Macky Sall au patronat français: «l’Afrique n’est plus la chasse gardée des entreprises françaises»

Face au patronat français, le chef de l’Etat sénégalais a hier, mis de côté la langue de bois, pour demander aux investisseurs français d’être plus courageux et de venir en Afrique disputer les marchés aux nouveaux partenaires des pays émergents. Dédaignant la politique de l’aide, le Président sénégalais a tenu à souligner que le Sénégal en particulier, disposait de suffisamment d’atouts pour faire le bonheur de tout investisseur qui voudrait mettre son argent dans ce pays.

Après de multiples audiences accordées la veille à des patrons d’entreprises françaises membres du Cac 40, le Président Macky Sall a animé hier à Paris, des échanges publics avec des membres du Mouvement des entreprises françaises (Medef). Le chef de l’Etat sénégalais, qui cherchait à faire la promotion des opportunités d’affaires qu’offre son pays, n’a pas moins usé d’un discours direct, de franchise pour ne pas dire de vérité.

Macky Sall a estimé qu’il n’a personnellement pas de complexe à nourrir vis-à-vis des investisseurs français. Un brin provocateur, il déclare : «J’aborde peut-être les questions qui fâchent. Mais nous sommes entre amis. C’est entre amis qu’on aborde les questions qui fâchent pour leur trouver des solutions qui réconfortent.» Macky Sall prévient que les indicateurs montrent un recul à long terme des parts de marché de la France au Sénégal. C’est pour mieux dire : «Je suis un chef d’Etat né après les indépendances. Je ne suis pas animé par un quelconque complexe du colonisé. Je dois vous dire franchement que ces histoires de Françafrique, c’est terminé. Je ne crois pas à la politique de l’aide. L’aide n’a jamais développé nos pays. La France et les pays africains entretiennent des relations d’amitié anciennes, mais il faut désormais traiter d’égal à égal.» Macky Sall d’in­sis­ter : «Nous avons beaucoup de choses que nous pouvons faire ensemble mais il faudrait que les entreprises françaises s’adaptent au nouveau contexte.»

Macky Sall tient à répondre à la critique selon laquelle les pays africains ont de plus en plus tendance à faire la place à des entreprises chinoises ou indiennes par exemple. Il renvoie les Français à leurs propres responsabilités, indiquant notamment que la France doit élaborer des mécanismes de soutien public à ses entreprises, pour qu’elles puissent mieux être en concurrence avec le entreprises chinoises, indiennes ou turques qui viennent avec des soutiens de ressources publiques de leurs pays, grâce à des mécanismes à l’exportation.

«Nous avons des problèmes de financements et ces entreprises viennent avec dans leurs offres des possibilités de financements», martèle le chef de l’Etat sénégalais. Macky Sall, qui ne voulait pas faire dans la langue de bois, de montrer la voie au gratin du patronat français présent en conseillant : «Il faut être agressif, l’amitié seule ne suffit plus !» Cette nouvelle approche, soutiendra la réponse du chef de l’Etat sénégalais à une question relative au projet de réalisation du port de Bargny par exemple. «L’Etat du Sénégal ne peut pas s’endetter pour cela. Nous sommes ouverts à recevoir des propositions sur la base d’un partenariat public-privé  par exemple.»

Interpellé par un représentant de la firme Orange sur la fiscalité appliquée aux entreprises, Macky Sall se voudra aussi ferme : «Nous sommes partenaires avec Orange. Le Sénégal détient 27% du capital de Orange Sénégal et notre partenariat s’est traduit par des initiatives réussies dans d’autres pays. Je tiens à souligner que je suis un libéral et que donc, je n’ai aucun problème à ce que les entreprises réalisent des profits, mais il faut accepter en même temps de vous acquitter des taxes qui ont pour but de financer les réalisations publiques.» MackySall se montrera taquin : «Quand Orange doit faire un chèque, cela prend trop temps», lance-t-il, provoquant l’hilarité générale dans la salle.

Du reste, les négociations entre l’Etat du Sénégal et Orange, en vue du renouvellement de la licence, devraient être bouclées dans quelques semaines, a indiqué le chef de l’Etat du Sénégal.

Les belles opportunités du Sénégal

Le Président Sall a vendu les opportunités qu’offre le Sénégal, notamment dans le secteur des ressources minières. «Je ne sais pas si c’est parce que je suis un géologue, que mon avènement au pouvoir coïncide avec les découvertes extraordinaires de ressources minières, de gaz et de pétrole.» Déjà que les ressources minières impactent positivement l’économie sénégalaise, mais le Président Macky Sall souhaite que les entreprises françaises, qui ont des expériences avérées  dans le secteur du pétrole et du gaz et dans les métiers connexes, prennent la pleine mesure des nouveaux enjeux, pour ne pas encore se faire doubler. «Les découvertes faites au Sénégal l’ont été par des entreprises britanniques et américaines, mais la France peut jouer un rôle de premier plan en raison de son expertise dans le domaine. Jai eu la chance d’avoir fait l’Institut français du Pétrole et je connais les capacités de la France dans ce domaine. C’est pour cela que je vous exhorte à venir investir davantage dans ces activités au Sénégal.» Le Président Sall a rassuré que le Sénégal et la Mauritanie, qui partagent une partie d’un important champ de gaz, se sont déjà entendus sur les mécanismes d’exploitation de ce périmètre.

Dans le secteur du tourisme, le Président Sall s’est félicité du retour du Club Med au Sénégal notamment en Casamance et dans la station de Saly. Aussi, reste-t-il convaincu que les entreprises françaises pourront davantage investir au Sénégal dans ce secteur.  Macky Sall invite également le patronat français à une forte présence dans le pôle urbain de Diamniadio. De toute façon, argue le Président Macky Sall, «nous y développons des opportunités d’affaires intéressantes».

Le Président Macky Sall tient à la réalisation du Train Electrique régional (Ter). Il voudrait monter dans ce train au plus tard le 30
décembre 2018 et  espère pouvoir compter sur le dynamisme des entreprises françaises comme la Sncf et la Ratp qui ont manifesté un intérêt pour travailler en synergie dans un tel projet. «Nous avons des atouts incontestables. Le Ter sera le premier train électrique en Afrique sub-saharienne en dehors de l’Afrique du Sud. Je bénis l’offre que la Sncf et la Ratp viennent de réitérer. Nous ne voulons pas perdre du temps dans des pourparlers interminables. On va choisir les entreprises et ceux qui veulent critiquer pourront le faire après, mais il faut que les choses aillent vite», annonce-t-il.

Environnement des affaires

Le Président MackySall a profité de l’occasion pour redire que l’environnement des affaires s’est beaucoup amélioré au Sénégal. «Il sera difficile d’éradiquer complètement la corruption mais des efforts importants ont été faits. Nous continuerons de lutter sans relâche contre la corruption.» Aussi, poursuit-il, «les réformes nécessaires pour améliorer l’environnement des affaires seront conduites». Le Président Sall estime que son pays a une excellente cote auprès des investisseurs. Il rendra un hommage au ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba, et à ses équipes, en insistant : «Le Sénégal est le seul pays africain dont le plafond d’endettement est levé.» Et il précise : «Cela ne veut pas dire qu’il faut aller dans tous les sens. J’y veillerai particulièrement bien que notre ratio d’endettement est de 57% du Pib avec même une tendance à la baisse.»

Le Président Macky Sall, a pris sa casquette de président du Comité d’Orientation du Nepad de l’Union africaine, pour s’insurger avec véhémence contre les garanties réclamées par des investisseurs. «Il n’y a pas en Afrique de risques plus élevés que dans d’autres pays du monde, comme dans des pays d’Europe du Sud par exemple, mais vous continuez à réclamer aux gouvernements des garanties souveraines que plus rien ne justifie.» Il n’en demeure pas moins que le Président Sall plaidera pour que les pays africains bénéficient d’une assistance en matière de négociations et d’élaboration de contrats avec les investisseurs. Il souligne : «Il nous faut développer nos capacités juridiques dans ce domaine car pour un Oui ou un Non, on nous emmène en arbitrage parce que simplement les gens savent que les contrats signés sont défavorables à nos pays.»

Madiambal DIAGNE

Source: lequotidien.sn

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