Lettre aux ennemis de leur propre pays

Bien cher compatriote ivoirien,

Toi, élément des forces de défense et de sécurité qui, au lendemain du 19 Septembre 2002, avais demandé à ton épouse de te fracturer la cheville au pilon ou alors créé tout autre stratagème pour ne pas avoir à combattre la rébellion qui endeuillait ton pays, toi l’abonné au racket et à la corruption, toi la bidasse ou le ‘’poulet’’ aujourd’hui désarmé au profit de meutes d’assassins, toi qui, hier, as desservi la république au profit d’une rébellion sauvage ou t’es empressé de rallier le Golf-hôtel en 2011, de même que toi, citoyen ivoirien ou politicien soit disant, qui as choisi de piétiner la Constitution de ton pays parce que tu avais juste opté que pour tes intérêts ou ceux de ton ventre, dis-nous, à ce jour qu’est-ce que tu y as gagné. Oui, cher compatriote, dis-nous, avec courage ou honnêteté, ce qui est ta récompense ou ton gain en ce moment, toi, face à l’imposture qui a servi le chaud et le froid en tournant le dos à la vérité et la loi en plein conflit. Oui, toi, face à tous ces naturalisés par fraude ou étrangers barbares que tu as épaulés dans leur guerre contre ton pays, ces fraudeurs que tu as parfois produits, protégés mais qui sont en train de tout t’arracher aujourd’hui. Dis-nous, que gagnes-tu ou alors jusqu’à quand resteras-tu ce Juda sans repentance ou sans rachat de ta conscience martyrisée ?

Contre l’ordre et la légalité constitutionnelle dans ton pays, tu t’es dressé en robot sur ordre ou recommandation du plus grand diviseur commun, la France, qui t’a mis à la bouche une kyrielle de revendications farfelues. Oui, revendications farfelues car non fondées et farfelues encore parce que parvenu au pouvoir suite aux bombes de ton maître blanc, tes revendications d’alors ont à ce jour fondu comme du beurre au soleil. Te voici, grommelant ou murmurant ta colère sans cesse, incapable de crier ta déception ou ta déconvenue, de crainte d’effaroucher ton maître inutilement adoré et que tu vilipendes ou maudit en silence.

Mais le plus honteux dans ta méprisable aventure, c’est que te voici, toi, le commando militaire, toi, le politicien au discours aux antipodes de la décence, te voici, aujourd’hui, muet comme une carpe. Hier, c’est-à-dire de 2000 à 2011, ayant mis ta conscience en vacances, tu avais choisi de hurler avec les loups en dénonçant des injustices et des crimes ‘’savamment’’ créés mais qui n’étaient que de pures inventions de ta part pour nuire au pouvoir en place. Aujourd’hui, devant la situation socio-politique gravement honteuse de ton pays, tu as choisi de te taire devant tous ces emprisonnements injustes et tous ces crimes de masse. Par peur de mourir, tu restes muet comme une carpe et docile comme un chien.

Tu en avais pourtant été bien prévenu par tes compatriotes et tu avais refusé de voir l’évidence : comment des houphouëtistes ont-ils pu accourir à Paris en 2004, à l’appel de CHIRAC dont les soldats assassinaient de jour en jour et à bout portant des enfants ivoiriens, pour créer le r.h.d.p., ce fumeux rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix ? Une démocratie et une paix vite transformées en destruction et pagaille, sous la houlette vengeresse et criminelle de votre ennemi juré d’hier devenu de facto votre chef et dont le seul regard te fait trembler de peur.

Continues de trembler de peur, trembles encore et toujours, toi, le commando militaire d’hier, toi, le vrai-faux politicien d’hier. Oui, trembles, car ta peur est un bon fruit ou héritage que tu pourras laisser à tes descendants, en plus des bénédictions qui accompagnent ce comportement qui ne t’honore pas du tout, que tu sois simple citoyen, militaire, jeune ou représentant du peuple à quelque niveau que ce soit. Continues donc d’être la bête au sabot de patience(*) !

Oui, trembles toujours de peur, trembles, en acclamant très fort le bradeur (et tous ces nombreux voleurs aux aguets) de ton pays ! Et sois fier de ton indignité, toi, le fier ivoirien !

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly) : Emmanuel Caleb, le 11 Octobre’16.      

(*) : cf. Frantz FANON, ‘’Les damnés de la terre’’, p.43

 

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