Luckson Padaud : «Je dormais avec 4 femmes»

Luckson Padaud : «Je dormais avec 4 femmes»

Le chantre du laba-laba, Séhia Luckson Padaud, vient de fêter ses 30 ans de carrière. Un anniversaire couplé avec la sortie d’un nouvel album, d’un best-of et la tenue de deux concerts inédits à Abidjan. Nous en avons profité pour faire un flash-back avec l’artiste et évoquer également l’avenir de la musique tradi-moderne à laquelle il tient tant. 

Révélé au public ivoirien au début des années 80 avec son premier album, Kalgbeu, Luckson Padaud est resté constant dans son art. Présenté comme le porte-flambeau de la nouvelle génération du Zigblibity, créé par Ernesto Djédjé, Padaud n’a pas mis longtemps à tracer sa propre voie.

Même si le changement de dénomination de son identité musicale qui est passée de Ziglibity à Ziglibity-Makossa avant de devenir Laba-laba, l’a quelque peu desservi à un moment donné. Aujourd’hui, sa discographie compte près d’une vingtaine d’albums qui comportent de nombreux tubes. Tels Wandji, Téléphone, Yobô, Awonan gnou, laba-laba…

Résidant à Paris depuis quelque temps, l’artiste est en train d’opérer un retour au pays pour relancer la musique tradi-moderne du centre-ouest en perte de vitesse. Dans cette perspective, il a remis sur pied son orchestre Les Frères Séhia, dirigé dorénavant par le musicien Kakou Honoré. Son fief sera de nouveau le Baron bar de Yopougon. 

Où il compte se produire tous les week-ends avant la fin de l’année. Pour le bonheur des nostalgiques de la musique tradi-moderne et des nuits chaudes de Yopougon. Son nouveau staff est en train de tout mettre en œuvre pour réussir le retour de l’enfant de Tahiraguhé, plus débordant d’énergie que jamais.

Tu étais tout feu, tout flamme à l’Acoustic et au Baron il y a quelques semaines. Tu n’as rien perdu de ta superbe après 30 ans de carrière. D’où tires-tu toute cette énergie?

Je dirai tout simplement que c’est l’amour du métier et j’aime la musique. Depuis que je me suis lancé dans la chanson, j’aime le travail. Tous les jours, c’est comme si je venais de commencer la musique. Il faut aimer la musique et l’amour qu’on a pour elle donne la force de travailler. C’est cette force-là qui m’habite quand je suis sur scène.

Mais 30 ans après, on peut être fatigué, blasé par l’environnement socio-économique aujourd’hui qui ne favorise pas l’éclosion de l’industrie musicale…

C’est vrai, mais je me suis toujours dit que la vie est un combat. Il faut prendre la vie du bon côté. Je ne me plains pas, et je mène ma vie d’artiste comme je le sens, sans tenir compte des problèmes qui minent le show-biz.

Au début des années 80, la Côte d’Ivoire était prospère. Les albums marchaient. Il y avait un gros engouement autour des artistes. Cela a bien changé depuis…

C’est une réalité. A l’époque, il y avait un peu partout en ville des kiosques à cassettes. Les disques se vendaient bien. Aujourd’hui, le monde a changé. C’est comme un bateau qui chavire et tu dois te mettre du bon côté, pour ne pas tomber dans l’eau. C’est ce que nous faisons.

En 1982, ton premier album “Kalgbeu”, s’était vendu à des milliers d’exemplaires …

Oh, oui ! si je veux estimer  la vente de cet album, on pourrait parler de plus de 200 mille exemplaires. J’aurais reçu un disque d’or à l’époque. Même au Sénégal, l’album a bien marché. Lors d’un passage de Youssou NDour à Abidjan, il a parlé du succès de cette œuvre au Sénégal.

Pourquoi subitement, cette période faste a-t-elle pris fin à la fin des années 90 ?

Vraiment, beaucoup de facteurs ont joué  dans cette situation. D’abord, il y a la piraterie. On ne sait pas qui est derrière ce fléau. On n’arrive pas à y mettre fin, c’est ça le problème. Et la musique elle-même en Côte d’Ivoire n’est pas soutenue. On ne fait pas beaucoup de promotion autour de notre musique. Pourtant, la plupart des artistes africains qui réussissent sur le plan international, passent par la Côte d’Ivoire.

N’y a-t-il pas un manque de volonté politique pour promouvoir et protéger la musique locale ?

Peut-être. Sinon, je ne comprends pas que les mêmes pirates qu’on prend et qu’on  amène au commissariat du 3ème Arrondissement à Adjamé, le lendemain, on les  retrouve à Treichville. On ne sait plus à qui se plaindre.

Bèh… aux politiques, non ?

Aux politiques ? Vous savez, depuis un certain moment, la culture que nous avons ici, c’est la politique. Le pays ne vit que de la politique. Peut-être que le salut viendra du Président de la République. Il faut que ce soit une décision radicale. Il faut qu’on aille à la source de la piraterie, pour détecter ceux qui font ça et les jeter en prison.

Les espaces mythiques comme le Bar Eclat, le Baron et le Bar Etoile ont fermé aussi…

Malheureusement. Concernant le Bar Eclat, c’est lors de la dernière crise postélectorale que l’espace a fermé. Mais ce n’était plus le grand boom comme à l’époque de Gnaoré Djimi et moi.

Pourquoi ces endroits ne faisaient plus recette ?

C’est à cause de la concurrence du Couper-Décaler, du Zouglou et autres musiques urbaines. Cela a entraîné une baisse du public. Moi, j’ai changé de stratégie. J’ai commencé à voyager beaucoup, hors de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, après la fête de mes 30 ans de carrière, je veux reprendre les choses en main. Il faut que le tradi-moderne retrouve sa place d’antan.

Tu veux revenir au moment où le tradi-moderne va très mal ?

Oui, mais je dis  qu’il faut prendre le taureau par les cornes. Parce que la musique Couper-Décaler, Zouglou et autres, tirent leur inspiration du tradi-moderne. Si nous, on baisse les bras, notre culture va foutre le camp. La seule chose qui est propre à nous, c’est notre culture. Je suis en train de rentrer petit à petit au pays. J’ai du matériel qui arrive de Paris pour équiper mon orchestre les frères Séhia.

Ce n’est pas une hirondelle qui fait le printemps. Padaud seul qui revient ne peut pas faire le printemps du tradi-moderne !

Oh, la vie, c’est toujours comme cela. L’appétit vient en mangeant. Il faut que Padaud commence et les autres suivront. Dans les villages, le chasseur est seul à aller en brousse pour tuer le gibier et tout le monde le mange. Quand les gens vont me voir en train de reprendre le Baron, les bars vont s’ouvrir à côté, les artistes vont se réveiller aussi.

La plupart des artistes qui faisaient le beau temps du tradi-moderne à yopougon sont en Europe.

Mais, Dickaël Liadé est ici. C’est Blissi Tébil qui est en France. Bi Pomi junior est là, Nahounou Paulin aussi. Lui est venu s’installer définitivement au pays.

Donc tu crois que le tradi-moderne peut vraiment repartir ?

Tant que Luckson Padaud vivra et tant que les femmes vivront, la musique tradi-moderne vivra toujours. Et j’ai foi en cela.

Les générations ont changé. Ce ne sont plus les mêmes mélomanes de l’époque.

Effectivement. Mais, il faut créer. Un artiste doit créer en fonction de l’environnement. Il y a des fanatiques du Laba-laba et des patriotes parmi le public. Le Laba-laba, tel que je l’ai créé, j’y ajoute de nouvelles colorations musicales. J’ai un public fidèle qui était avec moi à l’Acoustic et au Baron pour mes 30 ans de carrière. Je vais aussi fêter le 15 août prochain, au Baron, ma médaille d’officier de l’ordre du mérite culturel, décernée par le Ministre de la culture et de la francophonie. Au niveau de la France, je suis toujours suivi. Dans la plupart des soirées ivoiriennes, c’est moi qui suis invité.

Mais 30 ans après, Luckson Padaud devrait plutôt être capable au moins de jouer à l’Elysée Montmartre, au Bataclan, à l’Olympia, au-delà des soirées ivoiriennes !

Je veux bien. Mais le problème, c’est qu’on n’entre pas dans les circuits français n’importe comment. Il faut avoir quelqu’un de fort derrière soi. Il faut aussi avoir des contacts. Ce n’est pas le fait de jouer dans ces salles qui est difficile. Mais il faut pouvoir y accéder.

Es-tu satisfait de ta carrière ?

Je suis satisfait, même si je ne suis qu’à mi-parcours. La vie, c’est comme cela. Il y a des hauts et des bas. Il faut prendre la vie du bon côté.

Si tu devrais retenir quelque chose d’essentiel de ce parcours…

C’est que j’ai réussi à vivre à plein temps de la musique. Je gagne ma vie. Je m’occupe de ma famille. En France, je paye ma maison. A Abidjan, j’ai ma maison.

A tes débuts en 1980, tu étais présenté comme le porte-flambeau de la nouvelle vague du Zigblibity. Penses-tu avoir tenu ce rang-là ?

Bien sûr ! Mon public me suit depuis que Je fais du Laba-laba, qui est une création personnelle, avec des pas spécifiques. Et quand je vois les artistes de la nouvelle génération comme Espoir 2000 et Billy Billy, qui reprennent mes chansons pour les réadapter, c’est encourageant. Ce sont des signes qui ne trompent pas.

Tu es à cheval entre Abidjan et Paris. Est-ce lié à tes obligations familiales, parce que tu aurais deux femmes : l’une à Paris et l’autre à Abidjan ?

(Il rit). D’où vient cette histoire de polygamie ! Je voyage beaucoup tout simplement. J’ai une vie artistique en France et une autre en Côte d’Ivoire. C’est tout.

Es-tu marié ?

Je ne suis marié ni en France ni en Côte d’Ivoire. Je mène une vie de célibataire. J’ai des copines en France, en Côte d’Ivoire, aux USA… (Il rit).

Tes copines te soutiennent-elles dans ta carrière ?

Noon ! Mes copines ne font pas partie de mon orchestre à ce que je sache. Ce sont mes musiciens et mes fans qui sont mes soutiens.

Pourtant, il se raconte que ton parcours et ton succès sont basés sur les femmes …

Ne mélangeons pas les choses. A 12 ans, j’avais quatre femmes au village à Tahiraguhié. Je n’étais pas encore Luckson Padaud. Ce ne sont pas les femmes qui m’ont dit de chanter. C’est Dieu qui donne la chance à chacun de nous. Je n’allais pas à l’école, je partais au champ. J’avais quatre femmes dans la cour familiale. C’était comme cela pour un planteur. Un bon planteur au village doit avoir plusieurs femmes. A cette époque-là, ce n’était pas des épouses au vrai sens du terme. Je dormais avec les quatre dans ma chambre, mais on ne faisait pas l’amour. Parce que j’étais encore jeune. Elles étaient là pour me soutenir au champ. Les femmes et moi, c’est une vieille histoire d’amour.

C’est pour cela que beaucoup de femmes sont tes “sponsors”?

Quoi, quel sponsor ? Dès l’instant que vous vous aimez, vous vous apportez mutuellement. J’apporte à la femme et elle aussi, m’apporte. C’est comme ça.

On peut te traiter de gigolo !

(Un peu irrité) Gigolo, ça veut dire quoi ? Quand tu m’apportes, je t’apporte. Il n’y a pas une histoire de gigolo dans ça. Dès l’instant que tu apportes, tu n’es pas un gigolo. C’est celui qui n’apporte rien qu’on peut considérer comme gigolo.

Combien d’enfants as-tu  aujourd’hui ?

J’ai huit enfants  : quatre filles et quatre garçons. Cinq vivent en France et trois sont à Abidjan. Ils n’ont pas les mêmes mères.

Parmi eux, y a-t-il un musicien ?

L’aîné qui est en France a un home studio. Il s’y essaie.

Penses-tu au mariage ?

Par la grâce de Dieu, un jour je me marierai.

Par Eric Cossa et P. Bouyé

Source: Topvisages

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