Lettre Ouverte au Ministre camerounais de la Culture Narcisse Kombi Mouelle

Lettre Ouverte au Ministre camerounais de la Culture Narcisse Kombi Mouelle

OBJET : Ouverture annoncée des Salles de Cinéma dans des villes du Cameroun par Bolloré via sa Société Canal +

M. le Ministre, depuis quelques jours, certains medias locaux camerounais, annoncent tapageusement et à grand renfort de publicité, l’ouverture de salles de Cinéma dans des villes du Cameroun, notamment à Douala et Yaoundé par le magnat français, Vincent Bolloré via sa Société CANAL +

Ces medias dont on sait maintenant pour qui ils roulent (mendicité oblige), parlent de la grande magnanimité du groupe Bolloré vis-à-vis des populations camerounaises. Des populations qui, selon ces « journaux », vont enfin s’arrimer à « la Civilisation ». Ce concert de louanges et de chorales, bien monté par des réseaux endogènes de Bolloré, n’est pas sans rappeler ce couplet insultant que les colons avaient honteusement fait introduire dans ce chant de ralliement devenu plus tard, notre hymne national en ces termes « au Cameroun berceau de nos ancêtres, autrefois tu vécus dans la barbarie ». M. Bolloré, grâce donc à sa prétendue magnanimité, va permettre aux Camerounais d’accéder à «la Modernité et à la Civilisation », entendez civilisation Occidentale française dont l’une des marques déposées est la légalisation de l’homosexualité, la promotion de la pédophilie et même la zoophilie.

M. le Ministre, depuis septembre dernier, vous êtes en charge de la Culture au Cameroun, notre pays. De notre point de vue, le ministère de la Culture est le département ministériel le plus stratégique, le plus important de tous, contrairement à ce que certains esprits simples peuvent penser.

En effet, la Culture pour chaque peuple, est au début et à la fin (l’alpha et l’oméga) de tout processus sociétal. C’est elle qui détermine la vitalité dans tous les autres secteurs de la vie sociale d’un peuple. C’est à travers la Culture que se forge l’identité d’un peuple année après année, décennies après décennies et siècles après siècles pour constituer ce qu’on appelle Civilisation. La Culture, peut se définir comme la position fondamentale de chaque peuple devant l’Univers dans toutes ses composantes et dimensions. C’est à travers sa Culture que chaque peuple définit ses valeurs, son mode de vie, son éthique et sa fierté vis-à-vis des autres peuples. Un Occidental de surcroît un Français, ne peut donc se lever par philanthropie et décider par magnanimité de venir construire ou octroyer des Salles de Cinéma aux Camerounais.

Monsieur le Ministre, ayez une vision stratégique du Cameroun à moyen et long terme ; ne vous limitez pas seulement aux sempiternels droits d’auteurs qui défraient les chroniques depuis des décennies dans ce ministère. C’est un sujet très important certes, mais inscrivez vos actions dans la bataille que les Africains ont décidé d’engager contre la guerre (économique, financière et culturelle) que leur livre le dernier Empire colonial et esclavagiste que sont la France et ses réseaux.

Les véritables mobiles de la décision de M. Bolloré de construire des Salles de Cinéma dans des villes camerounaises se trouvent ailleurs. Il s’agit de la mise en pratique de la directive N0 17 du Rapport Attali qui prescrit « Renforcer et étendre l’aire culturelle francophone, grâce notamment à la construction par des Entreprises françaises de Salles de Cinéma en Afrique francophone et la programmation d’un quota de films français ».

Comme vous le savez, le Cameroun est au cœur de la nouvelle stratégie française de recolonisation de l’Afrique. Si le Cameroun, depuis l’arrivée du Président Biya au pouvoir est devenu membre de la Francophonie, force est de souligner qu’il fait également partie de l’Anglophonie, connue sous le nom de Commonwealth. Que les réseaux français et leurs barbouzes qui souhaitent voir notre pays plonger dans la guerre civile ne vous fassent pas oublier cette donnée fondamentale et majeure. Si le Cameroun est francophone à près de 65%, il est anglophone à plus de 35%. C’est la spécificité et la caractéristique de notre Pays. Je peux vous le confirmer (et ce n’est un secret pour personne) que la cohabitation entre les deux aires culturelles (anglophonie et francophonie) constitue l’enjeu majeur dans l’après-Biya que les réseaux et barbouzes français veulent encadrer et maîtriser.

Comme vous le constatez, j’appartiens à l’aire culturelle d’expression française, et même à moitié du « Pays organisateur » par ma mère. Mais en toute honnêteté, la politique de marginalisation menée contre nos Frères Anglophones avec l’appui massif des Officiels français, notamment l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) est porteuse de tensions ethniques à moyen et long terme.

Derrière l’appui des Autorités françaises se cachent la volonté de Paris de faire « avaler » la Communauté anglophone du Cameroun dans l’unique ensemble francophone. Et c’est dangereux. La France veut appliquer ce qu’elle fait en Côte d’Ivoire ou au Mali et ailleurs dans ses ex-colonies (et le Cameroun n’en est pas une): interdire formellement l’enseignement d’une autre langue que le Français.

Pour la majorité des Camerounais d’expression française, le combat engagé contre la domination de la France dans notre pays, passe également par la promotion et la vulgarisation de la langue anglaise. C’est le cœur de la nouvelle bataille. La France et la langue française n’ont plus d’avenir sur notre Continent et essentiellement au Cameroun.

La France est aux abois au sens propre du terme. Elle est tétanisée par les mutations profondes qui, en véritables lames de fond, travaillent et opèrent en ce moment en Afrique Noire dite francophone et au centre desquelles se trouve le Cameroun. Le Cameroun qui, il faut le souligner est devenu le véritable laboratoire de cette Afrique qui se dessine. Face à son incapacité à repenser son vieux logiciel, la classe politique française fait feu de tout bois. Aussi a-t-elle réactivé de vieux réseaux de barbouzes et de manipulateurs d’opinion dont son actuelle Ambassadrice à Yaoundé en est le prototype. Le but ultime étant la pérennisation de la mainmise   de Paris sur les richesses de l’Afrique Noire francophone. C’est dans ce registre qu’il faut comprendre et analyser les différents Rapports qui se focalisent sur l’avenir et le devenir de la France en Afrique Noire.

Ils sont commandés, tantôt par le Quai d’Orsay (Ministère des Affaires Etrangères), tantôt par l’Elysée (Présidence de la République) ou enfin par Bercy (Ministère de l’Economie et des Finances).Toutes ces Etudes aboutissent à la même et cynique conclusion : « l’Avenir de la France se trouve en Afrique ». Bon sang ! C’est le cas du Rapport Védrine élaboré à la veille du Sommet France/Afrique en 2013 et du Rapport Attali en 2014. Ces deux Rapports constituent les deux véritables bréviaires en matière de recolonisation de l’Afrique Noire francophone par la France. Le Rapport Attali dont la construction annoncée de Salles de Cinéma au Cameroun en est la mise en application, est dangereux et pernicieux, d’autant plus qu’il touche un domaine bien stratégique à savoir la Culture.

Ce Rapport a été commandé expressément par François Hollande par une lettre de mission signée de sa propre main et qui s’intitule « La Francophonie : Moteur de Croissance Durable pour l’Economie et les Entreprises françaises ». Il est fondamentalement orienté et axé sur les Etats d’Afrique Noire francophone qui, pour Paris constituent « des réservoirs perpétuels de matières premières ». Les concepteurs de ces différentes Etudes ne comprennent pas que les temps et les époques ont changé, l’Afrique aussi. Ils ne comprennent que, pour reprendre la belle formule du Président Robert Gabriel Mugabe « le Soleil s’est définitivement couché à l’Ouest le jour où les Etats occidentaux ont légalisé l’homosexualité, pendant qu’il se lève à l’Est ».

Il n’est pas inutile de souligner que M. Lionel Zinsou (celui que les réseaux français ont décidé de poster à la tête du Bénin dans les prochains jours), figure parmi les Auteurs du Rapport Védrine et celui d’Attali : tout un programme. Le Cameroun est en ligne de mire dans cette nouvelle stratégie de l’Impérialisme français sur le Continent. Ne pas le reconnaître serait une défaillance et une lacune de la part d’un Ministre du gouvernement camerounais, de surcroît en charge d’un département stratégique qu’est celui de la Culture.

La diplomatie culturelle de la France au Cameroun sera combattu au corps à corps et ce, aux côtés de nos compatriotes anglophones qui, chaque jour qui passe, se voient avaler et disparaître dans le ventre de l’Hydre de la domination culturelle de la France. Après avoir attisé sans succès les conflits armés et les guerres interethniques et/ou confessionnelles en Afrique dans le cadre de la stratégie du chaos, étant en perte de vitesse dans la conquête et le maintien des parts de marchés par ses entreprises, la France utilise une nouvelle stratégie : celle de la Langue française dont l’OIF en est le bras séculier : c’est la diplomatie culturelle. Plus pernicieuse, nocive et plus dangereuse, puisqu’elle touche les âmes, les esprits, et les consciences. Comme des sédiments ou des cristaux qui se déposent au fil des décennies aux fins de formatage mental.

Monsieur le Ministre, la décision prise par Bolloré de construire des Salles de cinéma au Cameroun est un acte politique grave qui, je puis vous l’assurer se heurtera à la volonté populaire des Camerounais. M. Bolloré est un vautour qui rôde autour des dépouilles des Etats africains dans une détresse organisée par les Politiques français. Le Cameroun fait face à une agression culturelle sans précédent de la France; vous n’avez qu’à regarder les multiples sorties de son Ambassadrice au Cameroun, Christine Robinchon, dont on se demande si elle est Ambassadrice de France à Yaoundé ou si elle est devenue membre du gouvernement camerounais. Elle est présente dans tous les journaux télévisés de la TV nationale.

Derrière l’activisme de cette barbouze, se cache la stratégie de faire changer la face et la perception ignoble et hideuse que les Camerounais ont de cet Etat prédateur. Une image qui s’est coagulée dans la conscience collective des Camerounais ». Mais la vieille Ambassadrice oublie qu’entre le peuple camerounais et la France, il existe un contentieux historique imprescriptible  que la construction de Salles de Cinéma à Yaoundé ou à Douala ne pourra jamais effacer. Des Salles de Cinéma où Bolloré et ses forces endogènes pourront projeter des films montrant des hommes s’accouplant avec d’autres hommes, des femmes avec d’autres femmes, des hommes et/ou des femmes faisant l’amour avec des animaux. Cette « Civilisation » là, nous allons la combattre par tous les moyens ; ces futurs lieux de proxénétisme d’homosexualité ne doivent pas naitre sous votre ère.

Monsieur le Ministre, avant même que l’édifice ne soit construit le nom est déjà connu : CANAL OLYMPIA, juste comme l’OLYMPIA DE PARIS; où ? à Yaoundé. Cela doit vous pousser à vous interroger sur les raisons de cette diligente « magnanimité ». Pour l’honneur et la dignité du peuple camerounais, et les générations futures, reportez cette décision de Bolloré. Notre identité culturelle en gagnera. Inscrivez votre passage dans ce ministère dans le sens de l’Histoire.

Armand Roger Biloa Mballe  Pour le SPHINX HEBDO (prochain article : les Anglophones du Cameroun, une espèce en voie d’absorption ?)

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