L’Histoire en danger ! (Par Germain Séhoué)

L’Histoire en danger ! (Par Germain Séhoué)

Il avait promis. Etonner le monde. Alassane Ouattara ne s’y dérobe pas. Le voilà dans l’action. Tout nier. Tout falsifier. Même l’Histoire.

L’Histoire en tant que mémoire de nos actes. Et par ricochet l’Histoire en tant que science que nous étudions à l’Ecole. Ce qui a existé ne doit plus rafraichir nos consciences. Parce que des acteurs de nos drames ont la conscience chargée. La nouvelle loi arrive. Comme l’épée de Damoclès. Elle vise le journaliste. Le journaliste, cet historien du présent. Il ne pourra plus rappeler à nos mémoires des faits réels, passés il y a plus de dix (10) ans. Il ne devra plus évoquer, dans un rappel pédagogique, un fait, un crime amnistié. Pourquoi ? Parce que la rébellion dont procède ce pouvoir, a éclaté il y a maintenant plus de dix ans : 2002. 2002-2017.

Cela fait 15 ans que la conscience des acteurs de cette rébellion est matraquée, traumatisée par nos rappels : Le Mpci. Les Forces nouvelles… Leurs crimes de sang. Leurs crimes économiques. Leurs viols. Leurs vols et pillages. Les peines et traumatismes qu’ils ont fait subir à la Côte d’Ivoire et à son peuple. Tout cela pèse sur leur conscience chaque fois que nous le rappelons. Or, ils veulent se faire blancs, en s’offrant une virginité que se taillent des nouveaux riches.

Leur rappeler d’où ils viennent et comment ils sont arrivés, est un supplice. Ils ne peuvent plus le supporter. Il faut alors recourir au moyen de la loi. Tout nier. Tout falsifier. Nous museler avec le spectre de la prison et de l’amande dissuasive. Pourtant, la formule consacrée est « L’Histoire nous enseigne que… » Mais si l’Histoire ne devrait plus enseigner personne, si les faits passés ne doivent plus éclairer la description des dictatures et autres drames de l’heure, à quoi servirait la mémoire ?

L’Histoire, selon Le Grand Robert, est la « Connaissance ou relation des événements du passé, des faits relatifs à l’évolution de l’humanité, d’un groupe social, d’une activité humaine, etc., et qui sont dignes ou jugés dignes de mémoire; événements, faits ainsi relatés ». Des faits d’il y a dix ans, quinze ans, vingt ans, sont de l’Histoire récente. Même de l’Histoire contemporaine. Les livres d’histoire et les historiens, qui nous rappellent les événements tragiques de la première et la seconde guerre mondiales, ne le font pas pour nous inciter à prendre les armes pour nous entretuer. Mais pour nous faire prendre conscience de notre responsabilité à tourner le dos à la violence politique. Où irait un peuple sans un regard lucide sur son histoire matérielle et politique ?

C’est grâce à l’observation des civilisations, de leur basculement dans un sens ou dans un autre, de leurs diverses relations, que nous pouvons mieux nous humaniser. Au Mémorial des Martyrs de la résistance à Lyon, est inscrite la maxime suivante : « L’homme qui ne connait pas son histoire se condamne à la revivre ». En clair, c’est grâce à la lumière de l’Histoire qu’on apprend. Surtout qu’on ne reproduise pas les erreurs de nos « ancêtres ». Mais au regard de la nouvelle loi sur la presse, notamment, « l’article 99 de la loi qui dit qu’un journaliste peut être accusé de diffamation si les faits dont il parle, mêmes vrais, se rapportent à la vie privée, à une affaire vieille de plus de dix ans ou est relatif à un fait amnistié», on se rend compte que le pouvoir Ouattara veut donner aux Ivoiriens une mémoire courte.

Une mémoire qui n’aille pas au-delà de dix ans et qui ne se souvienne plus d’un fait parce que ce fait serait amnistié. Or, l’amnistie n’a pas pour vocation d’effacer la mémoire, mais n’annuler les peines. Oublier étant bien différent de pardonner. C’est pourquoi l’Histoire est en danger avec la nouvelle loi sur la presse en Côte d’Ivoire.

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

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