L’inexorable déclin de la note française: Moody’s dégraderait de nouveau la France

L’inexorable déclin de la note française: Moody’s dégraderait de nouveau la France

Depuis janvier 2012, les annonces de dégradation des principales agences de notation se multiplient. Un effritement lent mais continu.

La France s’apprête-t-elle à subir une nouvelle dégradation de sa note souveraine ? Selon le quotidien bi-média payant L‘Opinion, c’est certain. L’agence américaine de notation Moody’s, qui a une fenêtre de tir pour le faire vendredi, en aurait déjà informé, dès jeudi, le gouvernement français, comme le lui imposent les règles de l’Union européenne. À quelques heures de la conférence de presse de François Hollande, l’information était pourtant démentie formellement au plus haut sommet de l’État.

Vendredi matin, le ministre des Finances a annoncé dans un communiqué qu’il avait demandé l’ouverture d’une enquête de l’Autorité des marchés financiers sur une “information erronée”. “Je demande à l’Autorité des marchés financiers d’examiner avec précision les fausses allégations du journal L’Opinion. Cette pratique est non seulement éthiquement répréhensible ; elle pose aussi dans le cas d’espèce un problème au regard du bon fonctionnement des marchés financiers”, a détaillé Michel Sapin.

Moodys dégraderait de nouveau la France Linexorable déclin de la note française: Moodys dégraderait de nouveau la France

Quoi qu’il en soit, Moody’s a bien l’occasion vendredi de réviser la note française après la clôture de la bourse parisienne. Une nouvelle dégradation de la France viendrait s’inscrire dans la longue série d’avertissements des trois grandes agences de notation depuis le début de la crise. Moody’s avait dégainé en second, le 19 novembre 2012, quelques mois après Standard & Poors (12 janvier 2012, pendant le mandat de Nicolas Sarkozy) et avant Fitch, en juillet 2013. Depuis, S&P en a remis une couche en dégradant d’un deuxième cran l’Hexagone dès novembre 2013 (perspective stable).

L’amélioration de la compétitivité en question

En revanche, la France bénéficiait toujours auprès de Moody’s de la seconde meilleure note possible, Aa1, mais assortie d’une perspective négative. Ce qui signifiait clairement qu’elle risquait de chuter une nouvelle fois. En janvier 2014, l’agence avait livré une nouvelle fois son analyse de la situation, tout en maintenant provisoirement le rang de la France. Dans son communiqué, ses analystes expliquaient que leur décision d’assortir leur note d’une “perspective négative” était liée a deux facteurs. D’abord à l’évolution de la compétitivité française et ensuite, à l’évolution de la situation budgétaire du pays, dont la dette publique atteignait 93,5 % du PIB fin 2013.

Si François Hollande a estimé la semaine dernière, sur la base d’un classement international (celui du Forum économique mondial), que “nous avons cassé la spirale infernale de la dégradation de l’économie française et que nous avons maintenant engagé la marche en avant”, la situation des finances publiques s’est en revanche dégradée.

Avec ses 41 milliards de baisse de charges et d’impôts, le pacte de responsabilité devrait sans doute aider au redressement des marges des entreprises, mais il limite aussi indéniablement les marges de manoeuvre budgétaires. En août, Moody’s expliquait aux investisseurs que “le risque lié à la mise en oeuvre de ce programme est (…) significatif du fait de son ampleur sans précédent, des contours encore imprécis d’un grand nombre de mesures, des tensions politiques ambiantes et de la fragilité de la croissance économique”. Et le 18 août, elle enfonçait le clou en précisant que les objectifs de réduction du déficit ne seraient pas atteints.

La France conserve des atouts dans sa manche

Une prédiction qui s’est révélée juste. À la veille de la présentation du budget 2015, le ministre des Finances, Michel Sapin, a annoncé le 10 septembre que la France serait incapable de ramener son déficit public sous les 3 % de PIB, comme promis à ses partenaires européens. Pour ne pas risquer d’étouffer encore un peu plus l’activité, cet engagement est même renvoyé à 2017, alors que François Hollande s’était initialement engagé à le tenir pour… fin 2013. En cause, notamment, la faiblesse de la croissance et de l’inflation qui pèsent à la fois sur les recettes, mais aussi sur les dépenses. Résultat, le déficit 2014 devrait être supérieur au déficit 2013 (4,4 % du PIB) avant d’à peine refluer en 215, à 4,3 %. De mauvais résultats qui vont faire s’envoler la dette vers la barre symbolique des 100 % du PIB.

Même si la note de la France était effectivement abaissée une seconde fois par Moody’s, elle resterait tout de même relativement élevée. Parmi les points forts de l’Hexagone relevés par Moody’s, figurent notamment la diversification de l’économie française (services et base industrielle encore conséquente), son haut niveau d’épargne et sa capacité à emprunter à des taux bas sur les marchés financiers, en tant qu’émetteur de référence de la zone euro. Autant de facteurs qui rendent parfaitement soutenable le haut niveau de dette publique. En d’autres termes, la France a les revenus suffisants pour faire face au paiement des intérêts, encore limités à 5 % du PIB. Autant d’atouts qui devraient protéger la France contre un mouvement de défiance violent sur les marchés, mais qui ne peuvent masquer l’affaiblissement continu de l’économie française.

Par Marc Vignaud

Source: Le Point.fr

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