L’esclavage des Noirs en Libye: Une analyse de Dr Cheick Diabaté

L’esclavage des Noirs en Libye: Une analyse de Dr Cheick Diabaté

Le furoncle de « l’esclavage noir » est percé en Libye ! Le pus qui en ressort est irrespirable pour ceux qui ont encore une sensibilité olfactive.

L’esclavage et la colonisation n’ont jamais fait l’objet d’un quelconque procès à engagerni d’un mémorial à construire, dignes de ce nom pour éclairer les opinions dans les pays africains afin d’éviter toute récidive. Pas étonnant que sous nos yeux,en 2017 se reproduise ce qui était supposé ne plus devoir exister ni se reproduire : l’esclavage.

Pour mieux comprendre ce qui se passe en Libye aujourd’huiet fait l’actualité, un retour dans le passé s’impose pour mémoriser les causes profondes de l’esclavage et se rendre compte que les mêmes causes produisent les mêmes effets lorsque l’impunité immunise les auteurs.

De 1347 à 1352, en Europe la pandémie de la pestea exterminé plus d’un tiers de la population, faisant entre 40 et 100 millions de victimes humaines.L’agriculture fût ravagée et la famine qui s’en est suivie, poussa les Européens entre autres, à la recherche de l’Eldorado que représentait l’Empire du Mali dont l’or était la principale attraction. L’occupation de la voie terrestre par l’Empire arabe poussa au contournement de la méditerranée par la construction de caravelles,bateaux adaptés à la navigation dans l’océan atlantique. Les échecs répétés de la conquete de l’Empire du Mali et la découverte de l’Amérique changèrent le cours de la grande aventure sans pour autant renoncer au projet initial.

En effet, l’Amérique avec ses richesses en or et en terres fertiles, déclencha le commerce le plus odieux que l’humanité ait jamais connu pendant quatre siècles. Après avoir exproprié et exterminé les natifs de ce continent pour leur faible productivité quant à la mise en valeur de l’immense potentiel découvert, il a été décidé de faire appel à la main-d’oeuvre noire, plus qualifiée et plus productive .
C’est la révolte de Saint Domingue en 1791et la victoire de Toussaint Louverture en Haïti en 1804, qui ont fait prendre conscience du danger que représentait le nombre élevé des esclaves noirs dans les colonies américaines, ce qui aboutit à l’abolition de l’esclavage(en 1808 aux Etats-Unis et en 1848 en France), qui futmise au compte de quelques humanistes occidentaux.

L’immense fortune amassée par ce commerce odieux, a permis la conquête du Tiers-monde et la colonisation du continent noir avec un nouveau code appelé« le Code de l’indigénat »dans les colonies qui remplace « le Code noir » de l’esclavage.

Les deux guerres mondiales engendrées par la compétition entre les conquérants de la planète, ont permis la montée en puissance de l’URSS et de la Chine sur la scène internationale contribuant à la mise à mort de la colonisation.

Dans les années 1980, la chute du mur de Berlin et l’offensive mondiale des conquérants au nom de la mondialisation, rencontre « l’Empire du milieu », la Chine, avec des produits à prix imbattables sur le marché. La crise qui en découle, affaiblit l’économie des conquérants qui n’ont d’autres choix que de s’approprier les matières premières et la main-d’œuvre à vil prix, pour tenir la compétition économique. La guerre contre les Etats souverains au nom des droits de l’Homme et de la démocratie en est le prétexte. Les pays riches en matières premièreset en main-d’œuvre sont les cibles privilégiées.

Aujourd’hui , la démocratie par bombardement, permet d’installer des « affranchis » au pouvoir, de créer le chaos et d’organiser les migrations en masse par la criminalisation des vaincus, la mise en cage dans des camps de réfugiés en Afrique et des camps de rétention en Europe.

Aujourd’hui, le commerce entre les camps de réfugiés et les camps de rétention sont l’œuvre de quelques intermédiaires qui agissent comme des criminels à col blanc sous le regard bienveillant de la Cour Pénal Internationale et des organisations des Nations-Unies comme au bon vieux temps de l’esclavage.

Aujourd’hui comme hier , les conditions de travail que subit cette main-d’œuvre taillable et corvéable à merci, vont du « Code de l’esclavage » ou « Code noir » au « Code de l’indigénat » c’est-à-dire du travail sans rémunération au travail sous rémunéré.

Pour mettre fin aux cycles de l’esclavage, un procès en bonne et due forme de « l’esclavage en Libye » est donc la première étape d’un processus qui doit conduire résolument vers un procès de l’Esclavage et de la Colonisation pour rendre impossible toute récidive ainsi que la construction d’un Mémorial de l’Esclavage et de la Colonisation afin que les générations actuelles et futures se souviennent.

Les tribunaux d’Arusha et de Dakar pourraient être érigés en Cour Pénale Africaine pour assumer cette responsabilité.

En parcourant « le Code noir », l’on est frappé par l’analogie entre ce dernier et le comportement non codifié des rapports actuels de l’Occident avec l’Afrique. L’on constate que finalement, l’esprit du « Code noir » a toujours inspiré les rapports entre l’Occident et l’Afrique en changeant les lettres, dans ses différentes variantes historiques : Code de l’indigénat, Charte de l’impérialisme, Accords de coopération…

Comme le déclare les sénateurs français :« l’Afrique est l’avenir de la France ».

Cet avenir ressemble fort au passé : le néo-colonialisme etle néo-esclavagisme se donnent la main sous nos yeux allègrement.
Sans une riposte, intellectuelle et judiciaire, appropriée, l’Afrique noire vivra les pages les plus sombres de son Histoire. A l’exception de quelques « affranchis » cooptés dans les multinationales et les gouvernements par bombardement, les Africains seront dépouillés de tout et parqués dans des camps de réfugiés et de rétention sans même pouvoir bénéficier de ces fameux “deux pots et demi de poudre de manioc par semaine” que prescrivait l’article 22 du Code noir.

Dr Cheick Diabaté,

ex-chercheur, Université du Colorado (USA)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

CLOSE
CLOSE