Mamadou Ben Soumahoro: La dernière grande victime du dictateur doux d’Abidjan (Par Ben ZAHOUI-DEGBOU)

Mamadou Ben Soumahoro: La dernière grande victime du dictateur doux d’Abidjan (Par Ben ZAHOUI-DEGBOU)

Mamadou Ben Soumahoro, le plus grand journaliste que la Télévision ivoirienne a connu, jusqu’à présent, est décédé le 12 avril dernier au Ghana. Monsieur le Directeur Général est la toute dernière victime de la machine à tuer ses opposants du « Dictateur doux » d’Abidjan.

La stratégie mise en place pour les éliminer, est extrêmement raffinée, sûre et efficace. Six ans sont déjà passés depuis sa prise de pouvoir par la force. En Côte d’Ivoire, on parle encore de comptes bancaires gelés. Ils appartiennent à des opposants en exil, bien ciblées, dont les noms sont inscrits sur un tableau de bord que Ouattara et son entourage contrôlent directement. Pour exécuter leur stratégie, des démarcheurs officiels ou indépendants, vont vers les exilés ciblés et leur demande de rentrer au pays, en leur promettant bien sûr, le dégel des comptes bancaires et un kit d’installation comprenant un chèque de 100 à 250 millions F.CFA (Francs des Colonies Françaises d’Afrique).

Ceux qui succombent à cette tentation alléchante, une fois arrivé à Abidjan, doivent nécessairement aller voir le procureur de la République pour qu’il autorise le dégel des comptes. Les chèques d’installation qu’ils auront reçus (pas eux tous), reviendront impayés et ils n’auront aucun pouvoir et moyen de se plaindre. Les sorties d’argent, sur les compte dégelé, seront délicatement plafonnées et contrôlées. Ils devront justifier toutes leurs dépenses et seront bien suivi par la police ou même mis en résidence surveillée. Le procureur de la République va les accuser par la suite, d’atteinte à la sureté de l’Etat et c’est la MACA (Maison d’arrêt et de Correction d’Abidjan). Comme bien d’autres exilés politiques, j’ai été approché deux fois devant témoins, par ces démarcheurs. Mon nom s’est retrouvé deux fois sur la liste des personnes dont les comptes ont été dégelés. A chaque fois, une démarche de mon avocat à Abidjan auprès de ma banque et de la justice à démasqué un piège dans cette affaire.

POUQUOI DE NOMBREUX CADRES DU FPI ET DE LA MAJORITE PRESIDENTELLE (LMP) RESTENT-ILS ENCORE EN EXIL.

Mes comptes n’ont jamais été dégelés. Il faut forcement rentrer au pays et passer par le procureur de la République alors que, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai commis aucun crime. Je n’ai tué personne. En tant que Journaliste dans un média d’Etat (RTI), j’ai fait mon travail selon les clauses de conscience de mon contrat qui me liait à la maison bleue. Il fallait défendre les institutions de la République. Au Dramanistan, est-ce qu’on tient encore compte des droits du citoyen, surtout, quand il est taxé de pro-Gbagbo ? Pourquoi de nombreux cadres du Front Populaire Ivoirien (FPI) et de La Majorité Présidentielle (LMP) restent-ils encore en exil ? Au-delà de l’attachement et la loyauté au Président Laurent Gbagbo, beaucoup d’Ivoiriens ont peur de rentrer dans leur propre pays et d’aller pour rien à la MACA, un vrai mouroir.

Malgré tout, Ouattara continue d’exécuter son plan pour éliminer par tous les moyens et à petit feu, tous ceux qu’il a condamné à mort. Comme pour paraphraser Sékou Touré, Il vaut mieux vivre en liberté, dans la pauvreté et mourir dignement que de rentrer en Côte d’Ivoire, vivre dans la compromission ou se retrouver à la MACA. Bohoun Bouabré, Gnan Raymond, Diagou Gomon JB, Atsé Jean Claude, Colonel Koulaï, Ghahoua Kabila, Colonel Ahoma, Winlé Félix, 103 autres ivoiriens des camps de réfugiés au Ghana, Togo et Benin et Mamadou Ben Soumahoro sont morts dans l’honneur en exil. Ils ont évité ainsi le matraquage psychologique et moral, l’humiliation quotidienne, la torture et les prisons politiques du « Dictateur doux d’Abidjan ».

MAMADOU BEN SOUMAHORO ETAIT CONDAMNE A L’EXIL.

L’homme est affable et cruel. On se rappelle encore, tristement, l’embargo sur les médicaments qu’il avait imposé à la Côte d’Ivoire en 2010. Il y a eu des milliers de morts dans les hôpitaux, au nord comme au sud. Ouattara a-t-il des remords devant cette cascade de disparitions en exil, de ses « compatriotes ». A ce propos, il parle d’ailleurs « d’exil volontaire » suite au décès de Ben Soumahoro. Dieu a permis que cet homme soit à la tête du pays, pour éprouver et réveiller les Ivoiriens. Depuis la disparition du Président Houphouët, leurs dirigeants successifs (Bédié, Gueï et Gbagbo) ont pris à la légère le danger qu’il représente pour la Côte d’Ivoire. Il a raison de parler d’exil volontaire. Quand le Président Bédié, son allié d’aujourd’hui, avait lancé un mandat d’arrêt international contre lui, il était en exil volontaire aux Etats Unis d’Amérique et en France.

L’Académie Française définit l’exilé comme « la personne qui vit en exil » celui « qui a été condamné, contraint à l’exil ou s’y est déterminé » Situation de quelqu’un qui est expulsé ou obligé de vivre hors de sa patrie. L’exil, est le lieu où cette personne réside, à l’étranger d’où l’expression : Être condamné à l’exil. Oui, Mamadou Ben Soumahoro était condamné à l’exil par le régime Ouattara. Il était resté dans une posture de dignité et de loyauté au Président Laurent Gbagbo. A Accra, comme bien d’autres exilés politiques au Ghana, il avait reçu plusieurs propositions farfelues de rentrer au pays. Même malade, Ben Soumahoro refusait d’aller se mettre dans la gueule du loup. Il y’a huit mois, je l’ai eu téléphone. Il me parlait de mon fils de 26 ans que j’ai perdu le 11 janvier 2015. Il me consolait. Il accusait Ouattara. Peut-être qu’il avait raison. Peut-être que si j’avais été présent à Paris, les quatre dernières années, mon fils ne serait pas mort.

J’ai passé quatre ans à Accra où Je suis arrivé sans papier, avec mon grand frère, Jérôme Bro Grébé (paix à son âme) poursuivis par les tueurs de Ouattara. J’ai pu sortir de mon pays adoptif grâce à un passeport de réfugié émis par le Gouvernement ghanéen. Tous les Ivoiriens inscrits à l’Office d’Immigration en ont heureusement reçus. Ben Connaissait mon histoire et celle de bien d’autres compatriotes au pays de Kuwame Nkruman et John Jerry Rawlings. Il se faisait discret. Il était peut visible mais aimait échanger par téléphone et E-Mail. Il écrivait beaucoup pour la presse en Ligne. Il écrivait surtout en bon français. C’était un grand sachant, un grand témoin de l’histoire moderne de la Côte d’Ivoire. Qu’on l’aime ou pas, c’était un Grand Journaliste, bien connu en Afrique et dans le monde, Big Ben est décédé le 12 avril dernier à Tema, près d’Accra, capitale du Ghana où il vivait depuis maintenant cinq ans. J’ai été terriblement choqué en apprenant en temps réelle, par l’un de mes petits frères à Accra, la triste nouvelle de sa disparition.

« TES DIPLÔMES, JE LES JETTE A LA POUBELLE. SI TU N’AVAIS PAS REUSSI, C’ETAIT UNE INSULTE A TES PARENTS ».

Monsieur Mamadou Ben Soumahoro, « Monsieur le Directeur Général », c’est comme cela que je l’appelais. Monsieur Soumahoro avait occupé le poste Directeur Général de l’Information au Ministère du même nom. Il a été mon patron à la télévision ivoirienne, au début de ma carrière de journaliste en 1984. Je me souviens encore. Au cours de notre première rencontre il m’avait dit exactement ceci : « petit Zahoui, bien venu à la télévision nationale, tu as fait un parcours scolaire et universitaire que j’apprécie, mais tes diplômes je les jette à la poubelle. Si tu n’avais pas réussi, c’était une insulte à tes parents que j’ai connus à Bondoukou et puis à Oumé par Denis Bra Kanon. Pour notre métier, ce qui compte, ce ne sont pas les diplômes, c’est bien de les avoir, mais ce qui est important, c’est ce que tu sais faire à l’antenne, c’est tout ». Ben Soumahoro connaissait bien mon père qui travaillait à la SATMACI (Société d’Assistance Technique pour la Modernisation de l’Agriculture en Côte d’Ivoire). Denis Bra Kanon qui en était le Directeur Général, était justement l’ami de mon géniteur.

Après ma première rencontre avec monsieur Soumahoro, j’avoue que j’étais découragé de l’avoir comme patron. Il m’avait terriblement impressionné. Pour être sincère, il m’avait aussi dégonflé avec mes diplômes. Je faisais partie d’un groupe de 12 jeunes journalistes diplômés de l’INA en France (Bac+6). Il y avait eu beaucoup de tapage autour de notre arrivée en Côte d’Ivoire. Nous étions censés révolutionner la RTI. Big Ben avait eu raison de me ramener sur terre. Mon choix du métier de journaliste avait été largement motivé par son charisme, sa grande culture, son aisance et sa présence à l’antenne. Comme lui, Serges Pacôme Aoulou, Danielle Boni Claverie, Patrick Poivre d’Arvor et Yves Mourousi en France dans les années 77-81. Ils étaient de grands modèles pour moi. Suite à ma première rencontre avec Big Ben, je m’étais ouvert à Marie Paule Djédjé Aboh puis à Jésus Kouassi Yobouet. Ces deux ainés m’avaient séparément dit la même chose : « Ben est comme ça, il va falloir que tu t’habitues à ce genre de langage direct. Si tu ne veux pas avoir à affaire à lui, il faut travailler et sérieusement travailler ».

Le Grand Ben était vraiment comme ça. Comme Serges Pacôme Aoulou, il vous insultait, en bon français et vous étiez obligé d’admirer le style de son expression orale. Il parlait bien et très fort. Il riait aussi très fort. Il disait ce qu’il pensait sans mettre gangs. Je l’ai vu raccroché au nez, à des Ministres qui demandaient, en l’emporte-pièce, des équipes de reportages pour l’inauguration de chrysanthèmes. J’ai l’ai souvent vu dans des coups de gueule, très durs, avec Souleymane Doumbia, Serges Paôme Aoulou, Joseph Diomandé (paix à leurs âmes) Georges Taï Benson, Koffi Yobouet, Odette Sauyet, Levy Niamkey et bien d’autres. Je l’ai aussi souvent vu rire au éclat, avec ces mêmes personnes, le lendemain, dans les couloirs du troisième étage ou dans la cours de la RTI, près de sa belle Mercedes jaune foncée métallisée, immatriculée Z. 100. J’ai souvent vu, Fatou, mon amie, sa secrétaire, pleurer à chaude larme, après une belle engueulade. J’ai l’ai souvent vu descendre du troisième étage, de la maison bleue, à toute vitesse, semant la panique sur son passage, pour aller en régis finale ou dans les studios, pour régler un problème urgent. Ben était comme ça.

PERFECTIONNISTE A SOUHAIT, BEN SOUMAHORO ETAIT TRES RIGOUREUX AU TRAVAIL.

Il n’était pas méchant. Il avait une belle et grande carapace avec son physique impressionnant derrière lequel, se cachait une personne sensible et généreuse. Je le contrariais très souvent par mon comportement et Marie Paule n’était jamais fatiguée de me donner des conseils pour améliorer mes relations avec lui. Je faisais un peu l’enfant gâté, par dépit sentimental. Ben était mon idole. C’était un vrai Journaliste avec une grande culture. Il s’était fait tout seul. Perfectionniste à souhait, il était très rigoureux au travail. De son bureau, à la maison chez lui, à Abidjan, à l’hôtel, à Odienné, partout où Ben se trouvait, il suivait tout ce qui passait à l’antenne. Je me souviens qu’une lettre de suspension d’un confrère, camarade de promotion, avait été dictée, depuis Odienné, à Koffi Yobouet, Directeur des Programmes. C’était à l’occasion d’une une émission en direct « Droit à la Santé » avec le professeur Alphonse Djédjé Mady. Depuis sa ville natale, il m’avait demandé au pied levé, trente minutes avant le direct, de présenter cette émission.

Monsieur le Directeur Central l’avait apprécié. Il ne m’avait pas félicité directement. Je l’avais su après, par Marcel Aka, l’un de ses amis. C’était très rare, de voir Ben félicité un agent ou un journaliste pour un travail bien fait. Il vous suspendait d’antenne à la moindre erreur. Je l’ai été quatre fois. Quelques fois avec effet sur mon salaire bien que nous partagions ensemble souvent la table chez le Président Houphouët Boigny et le Ministre d’Etat, Mathieu Ekra, mon père spirituel. Avec lui, il n’y avait de pas de passe-droit ou de favoritisme.

Monsieur le Directeur Général de l’Information, ne mélangeait jamais la famille, les amitiés et le travail. Moi, je l’admirais et il le savait. Mais, j’avais toujours pensé qu’il ne m’aimait pas à cause de mes entrées chez le Président Houphouët Boigny et le Ministre d’Etat. J’ai toujours pensé que Ben ne m’aimait pas à cause surtout, de mon caractère difficile et mes principes de vie, je le reconnais. Marie Paule et Faustin Aboh, mes amis, ses voisins aux Deux Plateaux, Jésus et Koffi Yobouet ont été pour beaucoup dans la normalisation de mes relations avec Ben qui avait fini par me prendre tel que je suis. Pour le travail, il me faisait confiance. Il m’envoyait faire de Grands reportages, seul ou en doublon avec Joseph Louis Diomandé. Il m’a envoyé en stage en Allemagne. Il m’a confié des missions en Côte d’Ivoire, en Afrique et en France.

Ben m’a pris une fois sur plateau où il recevait le Professeur Saliou Touré. Nous avions préparé l’émission ensemble pendant deux semaines. Le jour J, nous étions en direct, j’étais intimidé par sa présence et sa grande éloquence. Il m’avait mis à l’aise, en me laissant poser presque toutes les questions prévus sur le conducteur. Dans une envolée oratoire remarquable, il improvisait des transitions et des questions de relance justes et opportunes. Ce jour-là, j’ai compris, une fois de plus, que l’enfant d’Odienné était un très Grand Journaliste professionnel. Il avait un don. Je le respectais en tant que tel. Bien sûr, Big Ben écrasait tout le monde autour de lui, par sa taille, son physique de dandy, son talent, sa maitrise parfaite de la langue de Molière. La gloire et la renommée qu’il a connues étaient largement méritées.

Je me suis souvent demandé pourquoi les Présidents Houphouët Boigny, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo ne l’ont pas nommé Ministre, le seul poste qui manquait sur Curriculum Vitae (CV). Pour moi, la réponse à cette question essentielle se trouve peut-être, dans le comportement et le parcours de Ben lui-même. Il était devenu très puissant grâce à la magie de la Télévision. Il avait un carnet d’adresse bien fourni. Il faisait donc peur. Avec ces grandes émissions, comme pour exemple « Le Fauteuil Blanc », Ben avait fait et défait, sans forcément le vouloir, des Directeurs centraux, des Directeurs Généraux et des Membres du Gouvernement. Il maitrisait les dossiers et thèmes de ses plateaux, quelques fois, sans vraiment exagérer, mieux que ses invités. Il se documentait sérieusement sans jamais s’autocensurer, dans un environnement de parti unique. En effet, Big Ben était libre d’esprit et trop indépendant, même vis à vis du Président Houphouët Boigny qui le qualifiait « d’élément incontrôlé ».

Ben s’était fait beaucoup d’ennemis avec sa « puissance médiatique » et son franc parlé. Waraba avait aussi beaucoup d’amis de circonstance et surtout un groupe d’amis d’enfance. Je peux citer René Affing, Victor Ekra, le couturier Zady Georges, Jules Nénébi, Marcel Aka et Laurent Gbagbo et biens d’autres personnes qui venaient le voir régulièrement à la télévision. L’homme était attaché à ses amis qui le soutenaient pendant ses traversées de désert qu’il a souvent connu. Il disait que Laurent Gbagbo était son frère. Et le Grand Ben prenait souvent plaisir à me raconter son histoire avec lui. Une histoire pleine d’anecdotes dignes d’intérêts. A Abidjan, pendant sa lutte syndicale et politique, le célèbre prisonnier de Scheveningen, avait toujours une chambre chez Monsieur le Directeur Général où il allait souvent se réfugier « en cas de cas ». Jusqu’en 2011, cette chambre était encore inoccupée. Il me l’avait fait visiter à plusieurs occasions. La dernière fois, c’était en Juillet 2009.

WARABA AVAIT UNE IDEE PRAGMATIQUE ET INDEPENDANTE DE LA GESTION DE L’INFORMATION.

En effet, Monsieur le Directeur Général m’avait convoqué chez lui aux Deux Plateaux, suite à

mon limogeage de mon poste de Directeur de TV2 aujourd’hui RTI 2. L’on me reprochait de n’avoir pas attendu le journal de la Première Chaîne, à 20 heures et d’avoir passé à 19 heures 30, dans le Journal de TV2, un discours du Chef de l’Etat relatif à la dissolution du Gouvernement et de la Commission Electorale Indépendante (CEI). C’était le 12 février 2010. L’enregistrement de ce discours avait eu lieu vers 15 heures. Ce jour-là, l’information sur la dissolution du Gouvernement et de la CEI, suite au blocage des négociations de Ouagadougou, avait été naturellement, abondamment relayée par les Radios internationales et les Journaux en Ligne. Des rumeurs les plus folles sur le retranchement de Soro Guillaume et de ses chefs rebelles à Bouaké, circulaient à Abidjan.

En âme et conscience, j’avais décidé de passer le discours du Président de la République à 19 heures 30 pour informer les Ivoiriens et taire toutes ces rumeurs. Monsieur le Directeur Général, en grand professionnel, m’avait félicité autour d’un plat de riz sauce graine, pour avoir pris mes responsabilités. Il voulait aller voir son ami, le Président Laurent Gbagbo, pour qu’on me remette à mon poste. J’avais été très touché par cette grande attention à mon égard. Mais je trouvais la démarche gênante. La Direction Générale et le Conseil d’Administration de la RTI prétextaient, pour mon limogeage, d’une instruction venu du Palais présidentielle. Ce qui était faux. J’avais pris soin de demander au Président Laurent Gbagbo qui, naturellement ignorait tout de cette affaire. Il m’avait reçu en présence de Jérôme Bro Grèbé (paix à son âme).

En réalité, sous ma Direction, en tant que « discipline »de Mamadou Ben Soumahoro et de Serges Pacôme Aoulou, TV2 était devenue trop autonome du point de la logistique, du management, du traitement de l’information et du contenu des programmes. Cet état de fait gênait bien sûr, des pseudos spécialistes de l’information et la communication au Palais et dans le Gouvernement qui étaient nostalgiques de la pensée unique. Ceux-ci avaient contraint Brou Amessan, une personne sans histoire qui m’appelait d’ailleurs, « président du territoire autonome de TV2 » à se séparer de moi en le menaçant de le limoger lui-même s’il n’obéissait pas à leur sinistre désir. Ben m’avait tout expliqué. Il m’avait même donné les noms de mes « bourreaux » dont certains ont voulu faire ami-ami avec moi au Ghana. Il était au courant de tout ce qui se passait à la RTI.

Waraba m’avait largement instruit sur ce dossier et bien avant, sur celui de Martine Studer, une amie, devenu Ministre qui jouait à un double jeu entre la Primature et la Présidence. Martine me harcelait, je dis bien harcelait. Elle me voulait peut-être dans son camp pour soutenir Banny contre Laurent Gbagbo. D’ailleurs, je ne l’ai jamais giflée. Je peux en dire plus. Le plus important ici pour moi, c’est de souligner le rôle joué par le Grand Ben dans cette affaire, pour ma défense. Pour l’essentiel, il faut dire que tout avait été monté au cabinet de Charles Konan Banny, Premier Ministre, avec l’aide d’un groupe de femmes, dirigées par Madame Salimata Porquet et de quelques journalistes de la Première Chaîne. Objectif principal, me renvoyer de la RTI, parce que j’étais réfractaire au système mis en place par l’ancien Gouverneur de la BCEAO pour éjecter Laurent Gbagbo de son fauteuil de Président de la République. Ben était au courant de tout, parce qu’il avait des admirateurs partout, dans l’armée, dans l’administration, dans les renseignements généraux, dans les ministères et à la Présidence de la République.

Pour l’affaire Martine Studer, le Ministre Kadet Bertin pour la Présidence et Big Ben avaient géré ce dossier dans la discrétion avec Maître Dago Djiriga, sans jamais mettre en doute ma parole. C’était une belle tradition à la RTI, Serges Pacôme Aoulou et Ben Soumahoro avaient toujours soutenu et défendu leurs collaborateurs contre l’extérieur, très souvent contre des membres du Gouvernement. Même hors de la RTI, Ben avait gardé cette belle tradition avec un regard protecteur sur ses amis, ses anciens collaborateurs. A Accra, il avait encore ce regard protecteur. Je ne saurai jamais lui dire merci.

Pour terminer, je voudrais m’adresser directement à toi Grand frère. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi et mon petit frère Simon. Je profite de l’occasion que tu me donnes pour dire merci aussi, à Marie Paule Djédjé, Faustin Aboh et Jésus Kouassi Ybouet qui ont fait en sorte que tu m’acceptes, tel que je suis, dans ton cercle d’amis avec mon mauvais caractère comme tu aimais à le dire. A Accra, comme le Doyen Ali Kéïta que je Salue au passage, Big Ben, tu m’appelais désormais « cher confrère » et non petit Ben. C’était un honneur pour moi. C’était une reconnaissance. Sans mon intervention, tu avais pris un de mes petits frères, Simon-Pierre Zahui, dans ton Agence de communication. Le petit a appris beaucoup auprès de toi. Lui et son épouse étaient venus spécialement des Etats Unis pour nous voir à Accra. Ils avaient promis de t’inviter aux Etats Unis. L’homme propose, Dieu dispose. Grand frère ! Tu as rendu l’âme à l’étranger, toi le patriote, contraint à l’exil, pour avoir crânement défendu, jusqu’à la dernière minute avec ton ami Laurent Gbagbo, les intérêts du seul pays que nos ancêtres nous ont laissé en héritage. Grand frère, la lutte continue et nous irons jusqu’au bout.  

Ben ZAHOUI-DEGBOU

Directeur Fondateur de L’AGENCE GLOUZILET (Production Films et Programmes Tv, Conseil en Communication et Evènementiel). Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de Médiation Institutionnelle. Ancien Directeur de RTI/TV2.

 

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