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« Malheur à celui qui porte le désert en lui ! »

« Malheur à celui qui porte le désert en lui ! »

Alors que certains des leurs avaient été nommés à la présidence de la République (Amédée Couassi Blé et Paul Nzi David), à la Douane (Gnamien Konan) ou à la tête du journal gouvernemental (Jean-Baptiste Akrou) par Laurent, alors que celui-ci essayait vaille que vaille de redonner vie au village de leur idole, eux pataugeaient dans la gadoue de la haine.

Si on veut puiser dans le vocabulaire vétéro-testamentaire, on dirait qu’ils « haïssaient [Laurent] d’une parfaite haine » (Psaume 139, 22). Mais pourquoi lui en voulaient-ils autant? Peut-être lui reprochaient-ils d’appartenir à une ethnie sur laquelle pèsent nombre de préjugés (ils sont bagarreurs, frondeurs, peu diplomates, incapables de gouverner, uniquement aptes à danser) ou de s’être opposé à leur fétiche (Houphouët) et de l’avoir affronté à la présidentielle de 1990. Ce qui est certain, c’est que leur haine les jeta rapidement dans les bras de la France qui trouvait Laurent peu accommodant ou pas assez docile pour lui obéir au doigt et à l’œil et servir ses intérêts.

Se disant menacés de mort, ils gagnèrent ensuite Paris. Sur des radios et télés, qui n’avaient rien à envier à la Radio mille collines dans le Rwanda de 1994, tant elles cultivaient et propageaient la haine de Laurent, ils ne faisaient pas dans la dentelle. Pour eux, Laurent était le mal de la Côte d’Ivoire et tout moyen était bon pour délivrer les Ivoiriens de ce mal. L’un d’entre eux osa même dire que Laurent vivait ses derniers moments avant de l’inviter à ingurgiter du cyanure pour mettre fin à ses jours. Toute cette campagne de dénigrement et de diabolisation n’était pas désintéressée, tant s’en faut. Quand la France bombarda la résidence présidentielle, massacrant dans la foulée les nombreux jeunes qui entouraient cette résidence, quand elle dégagea Laurent pour installer Ouattara, les auteurs de « N’Gondi » furent récompensés : à l’un fut confiée la direction de « Fraternité Matin » pendant que l’autre devint le « patron » de l’INSAAC.

On peut affirmer, en un mot, que nos deux séides sont « prisonniers de la haine » envers les Bhétés et que c’est d’abord cette haine qui les a conduits à soutenir un individu dont ils savent pertinemment qu’il est un faussaire et qu’il a pris notre pays en otage depuis 1999. Ce qui les unit aussi, ce sont la cupidité, l’opportunisme et l’incohérence. Éternels affamés et trop portés sur les biens matériels, ils sont en effet capables d’adorer aujourd’hui ce qu’ils brûlaient hier, soutenir une chose et son contraire. Ainsi, l’un trouve normal un 3e mandat pour Ouattara après l’avoir condamné dans le Niger de Mamadou Tandja. Quant à l’autre, il s’emploie depuis quelque temps à nous convaincre que seul Soro Kigbafory est en mesure de sauver la Côte d’Ivoire et que nous devons oublier et pardonner les nombreux crimes de l’ancien rebelle. On pourrait citer encore son violent réquisitoire contre Ouattara après son ouvrage sur l’Appel de Daoukro où il encensait le même Ouattara mais qui lui valut d’être débarqué de l’INSAAC: “ Ouattara ne peut pas nous réconcilier, il est partie prenante de la guerre. Qu’il parte pour qu’on ait la paix dans notre pays. Le bon sens commande que pour qu’il y ait réconciliation, Laurent rentre de la Haye. Gbagbo est à la Haye parce qu’on dit ce sont les FDS qui ont tué. Au nom de quoi les FRCI tuent et Ouattara est libre ?… Je me demande si Ouattara est vraiment un des nôtres… On dit que Ouattara a fait des études aux USA, je m’attendais à un homme moderne qui va diriger la Côte d’Ivoire de façon moderne. Hélas ! Notre pays est dirigé comme un village. Les Ivoiriens doivent arrêter de se tirer dessus pour faire partir ce type. Il n’est pas digne d’un chef d’État.” (https://eburnienews.net/tiburce-koffi-rassure-jencourage-venance-konan-a-ecrire-contre-moi-pour-ne-pas-quil-perde-son-boulot/).

Lorsqu’il annonça la fin de son exil en France et qu’il recommenca à cirer les pompes à Ouattara, beaucoup croyaient qu’une fois au pays, il serait casé quelque part. Apparemment, le retour de “l’enfant prodigue” et son griotisme n’auront servi à rien puisqu’il resta peu de temps dans la capitale économique. Comme Salvador Dali (“Aragon: tant d’arrivisme pour si peu d’arrivage!”), on a alors envie de dire: Tant de retournements de veste, tant de reniements, tant d’indignité pour un si maigre résultat. Celui-ci (le résultat) n’est pas seulement matériel. Il est aussi et d’abord moral: quelle image retiendra-t-on de ces deux énergumènes que certains esprits superficiels avaient vite qualifiés d’intellectuels? “Malheur à celui qui porte le désert en lui”, avertissait F. Nietszche. Celui qui ne se préoccupe que de comptes bancaires, de voitures, de maisons, de vêtements et de chaussures, celui qui est sans principes, celui qui n’est pas prêt à souffrir ou à mourir pour ses convictions, celui qui n’aime que son ethnie, est intérieurement pauvre. Son cœur est sec comme le désert. Qu’est-ce que chacun de nous porte en lui et quel héritage moral laissera-t-il à la postérité? Voilà les deux questions qui me paraissent essentielles. Tout le reste est secondaire.

Jean-Claude DJEREKE

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