L’Indonésie: un Eldorado pour les footballeurs africains ?

L’Indonésie: un Eldorado pour les footballeurs africains ?

L’Indonésie regorge de possibilités pour les joueurs de football étrangers en fin de carrière. L’archipel compte de nombreux clubs qui attirent tant pour l’expérience que les salaires. Un vrai Eldorado pour qui veut tenter sa chance.

Jules Onana, ancien footballeur ayant participé à la Coupe du monde de football de 1990, sous les couleurs du Cameroun, s’est expatrié en Indonésie il y a déjà 18 ans. Après avoir joué en club ici, il a passé sa licence FIFA pour devenir agent. Depuis, il s’occupe de footballeurs étrangers, et principalement africains, qui cherchent à poursuivre leur carrière plutôt que d’y mettre fin prématurément.

Il explique que le profil idéal pour venir jouer ici, c’est celui d’un joueur âgé entre 27 et 32 ans, qui a déjà « roulé sa bosse » et qui peut apporter son vécu pour aider les joueurs locaux à progresser. Pourquoi si tard ? Pourquoi ne pas venir quand on est dans la force de l’âge ? L’Europe est le Graal du footballeur : jeu de très haut niveau, salaires qui suivent, c’est sur le papier comme dans la réalité bien plus alléchant que n’importe où ailleurs. « Mais pour ces footballeurs là, l’Europe c’est fini ».

Parfait Ebang, un ancien joueur gabonais, s’est installé en Indonésie en 1997. « Au départ, ça devait être un tremplin pour aller en Europe. Puis ça payait bien et je me suis dit, je vais continuer ici ». Il explique qu’après des années à jouer au Gabon, attendant d’être repéré, il s’est lassé. « ‘On va venir te chercher’, ils me disaient au pays. Tous des menteurs. J’ai attendu 7 ans ! Et je voulais vraiment jouer au niveau professionnel. En Afrique, ce n’est pas possible ».

Jouer en Indonésie et ouvrir un business en Afrique

Depuis qu’il a arrêté de jouer, il est devenu entraîneur. « Des entraineurs qualifiés en Afrique, il n’y en a pas, surtout pour les jeunes qui débutent. J’ai une envie, quand je rentrerai, j’irai dans ce sens et je vais aider. S’ils veulent écouter… ».

L’avantage majeur avec l’Indonésie, selon lui, c’est qu’en signant dans un club local, on peut gagner suffisamment d’argent. « En Afrique tu gagnes rien. En cinq ans ici, tu peux avoir assez pour ouvrir un business en rentrant au pays. Et en Europe, passé 30 ans, ta valeur marchande chute considérablement, car tu es trop vieux ou trop fatigué, alors qu’en Indonésie tu peux gratter cinq, six ans de plus ! ».

Aimé Boman, un footballeur professionnel de 24 ans, a déjà été dans plusieurs pays après avoir quitté sa Côte d’Ivoire natale. Il est arrivé en Indonésie il y a six mois et évolue dans le club de Makassar, sur l’île de Sulawesi (Célèbes). « Comme tout joueur, d’abord tu ne rêves pas de l’Asie. Et j’ai eu la chance de croiser des entraîneurs d’Europe, mais à chaque fois, c’était des promesses, rien de concret. Quand on m’a parlé de l’Indonésie, j’ai tiqué. ‘C’est où ça ?’ Mais au moins, il y avait du concret ».

Pour lui, jouer ici va lui permettre de gagner en expérience, en jeu, c’est un tremplin avant de jouer « dans la cour des grands ». Il explique qu’il ne se plaint pas, les Indonésiens aiment apprendre. « Tu es l’homme à tout faire, je joue à pas mal de postes différents. Il faut toujours donner le meilleur de soi même, pour rester au meilleur niveau possible ». Il rêve toujours d’un jour aller en Europe. « J’irai, un jour j’irai, je sais que j’y arriverai ».

Devenir une star du ballon en peu de temps

Jules Onana explique que c’est encore possible dans son cas. C’est ce qui s’est passé pour Christian Bekamenga. Camerounais d’origine, il est venu en Indonésie après avoir joué en Malaisie, participé aux JO de Pékin, puis il a signé à Nantes, Orléans et il est maintenant à Laval. « C’est rare, mais ça arrive, c’est une question de talent ».

Aimé Boman à Jakarta en juillet 2014 LIndonésie: un Eldorado pour les footballeurs africains ?

Aimé Boman à Jakarta, en juillet 2014

 

Mais en général poursuit-il, pour les jeunes, ce n’est pas recommandé de venir ici car s’ils ne sont pas habitués, c’est plus difficile de s’adapter. « Les déplacements sont durs, rien n’est structuré, un jeune sera très mal ici car s’il n’a pas le mental et s’il n’est pas fort, on va le bouder ».

Pour certains joueurs ayant évolué en Europe, la perspective laisse cependant perplexe. « J’avais proposé à un joueur de venir une fois l’Europe terminée. Quand je lui ai parlé du salaire, il m’a dit ‘tu es sérieux ?’. C’est sûr que ce n’est pas comme en Europe, mais rapporté au niveau de vie ici, ce n’est vraiment pas négligeable ».

A l’époque où Jules Onana et Parfait Ebang sont arrivés, les clubs étaient sponsorisés par l’Etat, il y a avait donc un peu plus d’argent. Mais à cause de soupçons de corruption, cela a changé. Les clubs doivent aujourd’hui trouver leurs propres sponsors. Et la transparence est le mot d’ordre auprès de tous.

Les étrangers qui viennent jouer en Indonésie deviennent presque instantanément des stars. Les supporters indonésiens les adulent, la passion pour le jeu dans l’archipel n’a pas de limite. « Il n’y a qu’à voir un stade ici, c’est de la folie ! » disent les anciens joueurs.

Alors tantôt pour venir relancer sa carrière, ce qui serait impensable en Europe, tantôt pour progresser, l’Indonésie est une terre promise footballistique.

Par Cléa Broadhurst

Source: RFI

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La réussite d’un footballeur africain en Indonésie

 

L’Indonésie, qui vient de se rendre aux urnes pour élire son nouveau président, est un pays qui connait un développement croissant dans de nombreux domaines, dont celui du football. Arrivé il y a 18 ans dans l’archipel indonésien, pour y terminer sa carrière de joueur, l’international camerounais Jules-Denis Onana y a également réalisé une brillante reconversion.

RFI : Pourquoi donc l’Indonésie ?

Jules-Denis Onana : Je suis arrivé en novembre 1996, dans le sillage de mes coéquipiers de la sélection nationale du Cameroun, Emmanuel Maboang Kessack, Roger Milla et Louis-Paul Mfede, qui y avaient déjà passé une année. La fédération indonésienne, la PSSI, aidait les clubs à se renforcer et j’ai été affecté au club de Persma Manado avec Ebongue Ernest (Coupe du monde 82) et Fiala Jean-Pierre (Coupe du monde 94).

Dans quelles conditions s’est déroulée votre intégration dans ce pays ?

Je me suis vite adapté en apprenant très vite la langue, et je crois que mon esprit de leadership leur a plu, car je suis devenu capitaine et entraineur-joueur par la suite, j’ai passe cinq années au club, alors que la plupart des joueurs ne passaient qu’une année dans les différents clubs indonésiens.

Que retenez-vous de votre carrière de joueur en Indonésie ?

J’ai joué huit saisons, dont quatre saisons et demie Manado, une demi-saison à Jepara, trois saisons a Pelita KS Cilegon. Pas de titre majeur, mais j’ai eu le privilège de découvrir et d’aider de jeunes joueurs qui ont été par la suite régulièrement appelés en équipe nationale pendant quelques années, par exemple Firman Utina (A), Jendry Pitoy (A) et Kurnia Meiga (-23).

Au terme de votre carrière de joueur, quelles raisons vous ont incité à rester en Indonésie ?

Après mes saisons à Pelita, ancien club de Roger Milla, Mario Kempes, Maboang Kessack, Jang Sunday, je devais rejoindre le staff technique de l’équipe, mais la direction a déplacé la base du club et a changé de politique. La fédération indonésienne (PSSI) m’ a alors contacté pour assumer un rôle de « représentant des joueurs africains », pour combler le vide laissé par Maboang Kessack, qui était reparti au Portugal. Il fallait aider les nouveaux joueurs à franchir la barrière de la langue et les aider à s’intégrer rapidement, car la fédération avait laissé aux clubs la latitude de recruter eux-mêmes leurs joueurs étrangers.

Jules Denis Onana à Jakarta en juillet 2014 LIndonésie: un Eldorado pour les footballeurs africains ?

Jules-Denis Onana, à Jakarta, en juillet 2014

Par la suite, pour être en conformité avec les règlements FIFA, la PSSI m’a demandé de passer le concours des agents FIFA en 2008. Avec cette nouvelle perspective de carrière, je suis donc resté en Indonésie. J’ai ouvert une première société, en 2005, exclusivement pour gérer les activités d’agent de joueur, et une autre en 2013 pour diversifier mes activités, notamment vers le merchandising sportif avec la marque que j’ai développé, Invictus.

Vous avez également regardé du côté du coaching…

Oui, je me suis occupé à Jakarta de Arsenal Soccer School, qui est une franchise du club londonien, pendant 6 ans de 2007 à 2013, et à différents titres : conseiller, coach, national head coach… Puis, j’ai ouvert ma propre école de foot, The Onana Elite Football School, en octobre 2013. J’organise des stages de pré-saison en Indonésie pour des équipes étrangères, des matches amicaux internationaux au niveau des clubs, en étroite collaboration avec la fédération et la Ligue de football indonésienne. Ma nouvelle compagnie dont le siège est à Jakarta, PT Onana Sepakbola Dunia, englobe toutes ces activités. 

Ces projets, vous pourriez aussi les développer au Cameroun ?

Je pense rentrer au Cameroun, pour engager des activités similaires, mais en ayant toujours un pied en Indonésie. Le football indonésien se développe et a besoin de partenaires. Je travaille avec la fédération indonésienne et le ministère des Sports dans cette optique, en espérant pouvoir mieux développer le football des jeunes.

Qu’est-ce qui vous a incité à franchir le cap et à ouvrir votre propre école de foot ?

J’ai créé OEFS pour combler un vide. Pendant mes dernières années à Arsenal Soccer School, les parents et les élèves me rencontraient de plus en plus pour leur donner un coup de pouce vers le football professionnels. Malheureusement, les joueurs n’étaient pas assez armés pour passer professionnel au sortir de cette école de foot. La vocation d’Arsenal Soccer School n’étant pas de former de futurs pros, il fallait que je crée une structure viable.

OEFS travaille avec une association locale, LSM Padma, qui s’occupe de jeunes défavorisés et leur permet de poursuivre des études primaires et secondaires. L’association me confie donc ses jeunes qui s’entrainent gratuitement dans ma structure. Avec un staff technique composé pour la plupart d’anciens joueurs professionnels reconvertis dans l’entrainement que j’emploie, nous leur assurons un entrainement de qualité adapté aux différentes catégories, U-12, U-14, U-16, U-18.

Cet aspect caritatif vous tenait déjà à cœur avant de créer votre école…

Oui, lors de mon passage à Arsenal, j’ai travaillé avec plusieurs sponsors pour détecter et entraîner certains jeunes et leur permettre de vivre une part de leur rêve. J’ai également participé à différents programmes avec des entreprises indonésiennes filiales de grands groupes internationaux, comme Biskuat (Kraft), Lifebuoy (Unilever) ou Astro (TV câblée) qui ont permis de faire de la prospection en Indonésie pendant des années. De nombreux jeunes ont appris à aimer le football et certains sont devenus pros en Indonésie. Nous avons aidé ces jeunes à saisir leur chance. A titre personnel, j’ai aussi effectué des dons de matériel pour le bénéfice de mon ancien club au Cameroun, le Canon de Yaoundé, ainsi qu’à l’opérateur Camtel pour le jubilé de Omam et Kana Byick. J’ai aussi offert des tenues de ma marque Invictus au club indonésien PSSB Bereun.

Gardez-vous un souvenir particulier de votre carrière de joueur en Indonésie ?

Un souvenir qui me fait sourire est celui du petit Firman Utina, qui aujourd’hui a 33 ans, mais que j’ai découvert quand j’étais entraineur-joueur à Manado. Il avait 15 ans à l’époque et venait régulièrement chez moi, et un jour il m’a demandé de lui donner mes vieilles chaussures de foot. Je lui ai proposé de lui en acheter des neuves à sa pointure (39), mais il a insisté pour avoir les miennes (pointures 42). Je pensais qu’il voulait les simplement les garder, mais je fus plutôt surpris qu’il les porte pour jouer ! Il avait fait couper et recoudre le bout des chaussures pour les mettre à sa pointure. Il était tout fier de porter mes chaussures. Firman est devenu international par la suite et même capitaine de l’équipe d’Indonésie. Il est encore fier de raconter cette histoire à chaque occasion.

Comment avez-vous vécu la Coupe du monde au Brésil avec le triste parcours des Lions, qui s’est terminé par une enquête de la Fécafoot sur des soupçons de corruption chez 7 joueurs…

J’ai été consultant sur la chaîne indonésienne privée ANTV pendant ce mondial. Le spectacle offert par les Lions indomptables a été une rude épreuve. Triste de voir ce spectacle et de devoir trouver des explications pour le public indonésien, qui a connu un autre visage du foot camerounais, avec les nombreux bons joueurs camerounais qui ont animé ou continuent d’animer le championnat indonésien. Une enquête a été ouverte, j’espère que toute la lumière sera faite. Le ministre des Sports du Cameroun a déjà été entendu au Parlement.

Le grand mal du football camerounais est de ne plus creuser dans son vivier, faute d’avoir développé ses joueurs, ses clubs, ses infrastructures. La gestion de l’équipe A souffre également d’amateurisme et manque de leadership. Beaucoup de ceux qui parlent au nom des anciens footballers se sont eux-mêmes compromis et ne sont plus crédibles. Il faut pourtant que le football soit géré par des footballeurs, entraineurs et administrateurs.

► Jules-Denis Onana, défenseur central (stoppeur)

Clubs
1985-1987 : Dragon Yaounde. Cameroun
1987-1988 : Santos Yaounde. Cameroun
1988-1993 : Canon Yaounde. Cameroun
1993-1995 : Aigle de Nkongsamba. Cameroun
1995-1996 : Toulouse Blagnac FC. France
1996-2001 : Persma Manado. Indonésie
2001-2002 : Persijap Jepara. Indonésie
2002-2005 : Pelita Krakatau Steel. Indonésie

Sélections
• 1984-1985 : U-18 Equipe nationale
• 1987-1988 : U-21 Equipe nationale
• 1988-1995 : 56 sélections en équipe nationale senior

Source: RFI

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