Macky Sall: «Ce que la Grèce subit, nous, pays africains, l’avons subi»

Macky Sall: «Ce que la Grèce subit, nous, pays africains, l’avons subi»

Le président sénégalais Macky Sall est l’invité d’honneur des journées des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le « petit Davos français », qui réunit tout le week-end, dans le sud-est de la France, patrons du CAC 40, responsables politiques et experts. Dominique Baillard l’a rencontré, et lui a d’abord demandé de s’exprimer sur le référendum qui se tient ce dimanche 5 juillet en Grèce.

Macky Sall : En tant que chef d’Etat africain, vous comprendrez que je ne puisse pas apprécier ou encore m’étendre sur la question grecque qui est une question européenne. L’homme doit trouver des solutions à ses problèmes. Maintenant, au-delà de cet aspect grec, européen, la question de la dette se pose pour l’ensemble des pays, en tout cas endettés, ou encore des pays du tiers monde.

Ce que la Grèce subit aujourd’hui, nous, pays africains, l’avons subi il y a plusieurs années. Les politiques d’ajustements structurels ont fait des dégâts en Afrique. Certes, elles ont aidé à assainir quelque peu le cadre macroéconomique mais nos économies ont pu être résilientes. Il y a eu beaucoup de sacrifices qui ont été faits par les Africains et ils continuent à en faire. Ceci étant, il faut qu’il y ait de l’équité. C’est cela, le problème de la gouvernance mondiale ; de la gouvernance financière mondiale.

Ce sont des questions que nous devons traiter au niveau du Fonds monétaire international, au niveau des cadres de partenariat comme le G20 et le G7, mais aussi au niveau des Nations unies pour qu’il y ait plus d’équité, plus de solidarité et, aussi, plus de rigueur dans la gestion. Mais pour revenir au problème grec, pourquoi le Premier ministre grec saisit-il son peuple pour un référendum ? La complexité et la responsabilité du moment appellent, certainement, à partager la décision. C’est la raison du référendum.

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, demande aux citoyens grecs de dire « non » à l’austérité, pensez-vous que cette question est justifiée ?

Encore une fois, évitez de me demander d’apprécier la position d’un Premier ministre qui appelle son peuple à une position. C’est une question qui relève aussi de la souveraineté du peuple grec et qui, par conséquent, lui appartient. Attendons de connaître le résultat du référendum et nous apprécierons.

La Grèce critique le FMI. Par le passé, beaucoup de pays africains ont aussi subi les cures d’austérité imposées par le FMI. Comprenez-vous ces critiques ou bien faites-vous partie de ceux qui trouvent que le FMI en fait un peu trop pour la Grèce ?

Le FMI est dans son rôle ; c’est le gendarme monétaire du monde. Il a aussi été très souvent critiqué en Afrique. Aujourd’hui, je dois dire que le FMI a beaucoup évolué dans ses méthodes de travail. Parfois, nous avons même été très surpris de le voir défendre des politiques sociales et même des politiques sociales pertinentes comme c’est le cas, aujourd’hui, au Sénégal.

La question n’est donc pas de vouer aux gémonies le FMI ou de l’applaudir. La question est de savoir si les problèmes posés sont pertinents. Il y a eu des engagements ; il y a eu une dette et maintenant c’est l’heure des remboursements. Est-ce que les Grecs peuvent le faire dans des conditions voulues par les prêteurs ? Ce sont là des questions qui se posent, en tout cas, aux pays africains. Nous subissons par exemple une injustice manifeste, c’est le risque pays qui est une fausse perception. Les pays africains ne sont jamais à défaut sur les remboursements de leurs crédits et pourtant on considère qu’il y a un risque élevé, ce qui est tout à fait injuste. Vous voyez donc que sur la gouvernance financière mondiale, il y a des équilibres à retrouver. Il y a une injustice, en tout cas, vis-à-vis de l’Afrique, ça c’est certain. Les Africains, bien entendu, doivent respecter les principes de gouvernance. Il y a à boire et à manger sur ce sujet.

Votre pays pourrait faire des envieux, avec un taux d’endettement faible, 70% du PIB seulement. Quelle est la solution ?

Non, nous ne sommes même pas à 70%. Vous savez, nous sommes entre 50 et 52 % du PIB et justement, nous devrions aller, au moins à 70%, pour pouvoir financer l’infrastructure et le développement. Bien entendu, il y a une dette plus prudente du fait de ces engagements. Nous avons des cadres de coopération économique avec le Fonds pour éviter un surendettement et des situations de banqueroute mais nous devons, en même temps, développer l’investissement public puisque le développement suppose aussi des infrastructures et que cela coûte cher. Il faut donc augmenter les capacités de l’endettement mais sans verser dans l’anarchie qui entraine à la banqueroute.

Vous avez annoncé vos engagements pour la COP 21 et avez décidé de baisser vos émissions de 10%. Qu’attendez-vous des pays occidentaux qui sont les plus gros pollueurs ?

Ce que nous attendons, c’est qu’il y ait une solidarité mondiale puisque le monde est un et indivisible. A l’échelle de la planète, nous voyons bien qu’il y a des pollueurs qui favorisent l’émission de CO2 et le développement de gaz à effet de serre. Ils doivent donc, en retour, être plus solidaires vis-à-vis de ceux qui ne polluent pas parce qu’ils n’ont pas atteint ce niveau de développement industriel. Il faut donc une balance. Nous attendons que, dans les fonds d’adaptation pour nos pays et l’atténuation pour les pays pollueurs, il y ait un équilibre qui permette, au moins, de mieux vivre et de maitriser l’augmentation de la température.

Source: RFI

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