, parce qu’ils ont eu peur de la foule.

Le dimanche, au lendemain de la mort des militaires français, Le Lidec m’a dit que les services français avaient les pilotes responsables du bombardement, des Biélorusses, et l’équipe de maintenance des deux avions. Les français savaient exactement qui étaient les pilotes, les membres de l’équipe de maintenance et ce qu’ils faisaient à chaque instant. La sécurité militaire ne les lâchait pas d’une semelle, ni le jour ni la nuit. Elle savait combien de bières ils buvaient, où ils sortaient, à quelle heure et avec qu’elles filles ils rentraient. Des militaires français les côtoyaient, dans les boites de nuit, dans les «maquis» d’Abidjan.

Les deux pilotes avaient été filmés et photographiés par les français au retour de leur mission de bombardement. Maintenant qu’ils avaient été arrêtés, on allait savoir la vérité. Quelle ne fût pas ma surprise d’apprendre peu après que les pilotes et toute l’équipe de maintenance avaient été accompagnés par les français à la frontière du Ghana d’où ils avaient rejoint le Togo. Lorsque nous avons interrogé les autorités françaises, elles nous ont répondu qu’il n’avait été procédé à aucun interrogatoire et qu’il n’existait aucun procès-verbal.

Le ministre de l’intérieur du Togo, François Boko, les fait arrêter. Il les garde dix jours. Il appelle l’ambassade de France, le ministère des affaires étrangères à Paris, le
ministère de la justice, pour dire : « nous les tenons à votre disposition » le président Eyadema, qui était très servile vis-à-vis de la France, parce qu’il avait besoin de son aide et de celle de l’Europe, était prêt à tout pour faire plaisir à Chirac. Eh bien la France n’en a pas voulu!! Cela prouve bien qu’il s’agit d’une bavure française, et non d’une bavure ivoirienne. Mon explication, c’est qu’il y avait une filière parallèle, qui travaillait par-dessus la tête de l’ ambassadeur, et même d’Henri Poncet. Un journaliste français du Parisien, m’a dit un jour que, selon lui, c’étaient les services de renseignement français qui avaient instrumentalisé les pilotes biélorusses, et qu’il y avait eu une bavure entrainant par accident la mort des neuf français.

J’ai suivi de loin la plainte déposée en france par les familles des soldats français, et j’ai lu ce qui a été écrit sur les entraves qui ont été opposées par les autorités françaises aux juges d’instruction qui se sont succédé dans ce dossier. Je sais que l’avocat des familles des victimes est convaincu de mon innocence, comme d’ailleurs, tous ceux qui, au sein des cercles de pouvoir français, ont eu à connaitre ce dossier.

Le 11 novembre 2004, au lendemain donc de ces événements, notre ambassadeur et notre attache militaire de l’époque, le général Camille Lohoues, ont été très chaleureusement accueillis aux cérémonies d’anniversaire de l’armistice de la guerre de 14, à Paris, par Jacques Chirac, et par leurs homologues militaires : s’ils avaient été persuadés de notre culpabilité, il est évident que nous n’aurions même pas été invités. En France, il y a des gens qui savent très exactement ce qui s’est passé… un coup de billard à trois bandes qui a mal tourné… la bavure était française… C’est la raison pour laquelle ils ont toujours trouvé mieux à faire que de mener des enquêtes. Nous avons été privés de notre supériorité aérienne sur les rebelles, et mis dans l’incapacité de gagner enfin la guerre et de réunifier le pays : si c’était ie but recherché, il a été atteint. »

Source: Notre Voie

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