Macron “à la limite du racisme” ? Ce qui se dit au Burkina Faso de l'”incident diplomatique”

Macron “à la limite du racisme” ? Ce qui se dit au Burkina Faso de l'”incident diplomatique”

Une blague d’Emmanuel Macron à l’endroit du président burkinabè, lors d’un échange avec des étudiants de Ouagadougou ce mardi 28 novembre, provoque des réactions outragées dans l’opposition en France. Mais l'”incident diplomatique” dénoncé ici n’a absolument aucun écho sur place.

Grosse blague, mépris ou racisme ordinaire ? Dans la classe politique, les réactions outragées pleuvent sur Emmanuel Macron après un passage particulièrement relevé des ses échanges ce mardi 28 novembre avec les étudiants de l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso. « Vous m’avez parlé comme si j’étais le président du Burkina Faso », a rétorqué le président français à une question sur les pannes d’électricité. Et d’inciter, sourire aux lèvres, ses interlocuteurs à s’interroger sur le « sous-jacent psychologique » de cette question : « Quelque part, vous me parlez comme si j’étais une puissance coloniale. Mais moi, je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso, c’est le travail du président (burkinabè, ndlr) ! »

Sur ces entrefaites, son homologue Roch Marc Christian Kaboré quitte la salle. Et Macron de plaisanter : « Du coup il s’en va. Reste là ! (…) Du coup, il est parti réparer la climatisation ».

Ce mercredi, les politiques de l’opposition se déchaînent contre cette sortie humoristique du chef de l’Etat. « Il a été d’une arrogance à l’égard des autorités du Burkina Faso, très méprisante, à la limite du racisme », flingue Nicolas Dupont-Aignan sur Europe 1. Sur France 2, le chef de la délégation FN au Parlement européen, Nicolas Bay, renchérit : « Je voudrais revenir sur un point essentiel, c’est l’incident diplomatique qu’il a créé avec le président burkinabè, qu’il a pratiquement insulté ouvertement (…) Quand il lui dit qu’il doit faire son travail, aller réparer la climatisation… Qu’est-ce que c’est que cette attitude ? C’est une attitude de mépris incroyable. »

Le groupe France insoumise à l’Assemblée n’est pas en reste. Ses députés se sont fendus d’un communiqué sévère, estimant qu’un « nouvel écart de langage des plus méprisants a entaché les relations diplomatiques » entre la France et le Burkina Faso. Ils relèvent encore que « Monsieur Kaboré a immédiatement quitté la salle ».

“Juste une petite pause technique”

Alors, cette sortie d’Emmanuel Macron a-t-elle vraiment créé un incident diplomatique entre Paris et Ouagadougou ? Sans juger de la pertinence de la saillie présidentielle, il est possible de relever certains éléments. D’abord, contrairement à ce qu’affirment plusieurs responsables politiques, le président Kaboré n’est pas sorti de la salle en réaction aux propos d’Emmanuel Macron. Au moment où celui-ci lance sa blague sur la climatisation, son homologue s’est en effet déjà levé. C’est d’ailleurs ce qui occasionne la plaisanterie. Son entourage a expliqué au Parisien qu’il « s’est levé tout simplement pour aller aux toilettes ». Thierry Hot, le conseiller spécial du président burkinabè, a également assuré sur Twitter que le chef d’Etat s’est éclipsé « juste pour une petite pause technique ».

Quant au président burkinabè lui-même, il a abondamment relayé cette journée sur son compte Twitter, sans froid apparent. « Avec Emmanuel Macron, après-midi émouvante et inoubliable en compagnie des élèves de l’école Lagem-Taaba dans l’arrondissement 12 de Ouagadougou », a-t-il par exemple écrit en fin de journée.

La presse burkinabè ne relève pas la séquence

Dans son ensemble, la presse burkinabè n’a tout simplement… pas relevé la séquence. La plupart des principaux titres ont évoqué des sujets de fond, comme la volonté affichée par Emmanuel Macron de tourner – à son tour – la page du colonialisme dans les rapports entre la France et les Etats africains, ainsi que la prochaine déclassification de documents français sur l’assassinat de Thomas Sankara, ex-chef de l’Etat et figure révolutionnaire burkinabè. « Il y a un passé qui doit passer… Inventer une nouvelle amitié pour agir », titre le Quotidien, un des principaux journaux du pays. « Dans une ambiance électrique, à l’amphithéâtre de l’Union africaine, le président français a, sans langue de bois, échangé avec un public composé en majorité d’étudiants, d’enseignants… sur la nouvelle vision qu’il entend envisager avec l’Afrique. ‘Je ne suis pas venu ici pour dire quelle est la politique africaine de la France comme d’aucuns l’ont fait croire. Parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France’, a-t-il clarifié », relate de la même façon le média Sidwaya.

Le quotidien Le Pays a quant à lui réalisé deux articles sur la prestation du président français. Dans le premier, il s’insurge contre… la faiblesse des questions posées par les étudiants au président français : « Pour bon nombre des interventions des étudiants, la qualité n’y était pas, ce qui a même valu au président Macron d’être à l’aise et d’en redemander encore, tant il avait compris déjà à qui il faisait face ». Dans le second, le quotidien se félicite de la densité du discours d’Emmanuel Macron – « le grand oral a tenu toutes ses promesses » – tout en se montrant prudent sur ses promesses concernant la fin de la Françafrique : « Depuis Jacques Chirac, tous les présidents ont annoncé la mort de la Françafrique qui, pourtant, leur a tous survécu. (…) ce dont le continent africain a besoin aujourd’hui, ce n’est pas que l’on fasse l’histoire à sa place, mais que la France rééquilibre véritablement ses relations qui restent empreintes de paternalisme voire parfois de condescendance ».

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