Libération de Gbagbo : La CPI veut statuer sur la requête des Avocats internationaux

Libération de Gbagbo : La CPI veut statuer sur la requête des Avocats internationaux

L’équipe de défense du président Laurent Gbagbo a poursuivi l’interrogatoire du dernier témoin de Fatou Bensouda, ce vendredi 19 janvier 2018.

Pr Etté Hélène Yapo a expliqué d’entrée à la cour comment s’effectue un examen externe d’un corps. « Pendant l’examen, si on retrouve des objets ou des fragments métalliques, on les prélève et on les met dans un poudrier pour les remettre à la police scientifique chargée de faire l’examen balistique. Le résultat ne nous est pas communiqué par la police. Bien que la réquisition du procureur de la république nous permet d’obtenir ces résultats, je ne les ai pas obtenus de la police », explique le témoin du procureur. Elle confirme que la majorité des corps était en état de putréfaction très avancé. Ce qui n’a pas permis de réaliser des échantillons biologiques. « Oui, c’est correct pour ce qui concerne les tissus mous », asserte la légiste à une question de Jennifer Naouri, qui voulait confirmation de ses dires pendant les assises à Abidjan. Au cours desquelles elle a soutenu : « Nous n’avons pas prélevé des échantillons biologiques car les corps étaient en état de putréfaction ».

La défense de Gbagbo revient sur les 65 examens effectués en un seul jour le 5 juillet 2011 par le témoin. Selon Maître Naouri, ce nombre est inférieur à la réalité. « Selon nos informations, c’est environ 147 examens externes que vous avez effectués le jour du 5 juillet 2011 », a-t-elle relevé. Demandant à la cour de permettre au témoin d’authentifier le document qui le prouve. Vu que sa signature y est marquée. « C’est tout à fait possible puisqu’on se rendait dans les morgues. Donc on perdait moins de temps. Pour trois médecins qui examinaient un corps dans une grande salle, c’est possible. Nous savons quel temps nous avons passé sur chaque corps», se défend professeur Etté Yapo. Une réponse qui ne convainc pas la défense de Gbagbo. Au point que le juge-président s’en aperçoive. « Mme Naouri, Nous avons bien compris que vous ne croyez pas à ce qui est écrit sur ce rapport. Veuillez donc poursuivre l’interrogatoire », a mentionné Cuno Tarfusser.

Concernant les autopsies, le témoin explique qu’en 2011 : « Nous n’avons pas effectué de prélèvements Adn pour déterminer le sexe des victimes ». Pr Etté ajoute également que l’âge des corps a « été établi uniquement pour les cas de corps identifiés. Nous avons relevé l’âge au moment où nous recevions les familles pour les personnes identifiées. Ce n’est donc pas sur la base des examens médico-légaux que l’âge a été déterminé ». C’est pareil pour la détermination de l’ethnie et de la nationalité des corps. « Cela faisait partie des informations données par les familles que nous recevions pour l’identification. Nous avons obtenu ces informations à partir des familles. Nous avons eu l’honnêteté de le dire dans le rapport. Quand nous avons posé des questions, nous avons obtenu des réponses des familles. Donc, si elles sont fausses ou pas, ça ne sera pas de notre fait », s’en lave-t-elle les mains.

Pr Etté poursuit cet argumentaire dans le cas de la détermination des dates de décès. «Les dates de décès ont été obtenus à partir du dossier morgue. Nous n’avons pas procédé à des examens pour retrouver les dates de décès. Nous n’avons fait que des constatations externes en ce moment-là. Lors des autopsies, il ne nous a pas été demandé également de déterminer les dates de décès des cadavres », souligne le témoin. Poursuivant pour noter que « la médecine légale seule, ne peut pas apporter des informations sur les circonstances d’un décès », le témoin de Bensouda tient à dire que : « En médecine légale, nous n’indiquons pas la cause du décès ».

Pr Etté explique à la cour que les corps ont été identifiés par les familles des victimes. « L’identification des corps n’a pas été faite par nous », précise le professeur. Son rapport circonstancié n’est pas estampillé de sa signature et d’un tampon. « Je ne l’ai pas tamponné et signé parce que c’était une partie du travail qui a été fait. Mais je n’ai pas complété par la suite mon rapport », indique le témoin. Dans ce rapport, elle indique que sur le corps exhumé d’une victime : « Un certain nombre de blessures était visible. Aucune d’elles n’était provoquée par des tirs ou des explosifs». Ce corps n’a pas également été identifié par le professeur Etté. Me Knoops qui a pris le relais pour le compte de la défense de Blé Goudé demande au témoin de faire la différence entre un tir d’une arme de gros de calibre et celle de petit calibre. « Moi, j’étudie le résultat sur le corps et non le fusil ou la munition », rétorque Pr Etté Hélène. Soulignant qu’elle a parlé dans son rapport de projectiles d’armes à feu et non de type d’armes à feu.

Maître Knoops demande sur quelle base a-t-elle écrit que 373 corps sur les 789 examinés avaient des plaies causées par armes à feu. « Cela repose sur nos propres constatations. Je ne peux pas demander à la police de venir étayer nos constats. Surtout que ce n’est pas sur tous les corps qu’on a pu retrouver quelque chose », répond le témoin. Avant de se confondre en disant : « Une expertise balistique serait nécessaire pour donner la nature d’un fragment métallique retrouvé sur un corps». Maître N’Dry qui poursuit l’interrogatoire, veut savoir comment le témoin a pu classer les victimes selon leurs communes. « Je me suis basé sur les informations tirées du dossier morgue et également des familles », mentionne le dernier témoin de l’Accusation.

« Comment avez-vous pu dire que des victimes étaient des civils pour ceux qui n’avaient pas de Cni ou de cartes professionnelles sur eux », interroge l’avocat de Blé Goudé. Et le témoin de s’en laver à nouveau les mains : « Il y a quand même un grand nombre d’inconnus que nous n’avons pas rapporté. Les statistiques que nous avons mentionnées dans le rapport ont été faites sur le groupe de personnes connues. Sinon, il y avait un fort taux de personnes inconnues », révèle le témoin. Qui dit s’être basée sur les informations des familles pour identifier les cadavres.

Mcdonald : « Nous sommes saisis d’une affaire concernant le massacre de Duekoué »

Après avoir montré une vidéo du massacre de Duekoué, l’avocat de Blé Goudé veut savoir si les corps des victimes au nombre de 200 selon l’élément vidéo, ont été examinés par le témoin. Une question qui fait réagir Eric Mcdonald, l’adjoint de Fatou Bensouda. «Duekoué est au nord-ouest d’Abidjan. Il y a une enquête Côte d’Ivoire 2 qui est en cours. Nous sommes saisis d’une autre affaire ici», a-t-il avoué à son corps défendant. Une sortie que n’apprécie pas le juge-président. «Ca ne tient pas la route», a souligné Cuno Tarfusser. Le témoin explique que les corps de Duekoué sont inscrits dans une autre mission. «Les corps de Duekoué relèvent d’une autre mission qui a été entamée et qui est encore en cours», répond Pr Etté Yapo Hélène.

Le juge-président annonce que la Chambre statuera sur la requête des avocats internationaux

Le juge-président a soutenu qu’au retour de la pause de l’après-midi, la Chambre statuerait sur la requête amicus curiae, déposé par des avocats internationaux demandant l’annulation de la procédure en cours contre Laurent Gbagbo et Blé Goudé devant la Cpi. L’Accusation et la représentante légale des victimes ont demandé le rejet par la cour de cet amicus curiae de l’Association des avocats et démocrates sans frontières (Adsf). Parce que selon eux, ceux qui l’ont déposé ne prouvent pas le sujet brûlant en suspens devant la Chambre et qu’ils ne sont pas indépendants. Surtout qu’ils n’ont pas à se substituer aux équipes de défense. «Jusqu’à présent M. Laurent Gbagbo est très bien représenté», a soutenu Mcdonald.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les deux équipes de défense ont dit s’en remettre à la décision du juge-président au sujet de cette requête. Qu’ils n’ont pas trouvée appropriée à cette étape de la procédure. «Pour une fois, je constate une unanimité entre les parties. Tout compte fait, ma décision sera rendue en temps voulu », s’est étonné le juge-président. Qui a suspendu l’audience sans donner de date précise de reprise. «C’était le dernier témoin de l’Accusation. La représentante légale des victimes a dit qu’elle n’appellerait pas de témoins mais qu’elle présentera des documents. Pour la suite de la procédure, nous allons vous communiquer cela par décision en temps voulu. On va suspendre l’audience et vous aurez des nouvelles. Vous aurez notre décision pour la suite du procès», a conclu Cuno Tarfusser.

FT

Source: letempsinfos.com

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