Lettre ouverte de Marie Odette Lorougnon Gnabry à François Hollande: « il faut libérer Laurent Gbagbo qui, est un otage de la Cpi, écarté de la politique au profit de Monsieur Alassane Ouattara»

Lettre ouverte de Marie Odette Lorougnon Gnabry à François Hollande: « il faut libérer Laurent Gbagbo qui, est un otage de la Cpi, écarté de la politique au profit de Monsieur Alassane Ouattara»

Monsieur le Président,

Le procès de Laurent Gbagbo à la Cpi est une excellente occasion pour vous rappeler à vos responsabilités dont la principale aujourd’hui, pour nous Ivoiriens, est la libération pure et simple du Président Laurent Gbagbo, injustement détenu à la prison de la Haye.

Monsieur le Président, l’objet de ma lettre ouverte, c’est de vous demander de libérer le Président Laurent Gbagbo. Détenu depuis le 28 novembre 2011, à la prison de la Haye au Pays-Bas, Laurent Gbagbo fait l’objet d’une procédure et est poursuivi, selon le procureur de la Cpi, Fatou Bensouda, pour crime de sang, crime contre l’humanité et viols.

Monsieur le Président, vous connaissez les faits. Mais je m’autorise à vous les rappeler à toutes fins utiles. Laurent Gbagbo a accédé au pouvoir d’Etat suite à la présidentielle d’octobre 2000. Deux ans après, le 19 septembre 2002, Soro Guillaume et bien d’autres personnes ont perpétré une tentative de coup d’Etat contre le régime de Laurent Gbagbo. Le coup ayant échoué, les auteurs se constituent en rébellion et coupent le pays en deux.

Monsieur le Président, dans la zone centre nord ouest (CNO) où ils se sont retranchés, les rebelles ont commis des crimes odieux, des massacres collectifs et systématiques. Leurs cibles étaient à priori les agents et fonctionnaires de l’Etat ainsi que les hommes d’affaires et autres qui ne sont pas originaires du nord.

1● Monsieur le Président, parmi les victimes, les gendarmes égorgés ont été enterrés dans des fosses communes. Contre les populations civiles dans les zones de siège des rebelles, les exactions des hommes de Soro Guillaume sont inédites : exécutions sommaires de mères et pères de familles devant leurs enfants et parents, viols de femmes adultes, mutilations et viols sacrificiels de jeunes filles par plusieurs combattants en quête de pouvoirs mystiques. Egorgement de femmes enceintes sous forme de rites sacrificiels, égorgement de bébés de quelques heures (l’exemple de Petit-Duékoué et Guitrozon où un bébé d’un jour a été égorgé et brûlé)…

Monsieur le Président, dans leur guerre contre la Côte d’Ivoire, les terroristes locaux ont perpétré des exactions qui défient l’entendement humain contre les populations civiles elles-mêmes, mais aussi contre les structures et autres démembrements de l’Etat.

Ainsi, ils ont détruit et pillé les centres de santé, les hôpitaux, les écoles, les locaux de l’état civil, les commissariats, les gendarmeries, les casernes militaires, les tribunaux, les agences de la Bceao…. privant ainsi les populations de l’encadrement de l’Etat.
Monsieur le Président,

C’est ce pays confronté à la violente rébellion de 2002, que Laurent Gbagbo a gouverné pendant 10 ans. Son malheur, c’est que la France de Jacques Chirac, puis celle de Nicolas Sarkozy était aux côtés des terroristes. C’est cette France qui a contribué à former et armer les rebelles à partir du Burkina Fasso de Blaise Compaoré. A la recherche de la paix, Laurent Gbagbo qui a opté pour une solution négociée est passé par beaucoup de pays, y compris la France.

2● Monsieur le Président,

Laurent Gbagbo a même initié de son propre chef le dialogue direct, dont le facilitateur était Blaise Compaoré. Et c’est en espérant que la présidentielle consacrerait la sortie définitive de notre pays de la guerre qu’il a accepté d’organiser la présidentielle en 2010, dans un pays coupé en deux, avec des rebelles en armes. De bonne foi, le Président Laurent Gbagbo a même autorisé, en espérant que cela mette fin à la guerre, les candidatures exceptionnelles d’Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié inéligibles constitutionnellement, respectivement pour nationalité douteuse et pour atteinte de limite d’âge.

Hélas ! La rébellion ne l’a pas entendu de cette oreille. Elle prit l’option de la guerre lorsque survient un contentieux qui pouvait se régler par le recomptage des voix. Comme le propose aujourd’hui encore le Président Laurent Gbagbo.

Monsieur le Président, c’est alors que la France, jusque-là tapie dans l’ombre pendant qu’elle aidait les rebelles, s’aligne à visage découvert sur la proposition la plus extrême, c’est-à-dire l’option de la guerre. Sans déclaration, la France de Nicolas Sarkozy entre en guerre contre la Côte d’Ivoire pour le compte de la rébellion. Pendant 10 jours, du 1er au 11 avril 2011, les soldats français, sous les ordres de M. Sarkozy, bombardent la résidence du Président de la République d’alors, Laurent Gbagbo. Au terme de cette croisade, de cette agression unilatérale et inédite, les soldats français livrent le chef de l’Etat ivoirien à la rébellion, aujourd’hui au pouvoir en Côte d’Ivoire.

Paradoxe des paradoxes Monsieur le Président, les terroristes qui ont attaqué le pays, qui ont préféré l’option de la guerre au recomptage des voix, et qui ont exacerbé un contentieux électoral pour le transformer en une guerre civile sont eux, en liberté, jouissant d’une impunité totale. Et Laurent Gbagbo dont le régime a été agressé est depuis le 28 novembre 2011, à la Cpi. Alors qu’une enquête initiée par le pouvoir issu de la rébellion établit les responsabilités dans les deux camps.

3● Monsieur le Président, aujourd’hui, le monde entier voit à quel point vous mobilisez les moyens de l’Etat français contre les terroristes qui attaquent la France. Cela se voit dans la guerre que vous livrez aux terroristes, vous ne ménagez aucun moyen. En septembre 2002, Laurent Gbagbo, chef de l’Etat face à la rébellion n’a pas fait autant que vous. Pendant dix années, il a privilégié plutôt la solution négociée de la crise ivoirienne.

Dans cette perspective, il a gouverné pendant les dix années de crise avec les terroristes qui ont porté le glaive dans le sein de la mère patrie. Pour preuve, c’est le chef de la rébellion, Monsieur Soro Guillaume, qui était le Premier ministre pendant que se préparait et se tenait l’élection présidentielle de 2010.

Monsieur le Président, je viens donc vous demander de libérer le président Laurent Gbagbo. Pour au moins trois raisons :
D’abord parce que, comme vous l’observez, le Président Laurent Gbagbo n’a pas fait autant que vous, quand les terroristes venus de la sous-région, avec à leur tête quelques ivoiriens ont attaqué la Côte d’Ivoire. Il a opté pour une solution négociée ;

Ensuite parce qu’en demandant à la France de déporter Laurent Gbagbo à la Haye, le chef de l’Etat ivoirien, Monsieur Alassane Ouattara a indiqué que « le transfert de Laurent Gbagbo à la CPI faciliterait la réconciliation ». Or la réconciliation n’a pu être possible depuis cinq ans. Au surplus, de l’avis des observateurs de la vie politique de la Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo est incontournable dans le processus de réconciliation nationale.

Enfin, parce que la Cpi ne fait pas du droit. Sinon, au terme de quatre années de procédures infructueuses pour défaut de preuves, la Cpi aurait du mettre Laurent Gbagbo en liberté depuis longtemps.

4● Oui, Monsieur le Président, il faut libérer Laurent Gbagbo qui, finalement est un otage de la Cpi, écarté de la politique au profit de Monsieur Alassane Ouattara. Oui Monsieur le Président, il faut libérer Laurent Gbagbo parce que c’est votre prédécesseur, Monsieur Nicolas Sarkozy, qui l’a fait envoyer la Haye. Oui Monsieur le Président, seul vous, Président français pouvez défaire ce qu’un autre président français a noué.
Je vous remercie.

Honorable Marie-Odette Lorougnon

Ancien Député de la Commune d’Abidjan Attécoubé

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