Manchester : Quand le gâchis libyen nous rattrape (Par Fatima Houda-Pepin)

Manchester : Quand le gâchis libyen nous rattrape (Par Fatima Houda-Pepin)

Le terrorisme a encore frappé au Royaume-Uni. En ce 22 mai, un kamikaze britannique, d’origine libyenne, Salman Abedi, s’est fait exploser dans le foyer de l’aréna de Manchester, au moment où des milliers de jeunes sortaient du spectacle de leur idole, Ariana Grande.

Le bilan est lourd, 22 morts et une centaine de blessés, des victimes dans la fleur de l’âge, au grand plaisir de l’État islamique(Daech) qui s’est empressé de revendiquer l’attentat.

Le choc est grand. Quelle horreur de s’attaquer à des enfants? C’est ignoble de faucher des vies si jeunes. Pourtant, c’est le lot quotidien des enfants d’Irak et de Syrie, vivant sous le joug de Daech, un monstre créé par les Américains.

Cet ailleurs nous rattrape inexorablement. Le kamikaze de 22 ans faisait partie d’un réseau djihadiste britannico-libyen, où gravitait aussi son père, Ramadan Abedi, réfugié au Royaume-Uni, le paradis des djihadistes.

Pas étonnant que la plus grande communauté libyenne d’Europe s’y retrouve, avec un segment important d’islamistes radicaux. Manchester, qui héberge le Groupe islamique combattant libyen (GICL) en est le centre névralgique, et l’attentat y était prévisible.

Mon ami Adel

FATIMA Manchester : Quand le gâchis libyen nous rattrape (Par Fatima Houda Pepin)Passionnée d’histoire-géo et des questions internationales, je me suis tissée, dans ma jeunesse au Maroc, avant l’arrivée de Google, un réseau de contacts via des correspondants à travers le monde.

Adel était l’un d’eux. J’ai découvert son pays à travers ses lettres. Un jour, j’ai demandé à mon professeur: «Pourquoi vous ne nous parlez jamais de la Libye dans le cours d’histoire?». Sa réponse m’a surprise: «La Libye, c’est le point mort du Maghreb. Il ne s’y passe rien».
C’est ainsi que depuis 1967, Adel est mon contact privilégié avec cette Terra nullius qui ne tardera pas à faire irruption sur la scène internationale.

J’ai suivi avec lui les péripéties de ce pays devenu indépendant par courtoisie. Son roi, Idriss Snoussi était davantage un agent des pétrolières étrangères qu’un monarque soucieux du bien-être de son peuple.

Adel fait partie de cette «génération Kadhafi», un jeune colonel qui va réussir, en 1969, un coup d’État sans effusion de sang, et exercera un pouvoir sans partage pendant 42 ans.

La Libye qui dérange

Nationaliste et anticolonialiste, Mouammar Kadhafi instaurera la République arabe libyenne populaire et socialiste et défendra avec fougue l’unité arabe, une idéologie chimérique poussée par Gamal Abd Nacer.

Adel était fier des mesures draconiennes adoptées par Kadhafi: fermeture des bases militaires américaines et britanniques, nationalisation des secteurs névralgiques de l’économie, hausse du prix du pétrole brut et investissements majeurs dans les infrastructures: écoles, universités et centres de recherche.

Kadhafi transportera son combat contre le colonialisme dans les autres pays d’Afrique et y financera de nombreux projets structurants dans les domaines scolaires, scientifiques, technologiques et d’infrastructure.

Il mènera un combat sans merci contre les groupes djihadistes qui pullulent en Libye et barrera la route à l’immigration clandestine à destination de l’Europe. Pendant longtemps ami des grandes puissances, il tombera en disgrâce, puis redeviendra fréquentable au gré des intérêts.

L’ex-président Sarkozy est empêtré, à ce jour, avec la justice française dans le dossier des 50 millions d’euros que lui aurait versés Kadhafi pour financer sa campagne électorale de 2007.

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