Marche de soutien à Charlie Hebdo à Conakry : Le comble de la honte

Marche de soutien à Charlie Hebdo à Conakry : Le comble de la honte

La planète entière traversée comme par un seul courant d’air, par l’onde de choc de l’attentat contre le satirique français Charlie Hebdo. En écho à une marche historique que la capitale française a accueillie dimanche, et en signe de solidarité au peuple et au gouvernement français, à l’initiative d’associations de presse et d’organisations de la société civile, une marche silencieuse a eu lieu à Conakry, en simultané.

’Je suis Charlie’’, oui ‘’je suis Charlie’’, et dire que ‘’je ne suis pas Zaly Fm Liberté, je ne suis pas Bâtè Fm, je ne suis pas Planète Fm, je ne suis pas Lynx Fm, je ne suis pas Espace Fm, je ne suis pas Footmag…’’ que sais-je encore, j’en passe et des pires.

Oui ‘’je suis bien Charlie’’, et dire que je ne suis pas Chibock, je ne suis pas Baga, je ne suis pas Aguélogue, je ne suis pas Tombouctou, je ne suis pas Gao, je ne suis pas Nairobi, je ne suis, je ne suis, je ne suis pas africain, paradoxes des paradoxes, summum de l’hypocrisie sous les tropiques.

Oui, il faut avoir une pierre à la place du cœur pour ne point être contristé, meurtri dans sa chair, horrifié par la barbarie sans nom qui visa la France ces derniers jours, les coups d’âne portés à la France multicurelle, multiconfessionnelle et multiraciale, par d’illuminés, possédés par le démon, et incarnant le diable personnifié.

Oui, l’onde de choc, l’électrochoc de l’indignation et de l’horreur, s’empara de la planète entière, à en juger par le concert de condamnation, de rejet de ces actes ignobles, d’attendrissement et d’élan de solidarité agissante, spontanée, manifestée à l’endroit d’une France, en douleur, sous le choc, ébranlée dans son sentiment de confort de sécurité, multiséculaire.

De France et de Navarre, d’un bout à l’autre de la planète, le même slogan ‘’je suis Charlie’’, comme pour dire que Charlie a été atteint, mais Charlie restera débout, Charlie n’est pas éteint. Pour tout ce qu’elle représente pour le continent, de par le passé et par le présent, la France mérite plus, la France mérite que l’Afrique partage ses douleurs et se solidarise à elle dans l’adversité comme elle l’a assez souvent fait pour elle.

Oui, à une marche silencieuse, oui à plus qu’il n’en fallait, mais je dis non à l’hypocrisie, je dis non au reniement de soi, je dis non à la renonciation de soi, je dis non à la capitulation de l’Afrique face à ses valeurs cardinales fondatrices d’un peuple solidaire jusqu’au trognon.

Quel petit doigt s’est-il levé en Guinée quand d’autres illuminés du sud du pays, canardèrent neuf soldats de la lutte anti-Ebola, parmi lesquels deux journalistes de Zaly Fm Liberté ? Quel maudit doigt s’est-il levé pour s’émouvoir du sort fait à Moussa Tata Kourou Diawara, Mandjan Sidibé, tous deux contraints à l’exil pourchassés comme des fauves, oui inquiétés à cause de leurs opinions ? Qui leva le petit doigt quand plus d’un journaliste, furent molestés, et  menacés dans leur intégrité physique le long du chemin de croix des manifestations politiques des années de braise de 2012 et 2013 ?

J’ai eu envie de verser dehors mes boyaux quand j’ai vu le président Good Luck, en réalité Bad Luck for Nigeria, dans la file de la marche de Paris, comble de l’hypocrisie, comble de l’aberration, comble du reniement de soi, comble de la honte.

Le monde entier a-t-il eu un dixième du même élan de solidarité à l’égard de son pays, depuis que celui est la proie d’autres illuminés plus impénitents ? Hommage à Moussa Yéro et sa bande de consœurs, incarnation de la bravoure féminine, pour la marche gravée à jamais en lettres de marbre dans l’histoire, suite au rapt de plus de 200 lycéennes par Boko Haram au nord du Nigéria.

Quelle maudite d’association de presse ou d’organisation de la société civile, avait levé le petit doigt ? Quand Mombassa et Naïrobi, ont été mises à feu et à sang, quand au Nord du Mali, des civils, des centaines, ont été tués comme des pigeons à travers les mêmes actes lâches et criminels, à travers les mêmes attentats terroristes, quel petit doigt s’est-il levé ? Le ridicule ne tue pas sous les tropiques…un attentat vaut un attentat, une vie vaut une vie, j’ai honte pour l’Afrique…

Aboubacar Diallo, dans La Plume sur radio Espace

Lu sur Vision Guinée

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