L’Irak pousse Obama dans le piège iranien

L’Irak pousse Obama dans le piège iranien

La crainte de voir les djihadistes créer un califat islamique, future base arrière du terrorisme, amène les États-Unis à perdre la mémoire sur l’Iran.

La prise par les insurgés sunnites, dimanche, du village de Turabil, seul poste-frontière entre l’Irak et la Jordanie, a encore accéléré le sentiment de l’urgence. Celle d’empêcher l’armée terroriste de l’EIIL de poursuivre son travail de dépeçage de l’Irak. Tout comme y a contribué la nouvelle que des combats acharnés et incertains se déroulaient pour le contrôle de la principale raffinerie du pays, à Baïji. Ce qui a eu pour effet quasi immédiat de faire monter le cours du baril de pétrole.

Mais comment réagir pour faire face à cette vague fanatisée ? L’armée irakienne, pourtant supérieure en effectifs et en matériel, semble anesthésiée. Victime de ce que les Américains appellent un “collapsus psychologique”. Au moment de la prise de Mossoul, des dizaines de milliers de soldats ont purement et simplement disparu. Évaporés sans même tirer un coup de feu. Beaucoup quittant sur-le-champ leur uniforme pour endosser des vêtements civils manifestement préparés à cette fin. Ce qui n’a pas empêché plusieurs centaines d’entre eux d’être rattrapés par les islamistes et exécutés sans autre forme de procès.

Le fameux califat islamique prend forme

Leur matériel – des véhicules tout-terrain Humvee dernier cri, des canons, des roquettes et des chars, sans oublier des centaines d’armes de poing – a pris la direction de la frontière syrienne pour aller renforcer l’équipement de ceux qui combattent les troupes de Bachar el-Assad. Une manière concrète pour l’EIIL de manifester que le fameux califat islamique que les djihadistes veulent créer entre l’Irak et la Syrie commence à prendre forme, puisque la frontière s’estompe de plus en plus. Et que l’éclatement de l’Irak entre un pays sunnite, un pays chiite et une enclave kurde est en train de devenir une réalité.

Sans même désormais conditionner leur aide militaire à la nécessaire ouverture à toutes les communautés du gouvernement chiite trop sectaire d’al-Maliki, le Premier ministre irakien, les Américains ont décidé de faire un geste. Un petit geste : l’envoi de trois cents conseillers, dont une partie précisera les frappes éventuelles de drones armés et dont l’autre essaiera de remettre un peu d’ordre et de détermination dans l’armée. Mission quasi impossible puisque des centaines d’instructeurs n’y sont pas arrivés quand l’armée américaine quadrillait encore le pays en 2011.

Il faut pourtant bien empêcher les djihadistes de parvenir à leurs fins. C’est là qu’Obama et Kerry, tout en repoussant officiellement toute idée d’alliance avec les Iraniens, ne cachent pas que les échanges d’informations et les aides logistiques ne sont pas exclus avec ceux pour qui ils sont toujours “le grand Satan”. Le rapprochement objectif pour des raisons d’intérêt commun – défaire les djihadistes sunnites – est déjà amorcé. Et pas seulement de la part des Américains, puisque Londres vient de rouvrir à Téhéran l’ambassade qu’elle avait fermée en 2011.

Pourvoyeur du terrorisme

Pourtant, se précipiter dans les bras des Iraniens est un peu hâtif et risque de se révéler illusoire. L’Iran, avec son bras armé le Hezbollah, reste le grand pourvoyeur de l’action terroriste au Proche-Orient. Il est (avec la Russie) le plus sûr allié de Bachar el-Assad en Syrie. Même si des progrès ont eu lieu dans les négociations pour le contrôle de la filière nucléaire iranienne, le pays continue à jouer au chat et à la souris avec les négociateurs de Genève.

Et puis pour ce qui concerne l’Irak, le Premier ministre contesté, al-Maliki, est un vassal du gouvernement islamique. Et c’est d’ailleurs avec le plein accord de Téhéran qu’il a constitué un régime sectaire et de plus en plus autoritaire en excluant systématiquement tous les responsables militaires ou civils de confession sunnite. Et l’Iran, contrairement aux exigences des États-Unis, ne voit aucune raison de modifier cette situation. Ali Khamenei, le “guide suprême”, n’a-t-il pas récemment rappelé aux États-Unis qu’ils n’avaient aucun motif d’ingérence dans la ligne politique à Bagdad ? Avant de faire des pasdarans (les Gardiens de la révolution islamique iraniens) leurs derniers meilleurs amis, les Américains devraient méditer la réflexion bien connue du bon sens populaire : “On ne dîne pas avec le diable. Même avec une longue cuillère”.

 Par Michel Colomès

Source: Le Point.fr


 

La Russie livre des avions de combat à Bagdad

L’Irak a reçu de la Russie une première livraison d’avions de combat Sukhoi pour l’aider dans sa contre-offensive face à la progression des insurgés. Les Su-25, des avions d’attaque au sol, devraient être mis en service aussi rapidement que possible, afin de renforcer l’aviation irakienne. Jeudi, le Premier ministre Nouri al-Maliki avait annoncé que Bagdad allait acheter plus d’une douzaine d’avions à la Russie, un accord estimé à plus de 500 millions de dollars (368 millions d’euros).

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Le général Qassem Atta, conseiller de M. Maliki pour la sécurité, donne une conférence de presse sur les actions militaires menées par l’armée irakienne, le 28 juin 2014 à Bagdad | Ahamad Al-Rubaye

Lors d’une visite à Damas samedi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, a affirmé que son pays ne resterait pas «les bras croisés» face à l’offensive des jihadistes en Irak, sans détailler néanmoins l’aide que son pays comptait apporter. «La situation est très dangereuse (…) et menace les fondements de l’Etat irakien» a-t-il déclaré, insistant sur le fait qu’en Syrie comme en Irak, la solution ne pouvait venir que d’un «véritable dialogue national».

Combats à l’ouest de Tikrit

L’annonce par Bagdad de cette livraison survient alors que les forces gouvernementales, appuyées par l’aviation, tentent de reprendre la ville de Tikrit, ancien fief de Saddam Hussein, à 160 km au nord de Bagdad. Samedi, des milliers de soldats, appuyés par des chars, des équipes de déminage et des raids de l’aviation, ont lancé l’offensive sur cette ville tombée le 11 juin aux mains des insurgés sunnites. Dans la soirée, des combats ont eu lieu à l’ouest de Tikrit, de même qu’à 20 km au sud, à Dejla, selon des témoins et une source militaire.

Jeudi, l’armée avait repris l’université de Tikrit, sur la route menant vers Baïji (au nord), principale raffinerie de pétrole en Irak. Selon le général Qassem Atta, porte-parole du premier ministre pour la sécurité, l’armée contrôle également désormais la route menant de Bagdad à Samarra, au sud de Tikrit. Outre Tikrit et d’autres secteurs de la province de Salaheddine (nord), les insurgés ont mis la main sur Mossoul, deuxième ville d’Irak, une grande partie de sa province Ninive (nord), d’autres secteurs des provinces de Diyala (est), Kirkouk (nord) et Al-Anbar (ouest).

Une coordination sur le terrain avec les Etats-Unis

L’Irak réclame depuis plusieurs semaines des frappes aériennes américaines contre les insurgés, et des responsables irakiens ont exprimé leur frustration que les accords prévoyant la livraison d’avions F-16 et d’hélicoptères Apache n’aient pas encore été mis en oeuvre. Le général Qassem Atta fait état d’une coordination avec les Etats-Unis «sur le terrain pour étudier les cibles importantes».

Les Etats-Unis, qui se sont retirés militairement du pays fin 2011 après huit ans d’occupation, se sont contenté de déployer des drones pour survoler la capitale irakienne –afin de «protéger» le cas échéant les militaires et diplomates américains– et d’envoyer 300 conseillers militaires. Washington a aussi annoncé un plan de 500 millions de dollars pour armer et entraîner des rebelles modérés en Syrie voisine afin qu’ils participent à la lutte contre l’EIIL, qui ambitionne d’établir un califat islamique à cheval sur l’Irak et la Syrie.

L’offensive fulgurante lancée le 9 juin par les insurgés sunnites, menés par les jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), a fait plus d’un millier de morts, selon l’ONU, et poussé à la fuite des centaines de milliers d’habitants.

Les Kurdes mobilisent des troupes

Depuis l’offensive des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant, les autorités de la région autonome du Kurdistan irakien ont autorisé le déploiement d’un nombre sans précédent de Peshmergas, leurs forces de sécurité. Le président de la région, Massoud Barzani, a même appelé les combattants à la retraite à reprendre du service.

Sur une base à quelques kilomètres d’Erbil, la capitale de la région, les recrues ont droit à 45 jours d’entraînement, mélangeant cours de combats –kickboxing, attaque– et maniement d’armes. Quand elles sortiront, elles intégreront les rangs des forces kurdes, réputées excellentes, au moment où leur région doit faire face à un énorme défi militaire, selon Jabbar Yawar, le secrétaire général du ministère kurde en charge des Peshmergas. «On parle d’affronter des terroristes sur un territoire de 1.500 kilomètres, explique-t-il. Nous avons de charmants voisins maintenant….»

Les nouveaux soldats, dont la solde sera de 600 dollars par mois, devront se battre contre des ennemis dont l’expérience du terrain s’est forgée en Syrie et en Irak, alliés à d’anciens soldats de l’armée de Saddam Hussein, avec plus d’une guerre derrière eux.

Source: LeParisien.fr

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