L’ivoirien Guillaume Soro persona non grata au Cameroun

L’ivoirien Guillaume Soro persona non grata au Cameroun

La visite du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire Guillaume Soro annoncée à Yaoundé du 10 au 11 juin 2014 provoque de vives irritations au pays sans doute le plus anti-Français du pré carré.

Qui sait? Le chef de l’État Paul Biya n’a peut-être pas osé assumer publiquement cette randonnée controversée mise sous le couvert d’une invitation du président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril. Néanmoins tout le monde sait que l’apparatchik du parti au pouvoir, au perchoir depuis des lustres, n’aurait jamais envisagé de son propre chef une chose aussi risquée.

L’exécutif du premier parti de l’opposition du pays, le Social Democratic Front (SDF), a dû consacrer au «futur président de la Côte d’Ivoire» (sic) l’essentiel de son conclave à Buea dans le sud-ouest anglophone le 07 juin. Le texte issu de la rencontre est d’une clarté sans équivoque.

Extraits :

«Considérant la situation actuelle du Président Laurent Gbagbo et de la Côte d’Ivoire;
Considérant la venue annoncée de Guillaume Soro au Cameroun;
(Le bureau national du SDF) «Félicite les dirigeants du Front Populaire Ivoirien pour leur disponibilité à œuvrer pour une véritable réconciliation en Côte d’Ivoire;

«Se dit convaincu que toute continuation de la crise en Côte d’Ivoire satisfait des intérêts étrangers tapis dans l’ombre et qui tirent les ficelles au détriment des Ivoiriens;

«Pense sincèrement qu’une réconciliation véritable des filles et fils de la Côte d’Ivoire passe par la libération de tous les «pro-Gbagbo» qui croupissent dans les prisons sans jugement depuis des années;

«Dénonce une justice des vainqueurs qui s’acharne contre un seul camp des protagonistes du conflit post-électoral dans ce pays frère;

«Demande instamment aux juges de la Cour Pénale Internationale de La Haye de libérer sans conditions Laurent Gbagbo afin qu’un dialogue franc entre acteurs majeurs de la crise en Côte d’Ivoire puisse avoir lieu;

«Pose la satisfaction de ces exigences comme une condition à l’arrivée de Guillaume Soro au Cameroun».

Putschiste au pouvoir

Porte-parole du Rassemblement de la Jeunesse Camerounaise (RJC), Sismondi B. Bidjocka ne pouvait manquer une telle occasion. «Depuis quelque temps, dénonce le RJC, les autorités putschistes au pouvoir en Côte d’Ivoire mènent des campagnes politico-médiatiques au Cameroun en vue de laver un peu le sang versé lors du renversement du président légitime élu Laurent Gbagbo». L’activiste toute catégorie avait déjà dénoncé la diffusion au Yaoundé-Hilton du film-documentaire anti-Gbagbo du journaliste Saïd Mbombo Penda.

«Après des campagnes médiatiques et des multiples visites de flatteries du régime putschiste d’Abidjan, écrit-il, on nous annonce que Guillaume Soro, le meneur de la rébellion, a demandé à être reçu par nos autorités.
«La Jeunesse Camerounaise condamne fermement cette visite qui souille notre sol. En Afrique désormais, on doit se mettre dans la tête que le pouvoir s’acquiert aux urnes et non par les armes et le sang avec la bénédiction de la France.
«Pour la Jeunesse Camerounaise, Guillaume Soro est persona non grata sur notre territoire.»

Mais le Cameroun est un pays de contradictions. La preuve. Un certain Franklin Nyamsi, «agrégé de philosophie, Paris», surtout thuriféraire du chef-rebelle ivoirien et membre de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) – le parti dont les militants ont le plus souffert des bombardements au Napalm de l’armée française – vole au secours de son «ami Soro».

Dans une très pompeuse tribune internationale publiée aujourd’hui, il écrit : «L’occasion de la visite historique du Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire au Parlement Camerounais du  10 au 14 juin 2014 aurait été parfaite si les vieux démons de la politicaillerie camerounaise ne s’étaient point réveillés de triste façon à cette occasion, comme pour confirmer l’extraordinaire capacité de l’indigence et de la bêtise politiques à resurgir comme des obsessions chez ceux qui en ont contracté les sinistres habitudes». Il fallait s’y attendre.

Jean-Marc Soboth

Source: cameroonvoice

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